Pour le Podcasthon, découvrez l’Association pour la Prise en compte du Handicap dans les Politiques Publiques et Privées (APHPP) avec Vincent Julé, son vice-président !
🦮 C’est quoi cette histoire de Podcasthon ?
C’est le téléthon du podcast qui a pour objectif de vous faire découvrir des assos via vos podcasts préférés !
Vincent œuvre pour rendre le handicap plus visible et faire évoluer les politiques publiques en faveur de l’accessibilité.
Depuis juillet 2023, il est accompagné par Tauri, sa chienne guide, dont l’arrivée a marqué une véritable évolution dans son rapport à son propre handicap.
🐾 Dans cet épisode, découvrez :
✔️ Le rôle de l’APHPP et les actions menées pour l’accessibilité.
✔️ Le parcours de Vincent et son engagement associatif.
✔️ L’impact de Tauri sur sa perception et son quotidien.
✔️ Pourquoi il est essentiel de donner plus de visibilité aux personnes en situation de handicap.
✔️ Comment chacun peut contribuer à faire bouger les lignes.
🐶 Et vous, êtes-vous engagé dans une association ou pour une cause qui vous tient à cœur ? Dites-le-moi en commentaire ou en message privé, j’adorerais en discuter avec vous !



Transcription intégrale
Transcription générée automatiquement par Happy Scribe
E.
Et je la connais. C’est la dernière à m’avoir connu, le plus enceinte, je crois que c’est le dernier chien que j’ai croisé deux jours avant d’accoucher.
V.
Génial.
E.
Ouais, c’est vrai que quand j’ai vu qu’elle t’avait été remise, ça m’a fait sourire aussi parce que c’est toujours émouvant de voir les chiens qu’on a vus en tant que futur chien guide quand ils sont vraiment remis à leur bénéficiaire.
V.
C’est génial. Pour information sur ma ville, ici à Courbevoie, on a une des sœurs de Thori qui a été réformée, qui a été donnée à sa famille d’accueil. Et donc, à quelques mètres de chez elle, il y a sa sœur réformée. Elles se sont croisées l’autre jour. On s’est promis un jour d’aller faire une balade ensemble, mais c’est assez sympa Un jour, elle m’a croisé parce que tu le sais, je suis très présent sur les réseaux sociaux. Je crois aussi une des manières de m’investir et de donner de la visibilité au handicap, c’est quelque chose qui m’anime. La personne m’a trouvée sur… Elle est venu me voir, elle m’a trouvée sur Instagram. Un jour, elle a pris contact avec moi. En plus, par le réseau des parents d’élèves, parce que je suis aussi investi comme parent d’élèves, elle m’a retrouvé, elle m’a envoyé un message. Un jour, on s’est croisé à la sortie de mon immeuble, tout simplement par hasard. C’est assez fantastique. On s’est promis à un moment donné de prendre le temps d’aller faire une à la danse.
E.
Salut, c’est Estelle et vous écoutez Futur Chien Guide, le podcast sur l’univers méconnu des chiens guides d’aveugles. Chaque mois, je vous invite à découvrir les aventures de seuls et ceux qui vivent cet univers au quotidien et ce lien si précieux qui les unit à leur chien. Passionnés et bénévoles depuis des années, d’abord à Paris et aujourd’hui à Lyon, je suis persuadé que leurs histoires pourront vous toucher, vous informer et peut-être même vous donner envie de vous engager. Savez-vous justement que seuls 1% des déficients visuels qui vont t’accompagner d’un chien guide ? Alors, si vous voulez en savoir plus sur l’actualité des chiens guides et les coulisses du podcast, inscrivez-vous sans tarder à ma newsletter mensuelle. Avant de passer à l’épisode du jour, je laisse mon micro à Solène, mon amie créatrice du podcast Tribune et podium, qui m’a laissé un petit message il y a quelque temps.
S.
Coucou Estelle, coucou les auditeurices de Futurs Chiens Guide. Alors, pour ce que sont-ils devenus, moi, le podcast, il a changé quelque chose d’assez important dans ma vie, c’est-à-dire que j’ai une phobie des chiens. Je change de trottoir quand je vois un chien. J’ai extrêmement, extrêmement peur des chiens. Mais alors, depuis que j’écoute Futur Chien Guide et que je te côtoie, je prends un peu plus de recul sur ma peur. C’est-à-dire que certains chiens continuent de me faire extrêmement, extrêmement peur et me tétanisent, mais certains ont désormais une place dans ma vie. Je n’ai pas adopté de chien et je pense que je ne le ferai jamais. Je suis désolée pour ça, mais en l’occurrence, s’il y a des chiens maintenant que j’aime bien promener, ceux de mes amis, par exemple, j’aime bien partir, qu’ils soient là quand on part en week-end ensemble, etc. Et surtout, je suis plus attentive quand je croise des chiens guides dans la rue, à tel point que dès que j’en croise, je t’envoie une photo pour te dire: Est-ce que c’est un chien guide ou est-ce que c’est juste un chien qui a un joli harnais ? Et tu me fais un retour là-dessus en général.
S.
Donc, voilà ce que ça a changé, c’est que je fais plus attention à ça et j’ai aussi plus d’empathie et d’émotion pour les animaux, ce qui n’était pas du tout le cas avant. C’est-à-dire que maintenant, je suis sincèrement heureuse quand je vois des chiens qui s’amusent et qui jouent et qui sont trop contents d’être à la mer ou de faire une randour en montagne, ce genre de choses. Alors, ce n’est pas forcément des chienguines, mais en tout cas, j’ai plus d’empathie d’émotion pour les animaux que je n’en avais auparavant puisqu’elle était simplement inexistante, cette empathie. Donc voilà ce que ça a changé pour moi. Je ne deviendrai pas famille d’accueil ni même adoptante de chien, puisque j’ai quand même encore très, très peur et que ce n’est pas mon univers, mais en tout cas, je suis contente de l’avoir découvert et d’ouvrir un peu cette porte-là dans ma vie, parce que peut-être un jour, j’espère que tu auras qui est ton chien guide, que tu accompagneras jusqu’à ce qu’il soit remis et que j’aurais l’occasion de le rencontrer. Des bisous à toi, Estelle, et des bisous à tes auditeurs et tes auditrices.
E.
À l’occasion du podcast, on J’ai eu le plaisir d’échanger avec Vincent Julet, un homme engagé pour une meilleure visibilité du handicap. Fondateur de l’association Bien vivre son handicap à Courbevoie et membre actif de l’association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées, la PHPP, Vincent et aujourd’hui guidé par Thori, dont l’arrivée a marqué un tournant non seulement dans sa mobilité, mais aussi dans la manière dont il perçoit et accepte son propre handicap. Dans cet épisode, on parle de militantisme, d’accessibilité, de sensibilisation et du rôle parfois inattendu que peut jouer un chien guide dans un tel engagement. Et maintenant, place à l’épisode. Bonjour Vincent.
V.
Bonjour Estelle.
E.
Merci d’avoir accepté mon invitation sur le podcast Chien Guide à l’occasion du podcaston. On est cette semaine dans un marathon, tu l’as dit, appelé Hackathon. Moi, je dis Téléthon du podcast. C’est un événement que je fais chaque année, que je suis chaque année, c’est un peu l’opportunité de mettre une association en avant. Alors OK, moi, j’en mets des associations à chaque podcast, à chaque épisode en avant, puisque l’univers des chiens guides d’aveugles et des chiens d’assistance est basé uniquement sur cette sphère-là. Mais aujourd’hui, on va aller un peu loin et j’ai voulu t’interroger. Désolée de ne pas avoir trouvé un moment pour prendre un café ensemble d’ailleurs.
V.
C’est dommage, mais ce n’est que partie remise.
E.
Exactement. On a essayé de se croiser. Je suis montée à Paris, tu es parti aussi faire autre chose et du coup, nos agendas ne se sont pas accordés. Donc, on se voit ici en visio. Moi, quand je t’ai découvert, je t’ai revert sur les réseaux sociaux, j’ai découvert que tu étais investi dans plein d’associations liées à ton handicap visuel. Est-ce que tu peux déjà nous donner, toi, trois mots, non pas pour décrire ton handicap visuel, mais pour te décrire toi Si je devais te rencontrer dans la rue, comment tu te définirais ?
V.
Bientôt 48 ans, barbe mi-longue, cheveux grisonnants, mi-long. Généralement, soit en costume, et sinon, jean, chemise blanche, une veste. C’est à peu près mon style. Si tu me croises dans la rue à Courbevoie, tu vas souvent me croiser aussi en famille, parce que je suis papa de trois enfants, donc une grande fille qui a 12 ans, un petit garçon qui a deux ans aujourd’hui, au moment où on enregistre, et puis une petite fille qui a deux mois et demi maintenant. Et tu vas me croiser aussi. C’est aussi pour ça qu’on se rencontre aujourd’hui. Tu vas me croiser aussi avec, à ma main gauche, une très jolie labrador noire qui s’appelle Tori.
E.
Et alors, trois mots qui te définissent toi Est-ce que trois adjectifs dans ta vie de tous les jours, engager… Moi, j’avais mis engager dans mon mot, mais je pense que tu en as d’autres à donner.
V.
Je crois engager, c’est un vrai mot. C’est un vrai mot qui me caractérise. Moi, c’est quelque chose qui m’anime. Je crois à l’engagement. Je crois à l’engagement citoyen. D’ailleurs, si je devais donner un conseil, ou même un conseil, le mot peut-être est fort, mais si je devais réfléchir sur la vie que j’aimerais avoir, je dirais que je ne vois pas comment on pourrait aujourd’hui vivre son quotidien sans d’être engagé, sans être engagé pour ce qui nous anime. En l’occurrence, je suis multi-engagé pour la cause du handicap en premier, je suis engagé aussi pour mes associations de parents d’élèves, pour ma ville. Je suis aussi membre du Lyonce Club. Ce soir, j’ai une réunion aux amis du Conseil Conservatoire. Je suis aussi multi-engagé parce que je crois que ce qu’on essaye de porter aussi, c’est aussi de donner… Moi, c’est il y a quelques années, pendant le COVID, j’ai créé une association qui s’appelait Bien vivre son handicap. Et l’objectif d’association, c’est créer du lien en local et donner une visibilité positive au handicap. Et je crois que ce que j’essaie aussi de faire en étant acteur de la cité, c’est de donner une visibilité aussi positive à la vie de famille, mais aussi au handicap au sens large, c’est-à-dire de se dire: On est tous citoyens et Avec une particularité, avec quelque chose qui nous différencie, on est en capacité de pouvoir vivre sa ville, sa cité, son pays comme tout un chacun.
V.
Je crois que c’est ce qui m’anime au quotidien. Donc l’engagement, comme tu le disais, quelque chose d’assez fort. Après, oui, je dirais engagé, papa. Et puis, j’espère de dire à peu près sympa.
E.
En tout cas, c’est l’image que tu donnes et c’est aussi ça qui m’avait attiré, c’est qu’on partage beaucoup de points en commun. Je trouve sur la partie maternité. Moi, je suis au tout début de ma maternité. Baby boy a seulement deux ans et demi comme ton petit garçon à peu près. Au final, je suis multi-engagée dans plein de sphères. Là, on parle de Schenquid, on parle handicap. Les gens le savent, le podcast à cinq ans, je ne lâche rien, mais je suis engagée en termes de musique. Parents d’élèves, c’est encore un peu tôt, mais je fais plein d’autres choses à côté, bénévolement de toute façon. Ça m’a assez marquée dans tes communications de voir justement cet engagement que tu as pris à bras le corps, parce qu’on peut le dire, ton handicap visuel, tu cohabites avec lui depuis quelques années seulement. Tu as eu une vie sans handicap visuel. Tu peux nous raconter un petit peu comment ça s’est passé pour toi ?
V.
De l’éducation. Le temps passe très vite. Il se trouve que moi, j’ai perdu la vue sur les deux yeux en 2007, maladie génétique. D’abord, il a tendu sur un œil en… Je ne crois pas que la date, je m’en souviens comme si c’était hier, mais c’était le 29 octobre 2006. Puis, le deuxième œil, il est tombé à peu près quatre mois après. Concrètement, moi, j’ai du résidu visuel, donc je vois à travers un gros brouillard sur un… Qui est plus ou moins opaque suivant l’œil. C’est à peu près ça. C’est comme ça que je le définirais. J’ai été pendant 15 ans directeur des ventes, directeur commercial jusqu’à 2020. Je me suis engagé localement pour la cause du handicap. Le COVID est passé par là. Beaucoup de gens ont pensé changer leur vie avec le COVID. Et pour l’instant, cinq ans après, je pense réellement pouvoir dire que j’ai changé mon orientation de vie. Et je crois que mon engagement pour les autres, s’engager pour soi, pour une entreprise, pour uniquement un salaire ou s’engager pour la communauté, ça nécessite parfois des sacrifices, mais qui valent la peine. Je crois que j’ai changé de vie depuis cinq ans en acceptant, et je crois que c’est un des points aussi important parce que tu me parles de ma maladie ou de mon handicap, en acceptant mon handicap.
V.
Jusqu’à 2021, j’étais en situation de handicap visuel, je n’avais pas de canne blanche. Je Je générais beaucoup de quiproquos, on va en parler. Et puis, en 2021, j’ai pris une canne blanche sous le conseil de ma femme à l’époque, l’association Bienvenue sans Handicap, que j’ai créée pendant le confinement avec l’aide de ma compagne. Aujourd’hui, c’est une structure sur Courbevoie, on est à peu près 400 personnes. Donc, c’est une grosse structure locale. Mais ma femme me disait: Tu ne peux pas, Vincent, dire qu’il faut accepter son handicap et ne pas le faire soi-même. Réellement, je crois que c’est ça le moteur, c’était de se dire: Oui, effectivement, on ne peut pas vouloir donner une visibilité positive au handicap et cacher le sien. Je vous disais, il y a quelques années, je ne suis pas handicapé, je suis gêné par une absence de vision. C’était périphrise, quelque part, elle représente ce avec quoi beaucoup de personnes vivent, je crois, avec maintenant l’expérience que je peux avoir de ce monde-là. Donc, j’ai décidé, effectivement, à ce moment-là d’utiliser une canne blanche, de devenir un handicapé visible, visuel visible. Le terme peut être assez amusant. C’est là où, effectivement, tu vu sur les réseaux majoritairement, c’est qu’ensuite, ça m’a permis de rentrer à la PHPP, Association nationale pour la prise en compte du Handicap dans les politiques publiques et privées, où l’objectif est de regrouper différents acteurs du monde politique, du monde économique et du monde associatif pour porter le sujet du handicap dans tous les pans de la société, avec un très fort enjeu citoyenneté.
V.
Donc, on voit que les choses sont quand même très communs, même si là, il s’agit d’une action nationale et on interface beaucoup de personnalités politiques de premier niveau. Voilà à peu près ce que je peux te dire en version assez longue par rapport à la question que tu m’as posée.
E.
Non, mais c’est intéressant parce que souvent, déjà, moi, je lutte un peu contre le fait qu’on colle un chien guide à tous les déficients visuels qu’on croise. Déjà, c’est un choix et on le voit bien déjà dans ton parcours, la CANA a mis du temps à arriver entre la déficience qui est arrivée et ensuite la CANA. Il y a eu une bonne quinzaine d’années, comme tu le disais. Le chien guide, c’est encore une autre étape, on va en parler aussi. Mais entre temps, tu as fait en effet ce pivot que tu identifies toi-même en disant reconnaître l’handicap, s’engager pour Bien vivre son handicap, c’est une association que tu as montée à Courbevoie, qui est, comme tu l’as dit, hyperactive et qui t’a donné, je crois, la visibilité pour aller à l’APHPP, l’association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées, comme tu le disais. Comment ça s’est passé de l’un à l’autre. On t’a vu beaucoup sur les réseaux et quelqu’un t’a dit… Dans l’associatif et les fédérations, les syndicats, ça se passe souvent comme ça. Tiens, on a une association, on aurait besoin de quelqu’un. Comment ça s’est passé pour toi le cumul, on va dire, de bien vivre son handicap et de la PHPP, puisque tu n’as pas lâché l’une pour aller rejoindre l’autre.
E.
Tu fais les deux maintenant ?
V.
Je crois d’ailleurs que les deux sont importants parce qu’effectivement, cet ancrage local, il est pour moi essentiel. Cet ancrage de citoyenneté locale est fondamental. Et puis, si on veut mettre aussi en application des choses qui sont pensées de porter au national, il est aussi essentiel pour moi d’avoir cet ancrage de proximité. L’histoire est assez simple. On était en échange sur Facebook avec Sébastien Breton, qui est le correspondant Grand Est de la PHPP. Sébastien, on a eu échangé sur le réseau et puis un jour, on s’est dit: Tiens, ce serait quand même bien que je ne sais plus. Je ne suis pas capable de dire si c’est lui qui a pris contact avec moi, moi avec lui, si c’est moi qui ai voulu en savoir plus sur l’association ou si c’est lui qui a voulu en savoir plus sur moi. On a échangé au téléphone et puis Il faudrait que tu puisses échanger avec Mathieu Enrault. Mathieu Enrault, qui lui, est élu. Il est élu de la République, conseiller municipal sur la ville de Saint-Erblin, qui est une ville près de Nantes avec un peu plus de 50 000 personnes. Et lui, Mathieu, il avait monté en 2017 une association, la PHPP, dont L’objectif initial était de promouvoir l’engagement des personnes handicapées en politique.
V.
Donc ça, c’était le sujet de base en disant: Si on veut que les choses bougent, il faut un engagement des personnes principalement concernées. Aujourd’hui, l’association l’a évoluer vers, on appelle ça du lobbying politique, vers du plaidoyer, vers, effectivement, de pouvoir parler du handicap un peu partout et de faire en sorte que ce soit un sujet fort. Après, par quel biais on prend un autre sujet, mais faire en sorte que le sujet devienne enfin un sujet de société pour quelque chose qui concerne… On dit On parle de 12 millions de personnes handicapées, de 11 millions d’aidants, donc on parlerait de plus d’un tiers de la population.
E.
Oui, c’est un gros sujet. C’est ce qu’on entend souvent quand on rassemble tous les types de handicap, ça concerne beaucoup de personnes. C’est important et comme tu rajoutes les aidants, je n’avais pas le chiffre pour les aidants. C’est vraiment un pan très, très important de la société. Et c’est ça qui est intéressant aussi dans votre activité, c’est que c’est une ou seule voie pour tous les types de handicap. Et je pense que ça… Alors, il faut les abonder avec, en effet, des représentants en interne qui connaissent peut-être les différents type de handicap, comme tu le dis, parce qu’il y a une multitude de sujets et plus tu mets de personnes, plus tu mets de diversité, plus c’est riche aussi, j’imagine, derrière en débat.
V.
Tu sais, j’ai été hier, j’animais une formation parce que 80% de mon activité en qualité bénévole aujourd’hui, mais 100% de mon action va dans le même sens. C’est-à-dire essayer de changer le regard de la population sur le handicap et en se disant, en essayant de montrer à un maximum de personnes que le handicap est beaucoup plus large que ce qu’on peut penser. Je parlais des places de stationnement. J’expliquais que les places de stationnement, c’est encore amusant, même si petit à petit, c’est en train d’évoluer. Mais regarde le logo qui est mentionné sur la place de stationnement, on parle d’un fauteuil roulant, alors que globalement, il s’agit d’une place prioritaire pour toutes les personnes qui ont une carte mobilité inclusion. Ça, on l’oublie. Je crois qu’il est important de montrer que le handicap est beaucoup plus large. Le handicap, c’est complexe. C’est le handicap moteur, évidemment, c’est le fauteuil évidemment, qui concerne à peine moins de 5% de la population, moins de 5% des handicaps, c’est en gros 500 000 personnes. On a le handicap auditif, on a le handicap visuel, on a les maladies invalidantes, on a le handicap cognitif, psychique, mental. Tout ça, on l’oublie et je crois que ça, c’est quelque chose aussi d’important parce que si on a du mal peut-être à parler d’une seule voix dans le monde du handicap, c’est qu’on a du mal à agglomérer une population.
V.
Moi, je vois sur ma ville, à Courbevoie, on a 5 500 personnes qui ont officiellement une reconnaissance MDPH. C’est beaucoup.
E.
Sur combien d’habitants Courbevoie ?
V.
82 000. C’est beaucoup, ça fait à peu près 7% déjà officiellement qui ont une reconnaissance MDPH. Mais pour autant, si tu regardes comme ça, tu te balades dans la ville, tu ne te dirais jamais, il y a 5 500 handicapés. Parce que tu vois le handicap uniquement par le prisme du fauteuil, par le prisme de la canne ou maintenant, ça peut être aussi une transition éventuellement, mais par le prisme du chien, qui d’ailleurs est moins marquée, moins marquante. C’est-à-dire que c’est rigolo, beaucoup de gens… Parce que moi, j’ai un handicap qui ne se voit pas. Je n’ai pas de lunettes noires. J’ai mes yeux qui, on peut le dire, ressemblent à des yeux qui fonctionnent normalement. Donc, quand on me voit avec mon chien, parfois, on me dit: Le chien est en éducation, vous êtes famille d’accueil, etc. Il est en formation. Alors que c’est ma chienne guide. Mais effectivement, cette notion de rendre visible le handicap, je crois que c’est quelque chose aussi d’important. Et moi, à l’origine, avant d’utiliser une canne, j’avais fait ma demande de chien. Parce que c’était plus facile à accepter. Quelque part, il y avait un côté un peu moins stigmatisant du chien versus la canne.
V.
Et puis, moi, j’ai eu mon chien au bout de près de trois ans. C’était deux ans et demi, un peu plus. Et donc, j’ai pris ma canne au début parce qu’on te demande quand tu as un chien d’être autonome à la canne, ce qui n’est pas intuitif. On te dit: Tiens, ton chien, il fait tout tout seul. Non, ton chien, il ne fait pas tout tout seul.
E.
Non, ce n’est pas un GPS magique.
V.
Non, tu le sais mieux que quiconque, mais quand on te remet un chien, c’est une semaine, c’est un plus, mais au moins une semaine de stage intensif avec ton chien. Et moi, je crois qu’il m’a fallu quasiment quatre jours sur les cinq jours pour dire: En fait, ce n’est pas un GPS sur pattes. Et ça, c’est quand même quelque chose d’assez étonnant et pas intuitif pour les gens. Même ma grande Mon fils me disait l’autre jour: Papa, est-ce qu’il existe des chiens qui sont capables de traverser au feu vert ou au feu rouge ? Non, ce n’est pas comme ça qu’on fait. Le chien ne va pas aller se mettre sous les roues d’une voiture, mais la traversée, elle dépend du maître. Et ça, il m’a fallu un peu de temps pour le comprendre.
E.
Je rebondis sur… Parce que je pense qu’on était connecté hier sans s’en rendre compte. Je rebondis sur ce que tu disais sur l’image du handicap et le logo avec le fauteuil Roland qu’on voit de partout. Parce qu’hier, avec mon petit garçon, c’était mercredi, j’ai passé la journée avec lui et donc je me suis rendu, on ne s’est pas garé sur une place réservée puisqu’on n’est pas concerné. Mais on passe et il me dit: Les places, elles sont toutes bleues. Il est dans l’âge où il apprend les couleurs et tout. Et je lui explique: Tu vois, c’est tout bleu. Et je lui montre le logo, au sol, mais surtout sur le panneau, parce que pour des petits yeux de deux ans et demi, c’est compliqué de voir quelque chose qui était au sol, en lui disant: Ça, c’est une place. Et là, ma phrase a été complètement alambiquée, parce que comme tu dis, c’est compliqué d’expliquer, en lui disant: C’est une place qui est prévue pour les personnes qui ont des difficultés, qui peuvent avoir un fauteuil roulant, mais pas que. Même si tu vois un fauteuil roulant sur l’image, c’est comme tu disais toi, hier, dans un contexte complètement différent.
E.
Du coup, je lui explique que ça peut être des gens qui ont des problèmes de vue, d’oreilles ou plein d’autres choses qu’on ne peut pas forcément voir parce que finalement, il va grandir aujourd’hui avec… Parce que j’ai un frère qui vient d’être diagnostiqué d’un type de handicap complètement invisible. Donc, pour répondre aux gens: Maintenant, oui, je suis concerné par le handicap dans ma famille proche, mais pendant 27 ans, ce n’était pas le cas. Et donc, je lui explique tout ça et on rentre dans Jardiland, à côté de chez nous, un magasin dans lequel on va très souvent et souvent, on y va à pied, donc il ne voit pas les places. Là, on était en voiture et je passais pour un autre engagement pour aller chercher des sponsors pour mon comédie musicale qui se joue dans un mois. Je lui ai raconté tout ça. Bref, on fait notre petit tour et là, on tombe sur un voisin de notre ville, Régis, avec son chien Népal, son chien guide. Ça a complètement illustré le fait que, même si Régis était avec sa femme et donc pas forcément sur cette place, bleu, a priori, je n’en sais rien, je n’ai pas checké le parking, mais ça illustre tellement que, comme tu disais, le logo CMI, mais réduit à un fauteuil roulant, n’est pas hyper explicite, on va dire.
V.
Non, on a besoin On a véritablement besoin aussi de sensibiliser, j’allais dire éduquer, mais sensibiliser la population parce qu’il faut, et je crois que c’est un des combats que je mène aussi associativement et que je mène un peu dans le combat de visibilité que je mène au quotidien, parce que je crois que c’est un petit peu ça. Moi, j’utilise quelque part ma tête, personne habillée. Certains disent que j’ai une tête de dandy, des fois, un peu… Voilà, cheveux longs, barbe. Des fois, là, ce n’est pas le cas, mais comme on est en audio, mais normalement, une barbe Je me suis prétaillé. Comme je disais, une chemise blanche, une veste. J’essaie de plutôt la laisser élégant. J’essaie d’être souriant. J’utilise cette image positive de visibilité pour dire: Mais on peut être heureux en situation de handicap, on peut vivre sa vie comme tout le monde, on peut être citoyen, on peut être engagé, on peut être performant, on peut être ce qu’on a décidé d’être. Je crois que c’est surtout ça, parce que moi, je propose un scénario. On a des gens, des rôles modèles quelque part, comme Philippe Croison, qu’on connaît comme Théo Curin, etc, qui sont évidemment fantastiques.
V.
Mais le handicap, ça n’est pas… Et les rôles modèles, ce n’est pas forcément que des caderies amputées, aussi remarquables soient-ils, qui sont des sportifs de haut niveau. Ça peut être aussi, moi, j’appelle ça les héros du quotidien. Moi, j’essaie de porter une thématique, c’est de dire: On peut être aussi cadre en situation de handicap en faisant autrement, en allant chercher de la performance en s’adaptant, mais tout simplement faire ses courses, sortir de chez soi. On voit déjà rompre l’isolement, C’est une chose de compliqué. C’est de se dire qu’on a beaucoup de héros du quotidien qui doivent être mieux connus. Beaucoup de gens qui se lèvent le matin en disant: J’ai mal, qui souffrent, c’est-à-dire: Je vais rester à la maison. Beaucoup de gens qui ont parfois une à deux heures de préparation pour pouvoir sortir de chez eux, pour pouvoir déplier leur corps, des gens qui passent une à deux heures le soir pour pouvoir aller se coucher. Et tout ça, ça fait partie du quotidien. Et quand ces personnes-là, que je peux connaître aujourd’hui au quotidien, sortent de chez elles pour tout simplement être des citoyens, je crois que c’est la belle expression d’une diversité de la société qui s’exprime.
V.
Et je crois qu’on est aussi, ça, c’est un des combats que j’ai envie de mener en ce moment, On est quand même face à une société qui se fracture à l’international, au national, au local, avec des messages souvent de haine, de rejet de l’autre. Je crois que nous, quelque part, avec un handicap qui que nous respectons notre difficulté du quotidien, on peut aller porter aussi un joli message de rassemblement. Je crois que ça, c’est aussi quelque chose d’essentiel et qu’il nous faut continuer à porter, je crois, le plus largement possible. En tout cas, moi, c’est ce qui m’anime.
E.
Oui, et puis de montrer qu’il y a une grande diversité, mais qu’on peut aussi être des citoyens avec toute l’adaptation qu’il faut au quotidien pour sortir, pour vivre, comme tu disais, pour être citoyen, aller faire ces courses qui prennent plus ou moins de avec plus ou moins de difficulté, comme tu dis, on est sur l’accessibilité un peu aussi sur ces thématiques-là. Tu me parlais de ta demande de chien guide que tu as fait il y a longtemps, du coup. Les chiens guides, tu connaissais déjà ou pas du tout ? Quand tu as été déficient visuel, tout le monde t’a parlé de ça ou alors pas du tout. Comment tout ça est arrivé dans ta vie ?
V.
Mon âge s’est peu parlé. Au début, j’ai beaucoup de personnes… J’avais 13 personnes issues de ma famille qui avaient la même maladie que moi. Mon âge s’est peu parlé. La canne, d’ailleurs, était même assez peu utilisée par les gens qui avaient mes pathologies. Et c’est sur Courbevoie où là, en découvrant d’autres personnes, en m’investissant dans le monde associatif local, j’ai rencontré Aline, qui a eu une chienne guine pendant très longtemps, pendant plusieurs dizaines d’années, et qui m’a parlé de son chien, et qu’on avait pu rencontrer son chien. Et ça a été chouette. Je me suis dit: Tiens, pourquoi pas ? C’est vrai au moment de rendre visible mon handicap, parce que c’était quand même quelque chose qui était aussi important. Quand tu es en situation de handicap visuel non visible, quand tu arrives à la boulangerie, moi, je prends souvent cet exemple et tu demandes: Excusez-moi, est-ce que vous pouvez me dire ce que vous avez comme sandwich que vous avez comme dessert et que la réponse qui était formulée, c’est une réponse, entre nous soit dit, tout à fait cohérente, c’est devant vous, c’est là. Rendre visible le handicap, au-delà du fait que c’était aussi important pour moi-même en termes de sécurité, la CANA, où le chien aujourd’hui, sont importants pour moi-même en termes de sécurité, au-delà du côté associatif, militant, qui est de dire: Acceptons notre handicap et montrons-le.
V.
Il y a cette troisième brique qui est de se dire aussi je facilite la vie des gens et que quelque part, je facilite les questions, puisque de toute façon, c’est tellement compliqué à comprendre déjà pour nous-mêmes, à comprendre pour l’environnement, je crois que c’est encore plus complexe. Et c’est là où, finalement, rendre visible son handicap, c’est aussi un ce qu’on rend aux autres. Ça leur facilite le raisonnement, je dirais.
E.
Oui, puis l’adaptation en face.
V.
Ouais, clairement. Ça nous facilite aussi la réponse.
E.
Ouais, c’est rigolo parce que cet exemple de la boulangère, j’ai un invité qui avait pris le même exemple, Romain, avec Ocha. C’est l’épisode 26, je crois. Il racontait en effet que dans son petit village, il était toujours allé chercher son pain sans canne, parce qu’il n’en avait pas forcément besoin dans le village, etc. Et que le jour où il y a eu Ocha, sa chienne guide, la boulangère a compris qu’il avait une déficience visuelle et du coup, a complètement adapté, mais de manière positive et cohérente et pas lourde, on va dire. Remettre la monnaie dans la main, ce genre de choses où c’est un peu difficile, quand tu ne vois pas forcément bien, de positionner bien ta main au-dessous des pièces qu’on te confie. Et Romain disait qu’il n’avait pas forcément conscience lui-même, et c’est très intéressant que tu dises que ça t’aide aussi à comprendre des choses sur toi-même. Il n’avait pas forcément conscience que les gens étaient à ce point-là loin de sa déficience visuelle. Il pensait qu’il y a quand même du blindiste, comme on peut dire, ou des choses qui sont difficiles à faire quand on est déficient visuel. Avec toutes les nuances qui qui existe entre vous, ça aide à la compréhension de l’autre, en tout cas.
E.
Pour ceux qui veulent bien comprendre, je le souligne quand même. Il y en a toujours qui ne comprendront jamais, mais ça aide peut-être à une meilleure adaptation et une meilleure compréhension avec les autres dans les deux sens.
V.
C’est pour ça qu’on se bat, que ce soit Amélie-Sous Handicap ou à l’APHPP, c’est aussi pour faire comprendre. Je crois que c’est essentiel. C’est pour ça qu’on se bat aussi, notamment pour la mise en place de sensibilisation handicap obligatoire à l’entreprise, de pouvoir lancer de gros plans de sensibilisation média, parce qu’il est potentiel qu’on continue, je vais utiliser le mot continuer, à déconstruire les stéréotypes. Je crois que c’est fondamental. Je voudrais quand même te parler d’une phrase qui est assez intéressante. C’était un ami, Jérôme. Quand j’ai décidé d’utiliser une canne blanche, j’ai fait un post sur les réseaux sociaux, sur LinkedIn, je crois qu’il a été vu plus de 10 millions de fois. C’est un truc qui est parti vraiment de manière virale. La première phrase de ce post, c’est: Qu’est-ce qui t’es arrivé ? L’histoire était amusante, c’est que j’accompagnais ma fille Pauline à l’école, et je le faisais depuis un certain nombre d’années. Je marchais avec elle main dans la main, comme je faisais d’habitude, sauf que cette fois-ci, j’avais une canne blanche. Quand je suis arrivé devant l’école avec la canne, mon ami Jérôme qui a dit: Qu’est-ce qui qui était arrivé, alors que ma vision n’avait pas changé.
V.
J’avais simplement rendu visible mon handicap. Et ça, quelque part, c’est assez représentatif de la vision des gens, c’est que puisqu’on rend visible, quelque chose d’autre s’est passé. Et c’est amusant parce que tout à l’heure, je me permet… Tout à l’heure, je te disais que le chien, il était parfois vu comme moins handicapant. C’est-à-dire que quelque part, comme mon handicap ne se voit pas, les gens pensent qu’effectivement, il est en formation, il est en formation, ma tori. Et en même temps, c’est assez rigolo, c’est que comme je suis passé de la canne au chien, j’ai un nom important de personnes qui, dans les premières semaines, quand ma chienne Tori est arrivée, ont demandé si mon handicap s’était aggravé. J’ai dit: Non, pourquoi ? Ils m’ont dit: Tu avais une canne avant, maintenant, tu as une chiennes, j’imagine que ton handicap s’est aggravé. C’est une autre vision. La chienne, à les premiers moments, moi, je souffrais parce qu’avec ma canne, j’avançais tout droit quand je prenais le train. Et avec ma chienne, on l’a avancée tout droit, mais il y avait des qui venaient shooter dedans. Parce que j’avais les mêmes mécanismes de mouvement. Je ne sais pas si ma chienne peut peut-être faire le travail à 100%.
V.
Les gens m’avaient dit: Je vais shooter dedans. Je me suis dit: Mais arrêtez de venir shooter dans ma chienne. Il y avait quelque part cette violence qu’on peut imaginer. Moi, je suis à un courbevoie, donc on a Saint-Lazare qui n’est pas loin. Il y avait cette violence quand on prend le train le matin, on prend le métro à 8h30, etc, d’avoir effectivement cette agressivité où quelque part, les gens venaient marcher sur le chien. Je me suis dit: Attention. Et aujourd’hui, je ne sais pas. C’est assez rigolo parce que je pensais que c’était quelque chose de constant. Maintenant, quand on s’est habitué l’un à l’autre, je ressens beaucoup moins cette violence. Je ne saurai pas l’expliquer.
E.
Vous êtes accordé aussi l’un à l’autre. C’est ce que tu disais, à la différence de la canne. À la canne, les gens évitent… Évitent, même si j’ai eu pas mal de témoignages d’un fils en zilleul qui disait que malheureusement, elle était quand même piétinée, cette canne. Les gens ne voyaient pas l’utilité ou… Bref, il faut de tout pour faire un monde. Comment on va résumer cette phrase, cette situation comme ça ? Mais c’est vrai que le chien, les gens imaginent que le chien peut se décaler, etc. Alors qu’en fait, le rôle du chien guide, c’est de slalomer parmi les gens, mais il va quand même essayer d’éviter un maximum. Mais il y a un moment, quand les gens lui foncent dessus, il ne peut pas non plus se rendre transparent et disparaître à la seconde. Et donc, Thory, on en parle. Tu as fait ta demande quand ?
V.
Je pense que c’était en septembre ou octobre 2021.
E.
C’était un pas de plus qui t’as été… Du coup, tu venais de prendre la canne pendant un an et là, tu t’es dit: Peut-être qu’on peut Non, je n’avais pas ma canne.
V.
C’était avant de prendre ma canne, c’était juste le mois avant. On a acheté une canne en parallèle qui est restée dans un placard pendant un mois. Je n’osais pas la sortir. Quelque part, pendant pas mal de temps, mon dossier de chien guide a été Il a été envoyé, le temps qu’il soit traité. Il y a quand même une vraie lenteur pour pouvoir passer du moment où on fait la demande à: On va découvrir l’école. Après, une fois qu’on a découvert l’école, au au moment où on va nous présenter l’animal. C’est assez intéressant d’ailleurs. J’avais un instructeur de locomotion qui était venu me voir. On faisait des exemples avec le guidon, des essais avec le guidon où j’avais le guidon à la main. C’était l’instructeur en locomotion qui faisait le rôle du chien.
E.
Oui, qui était au bout du guidon. Oui, c’est assez perturbant. Alors que la quatre pattes en précise, pour ceux qui nous écoutent, il est bien debout, il le tient avec une autre main aussi.
V.
Oui, voilà, mais c’est perturbant parce qu’au début, je me suis dit: J’espère que les gens ne vont pas me voir en train d’être tirés par un monsieur avec quelqu’un derrière en guidon. C’était assez perturbant. J’étais assez gêné la première fois. Tout ça a mis deux ans et demi à peu près. Et puis après, j’ai fait un premier essai d’une chienne, mais qui ne convenait pas tout à fait à mon rythme de marche qui était un peu lente par rapport à moi, à mon activité. Et puis, finalement, on a fait un essai avec Thori. Il n’y avait qu’une seule chienne, normalement, on nous présente… Ce qu’on m’a dit, c’est qu’on nous présentait trois chiens pour pouvoir faire un choix et comprendre quel est l’animal qui nous correspond. Et là, c’était intéressant, il n’y avait que Tori en l’a dit: Je pense qu’il n’y a qu’un seul chien, mais je pense que vous devriez quand même l’essayer. Ça devrait vous correspondre. Et Thori, Ça, c’est assez amusant parce que c’est une première de la classe qui était vraiment très appliquée, assez sensible comme chienne et vraiment dans cette… Elle veut bien faire et c’est assez chouette. En fait, il fallait un double…
V.
L’enjeu pour c’est qu’il me fallait une chienne qui puisse aller assez vite, assez dynamique, qui soit aussi capable, parce que j’ai une famille de trois enfants, de pouvoir aussi, même si ce n’était pas le premier critère, mais être une chienne de famille. Et puis, et ça, c’est quelque chose de compliqué, je fais beaucoup de réunions, de rendez-vous. La première fois, je crois que c’est en septembre dernier, je prends la parole à l’Unesco. La salle n’était pas pleine, on devait être à 800, 900 personnes devant moi quand même. Et là, je rentre, c’est la première fois où j’avais une apparition avec avec Thori. Je venais de l’avoir depuis assez peu de temps, finalement. Et donc, on l’avance, on va se mettre à notre place. Je prends la parole, c’est une table ronde, on était 10h00 ou 15h00 sur la scène et je prends la parole 5 minutes, mais on est là à 1h00 et je me dis: Comment ça va se passer ? Et là, à cette heure-là, elle est restée tranquillement, allongée. Et ça, savoir s’allonger, savoir rester calme, ne pas faire de bruit quand il ne faut pas faire de bruit et de repartir en action, quand il faut partir en action, avec quelqu’un de très dynamique comme je peux être, je crois, multi-engagé dans beaucoup de directions.
V.
Elle a une journée peut-être plus fatigante que beaucoup d’autres chiens, mais c’était une équation pas forcément simple à résoudre. Et je crois qu’aujourd’hui, moi, Je suis heureux. Je ne connaissais pas l’univers des chiens, mais je n’avais même pas d’appétence pour avoir un chien aujourd’hui. Aujourd’hui, moi, pour être honnête, j’en rigolais un peu avant d’avoir une chienne à la maison, mais il y a quand même une vraie relation Je vais utiliser ce terme-là, une relation d’amour avec le chien, mais vraiment une relation, c’est une des membres de la famille maintenant, tout en étant à la fois une chienne guide. C’est beaucoup plus qu’une canne sur pâte, c’est à la fois une membre de la famille. C’est assez chouette aussi aujourd’hui, la relation qu’on a commencé à construire.
E.
Je te disais juste avant d’enregistrer que Dauri, moi, je la connais et qu’elle m’a rencontré. Je recherchais les photos en te parlant en discutant. En fait, elle était toute petite quand je l’ai rencontrée, moi. C’était en juillet 2022, donc elle est de février. Si mes souvenirs sont bons.
V.
27 février.
E.
C’est ça. Je l’ai rencontrée le 28 juillet. Et ceux qui savent ce qui s’est passé l’été 2022, qui était tout à fait très ronde. Et c’est la dernière chienne à m’avoir vue très ronde, puisque deux jours après, j’étais à la maternité, tout simplement. C’était un peu en avance par rapport à ce qui était prévu, mais c’était très bien aussi. Et oui, je l’ai rencontrée quand elle était avec Lauryn, sa famille d’accueil, sa famille relais, pour une petite période à cet été 2022. C’est vrai que l’autre jour, quand je regardais un peu tes profils et que je revoyais le nom de Thori, tout de suite, ça m’a fait tilt en me disant: Mais c’est celle-là ? Est-ce que c’est vraiment celle-là ? Donc déjà, c’est la même couleur de chien, c’est la même race. C’était la même école. Il y avait très peu de chances pour que ce soit différent au sein de la même école. Donc oui, Thori, c’est très rigolo. Et tu vois, de ces cinq mois, quand je l’ai rencontré, c’est rigolo parce qu’on était allé au restaurant après la détente. Elle avait été très posée, on l’avait complètement oubliée. J’ai des belles photos, en tout cas d’elle.
E.
Je te ferai passer avec ses jolis yeux orange un petit peu, qui sont magnifiques. Elle était vraiment très chou, déjà. À cette époque. Donc j’imagine, quand on voit les photos aujourd’hui, elle est vraiment… Tu disais que tu utilises aussi ton image bien lookée, bien coiffée, bien barbue, etc. Mais du coup, depuis qu’elle est rentrée dans ta vie en juillet l’année dernière, elle C’est vrai que ça fait partie aussi de ton image maintenant. On la voit tout le temps. Elle est tout le temps à côté de toi.
V.
C’est une mini starlette. Enfin, après avec, mais… Attendez-nous bien, je parle de handicap, je parle de responsable associatif ou de responsable politique que je rencontre. J’ai C’est surtout ce que j’essaie surtout de faire dans les réseaux, parce que ce n’est pas facile comme exercice. Je monte ma tête. Quand on monte sa tête, il y a un côté où, naturellement, on décide, je crois que c’est ça, de se mettre en avant. Puisque tu as vu mes communications, tu vois que généralement, j’essaie toujours de mettre le contenu, c’est toujours d’apporter quelque chose parce que je me dis: Si quelqu’un lit deux lignes, il faut qu’il puisse apprendre quelque chose, puisse s’interroger. Et si quelqu’un décide d’aller jusqu’à la fin des 3 000 caractères, qui est à peu près la place qu’on a sur LinkedIn, il faut qu’il puisse aussi apprendre quelque chose s’il a envie de le faire. Je crois que c’est aussi ça, une grande partie de ce que j’essaie de faire, c’est de communiquer le plus largement possible, mais d’aller au-delà de: J’ai rencontré un tel, j’ai fait ça. C’est de de toujours réfléchir à: Tiens, qu’est-ce que je peux aller raconter ? Je prendrais cet exemple-là.
V.
Hier, c’était intéressant, j’ai eu une question en formation et peut-être, il y aura un post qui sortira sur LinkedIn dans les prochains temps là-dessus. Mais c’était une des questions qui était de se dire: Vincent, moi, je faisais le tour de table au début. Quelles sont vos attentes ? La personne disait: Moi, souvent, je vais vers les personnes handicapées et elles ne veulent pas que je m’occupe d’elles et je ne comprends pas. C’est intéressant comme question. Pourquoi ? Finalement, on a trouvé la solution après à la fin de formation, mais il y avait une autre question qui était de se dire aussi souvent, le problème, ce n’est pas avec les personnes handicapées, c’est avec leurs accompagnants. Intéressant comme question. Je crois qu’il y a plein de théories, quelque part, c’est notre Oui, on est un binôme aujourd’hui, pour revenir là-dessus. On est un vrai binôme de vie, même si nous, on vit à six chez nous avec elle. Mais on a un binôme de communication aussi. Je crois qu’elle a apporte aussi quelque chose de doux. Et puis moi, c’est aussi un des services que j’ai aussi envie de rendre à l’association des chiens guides de Paris. Parce qu’on le sait bien, ça coûte très cher d’élever un chien.
V.
C’est beaucoup de temps. Et je me dis que quelque part, bien sûr qu’elle m’apporte dans le guidage au quotidien, mais que ce que je peux rendre aussi, c’est quelque part donner directement ou indirectement de la visibilité au chien guide par mes communications.
E.
Et si tu devais aujourd’hui, comme tu l’as fait pour toi au début de l’interview, un peu pour boucler la boucle, donner trois mots pour la décrire, elle. Comment tu la décrirais, autre que physiquement, on a dit que c’était un labrador noir, mais sur son caractère ?
V.
C’est intéressant parce qu’effectivement, je parlais d’amour du chien tout à l’heure. Je dirais sensible, sérieuse, joueuse. Ces points-là sont importants. C’est pour ça que j’ai voulu terminer par sérieuse et joueuse, parce que c’est souvent une des questions qu’on me pose sur des chiens, c’est: Ouais, mais C’est quand même dommage parce que ce sont des chiens qui ne s’amusent pas. Et je peux vous assurer que non. C’est qu’en fait, quand on lui donne la possibilité de s’amuser, sincèrement, elle s’éclate. Quand ma femme, ma grande fille joue qui d’ailleurs, il y a un comportement très différent avec le plus petit enfant où elle est vraiment très prudente. On sent qu’elle ne veut pas être d’un père. Moi, avec mon fils Augustin, qui a deux ans, maintenant, il commence à venir lui faire des caresses et elle se laisse faire. Mais il y a très peu de temps encore, elle l’évitait parce que quand on joue avec elle, elle joue, mais elle est torrie, c’est 29 kilos de muscle. Pour un petit bonhomme qui fait 13 kilos, il faut faire attention. Là, j’ai ma petite Jeanne qui fait 4,5 kilos. Naturellement, on fait attention. De toute façon, il faut toujours faire attention.
V.
Elle est capable d’être… De temps en temps, la voix, elle dort, elle dans son panier, elle dort, elle est en train de ronfler. Elle n’a pas son toit à ronfler, en soi. On va prendre le temps de se faire aller à l’aise. Et puis, je lui ai dit: Allez, Tori, on y va. On sent qu’elle s’étire. Et puis, bon, allez, on y va. Et puis, en fait, elle est presque aussi épanouie à sortir qu’elle dans son panier. Et je crois que c’est ça qui est assez formidable sur cette chaîne. Moi, je suis absolument ravi.
E.
C’est une bonne chose qu’elle soit arrivée, finalement, par ici, dans ta vie.
V.
Oui, et tu vois, j’ai quand même un point, parce que je me posais pas cette question au début. Il y a eu une question de beaucoup de personnes quand j’ai fait une première communication avec Thori, et notamment, de par les propriétaires de chien, qui m’ont dit: Est-ce que vous allez la garder à la fin ? Et ça, question, parce que mine de rien, elle a trois ans. Les chiens, globalement, guident, partent à la retraite à 10 ans. Ça veut dire que si je Il peut pouvoir continuer à avoir un chien guide. Il va falloir que dans cinq ans, je me pose cette question. C’est à peu près ça. Tu vois, Estelle, je n’ai pas encore de réponse catégorique à donner.
E.
Et puis, elle peut évoluer de toute façon.
V.
Mais elle peut évoluer. Mais là, il y avait une question de ma fille l’autre jour qui me dit: Oui, mais papa, c’est quand même bien. Parce que si jamais on la donne à quelqu’un d’autre, parce qu’au moins, on ne la verra pas mourir. Et moi, je lui dis: Ouais, mais tu la vois la laisser mourir avec qui est un autre que nous. C’est des mots, une discussion quand même assez forte, mais qui prouve qu’au-delà du chien guide, elle a pris quand même aussi un autre statut chez nous.
E.
Et tout ça en moins de un an, puisqu’on se parle en février et elle est là avec toi depuis juillet. C’est exactement Ouais, c’est fantastique. Ils prennent vite la place. Ouais, tout à fait. C’est très bien. J’en parlais avec Mathis, que tu connais, qui a Uriel, qui a bossé un peu avec vous aussi à la PHP. Nous, on a fait un épisode en immersion. Il m’a raconté pendant Du coup, ça a été six, huit mois d’attente où on s’est raconté parmi ces deux ans d’attente. Quand on a enregistré chez lui en décembre, ça faisait un mois qu’il avait eu rien à ses côtés. On oublie vite l’attente. Elle n’est pas négligeable, mais au final, le chien guide s’installe très rapidement dans la vie de son débénéficiaire et on devient vite indispensable, mais dans tous les côtés de la vie, comme tu disais, autant dans le guidage que dans la joie de vivre, dans le jeu, dans la famille, notamment. Dans ton cas, elle a pris sa place. Écoute, merci. Je vois qu’on arrive au bout de notre temps donné dans nos agendas respectifs.
V.
Merci Estelle.
E.
Merci à toi, en tout cas, Vincent. Je compte sur une prochaine fois à Paris pour essayer de te croiser pour boire ce café ou ce chocolat chaud pour ma part. J’ai recroisé Tori, qui aura bien grandi depuis la dernière fois que je l’ai vue, avec laquelle j’avais joué, papoté, caressé. En tout cas, merci pour ton temps. Et puis, on continue à suivre les deux l’association, notamment, que tu nous as donnée, la association que tu as fondée à Courbevoie, Bien vivre son handicap. Et puis, la PHP. Donc, je le redis, l’association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées, sur laquelle tu es aussi très engagé. Et puis, on n’hésite pas à te suivre toi sur LinkedIn. Tu nous as beaucoup parlé de ce réseau et sur Instagram. Et puis Facebook aussi, où on en a moins parlé.
V.
Oui, je suis très présent sur Facebook. Le gros de notre communauté locale vient de Facebook à l’origine, c’était un groupe Facebook. Facebook, c’est l’association, majoritairement, l’association locale et la famille. Instagram, c’est un peu tout le monde. Linkedin, c’est du pro tout le monde. Un peu même sur X. J’ai gardé le réseau pour l’instant.
E.
T’as gardé le réseau. J’avoue que moi, j’ai un peu abandonné. Je me suis recentrée sur d’autres réseaux, j’ai dû faire des choix. Mais en tout cas, n’hésitez pas à aller suivre Vincent. Et puis Vincent, merci beaucoup pour ton temps et au plaisir de te croiser avec Thori et éventuellement ta petite famille sur Courbevoie ou ailleurs.
V.
Au plaisir également, Estelle.
E.
Et voilà, c’est la fin de cet épisode avec Vincent Julier et j’espère qu’il vous a inspiré. Si son engagement vous parle, je vous recommande d’écouter l’épisode 11 où Arthur raconte comment sa chaîne guide, Loia, l’a poussé à défendre ses droits et à s’investir davantage. Et vous, êtes-vous engagé dans une association ou pour une cause qui vous tient à cœur ? Dites-le-moi en commentaire ou en message privé, j’adorerais en discuter avec vous. De mon côté, je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode sur l’univers méconnu des chaînes guides d’Aveugles.