Voici Laurence qui est accompagnĂ©e de Pipper de l’Ă©cole des chiens guides du Centre-Ouest !  C’est donc du cĂ´tĂ© de Clermont-Ferrand que Laurence partage son quotidien bien rempli avec Pipper, du nom de l’hĂ©roĂŻne de Charmed ! Après la dĂ©couverte du chien guide très jeune Ă  la tĂ©lĂ©vision, Laurence a su tout de suite qu’un de ces chiens ferait partie de sa vie un jour. Mais comment transmettre et partager au mieux son quotidien avec les autres pour faire changer le regard sur la dĂ©ficience visuelle ? Entre sport, apprentissage des langues et sensibilisation, Laurence revient sur son Ă©volution depuis son premier chien guide jusqu’Ă  aujourd’hui. Elle nous raconte aussi comment ces moments de sensibilisation sont riches d’enseignement, que ce soit face Ă  une classe d’enfants ou au sein mĂŞme d’une entreprise.  

Retrouvez la transcription intégrale en fin de page.

Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Je m’appelle Laurence Vanel, j’ai 40 ans, j’habite Clermont-Ferrand et je suis non-voyante et j’ai eu trois chiens guides.

Comment as-tu découvert les chiens guides d’aveugles et comment sont-ils rentrés dans ta vie ?

Vers 12-13 ans, je regardais la sĂ©rie Les Yeux d’HĂ©lène oĂą la comĂ©dienne Mireille Darc jouait HĂ©lène, jeune non-voyante qui retrouvait son autonomie grâce Ă  un chien guide. Je me suis dit tout de suite que plus tard, je serais accompagnĂ©e d’un chien guide. D’autant plus qu’à l’époque on commençait la locomotion assez tard par rapport Ă  maintenant, mĂŞme si j’ai toujours Ă©tĂ© malvoyante. J’ai perdu la vue tard Ă  29 ans, suite Ă  une greffe de cornĂ©e qui n’a pas fonctionnĂ©. Le personnage d’HĂ©lène m’a aussi permis d’accepter la canne, et surtout de me projeter dès la majoritĂ© aux cĂ´tĂ©s d’un chien guide. 

L’annĂ©e de mon bac, Ă  19 ans, j’ai accueilli mon premier chien guide Oelle (en rĂ©fĂ©rence Ă  l’Olympique Lyonnais – OL), une flatcoat retriever de l’école de Lyon. Je faisais mes Ă©tudes Ă  Lyon, quelques annĂ©es Ă  l’universitĂ©, j’ai Ă©tudiĂ© les langues, puis j’ai suivi une formation post-bac Ă  Clermont-Ferrand oĂą Oelle m’a guidĂ©e jusqu’à ses 11 ans. A l’époque, il n’y avait pas de dĂ©lai pour la mise en retraite, ce qui est bien mieux maintenant. J’avais vraiment une relation très fusionnelle, et je l’ai gardĂ© jusqu’au bout de sa vie Ă  13,5 ans avec ma canne.

Funky

En 2012, j’ai accueilli Funky, Ă©galement de l’école de Lyon, mais il Ă©tait trop rĂ©actif aux congĂ©nères et je n’avais pas la carrure qui allait avec donc nous avons arrĂŞtĂ© l’aventure ensemble au bout de 3 semaines. Je suis heureuse par contre qu’il ait pu guider longtemps une jeune lyonnaise avec qui cela a tout de suite fonctionnĂ©. 

De mon cĂ´tĂ©, j’ai accueilli FĂ©roĂ© et Fleur, deux petites labradors noires de la mĂŞme promotion. J’ai choisi Fleur puisqu’elle marchait Ă  mon rythme, contrairement Ă  FĂ©roĂ© qui Ă©tait plus lente pour mon pas plus assurĂ© grâce aux nombreuses annĂ©es avec Oelle. Fleur a dĂ©veloppĂ© une cataracte bilatĂ©rale qui se voyait Ă  l’Ĺ“il nu, et la rendait progressivement malvoyante Ă  son tour. Je le sentais dans le guidage, et elle a Ă©tĂ© mise Ă  la retraite Ă  9,5 ans, juste avant le premier confinement de 2020, et confiĂ©e Ă  une famille de retraite par l’école des chiens guides du Centre-Ouest de Lezoux, qui a pris le relais de mon dossier, Ă©tant plus proche que Lyon.

Je trouve qu’il manque quand même la mutualisation des pratiques pour la continuité dans les soins pour la mise à la retraite, quelle que soit la personne à qui le chien est confié ensuite (famille d’accueil, amis ou famille de retraite).

De mon côté, j’ai repris la canne et j’ai passé de fait un confinement seule à l’appartement. J’en ai profité aussi pour reprendre des cours de locomotion afin d’être prête à accueillir ma troisième chienne guide de l’école des chiens guides du Centre-Ouest de Lezoux.

Retrouvez l’’épisode 27 avec Marion, instructrice de locomotion à l’école du Nord

Fin 2020, j’ai rencontrĂ© Pipper, une labrador sable, pour qui j’ai eu un coup de foudre. On a enchaĂ®nĂ© avec la remise sur quinze jours Ă  domicile du fait de la situation sanitaire. 

A côté de ça, grâce à l’association Un Regard Pour Toi, avec un simple téléphone, on peut apprendre de nombreuses langues avec des professeurs bénévoles. Pour ma part c’est toujours l’anglais, l’italien et l’espagnol. Je fais aussi beaucoup de sport, dont l’équitation, que j’ai choisi pour faire le deuil de ma cécité complète, je cherchais en effet un sport que je n’avais jamais fait, ça m’a aidé à me projeter dans une vie certes différente, mais agréable. Je fais aussi du tandem, et le sport de manière générale nous permet de riches rencontres.

Retrouvez l’épisode 26 avec Romain, athlète handisport en tandem 

Au niveau des sensibilisations, comment ça s’organise au quotidien, est-ce qu’il y a des inconvĂ©nients ou au contraire des avantages ?

On m’a fait confiance de nombreuses fois Ă  travers l’association Braille et Culture devenue AcceSens, en milieu scolaire pour dĂ©couvrir la cĂ©citĂ© avec 3 ateliers : un sur la locomotion (Ă  la canne, en guidage par un autre, la canne Ă©lectronique ou le chien guide), un sur le braille avec l’initiation sur la Perkins pour Ă©crire quelques mots, un sur les autres sens (avec l’éveil de l’ouĂŻe, le sens des masses et la dĂ©couverte par le toucher). En entreprise aussi, comme Michelin, en organisant des groupes avec comment travailler avec l’autre qui a un handicap.

Le rĂ©seau clermontois connait ma disponibilitĂ©, et d’un point de vue personnel les enfants nous permettent d’évoluer en nous mettant face Ă  nous-mĂŞme. L’échange apporte toujours. La première chose est d’identifier l’association qui fait des sensibilisations, ça peut ĂŞtre les associations de chiens guides elles-mĂŞmes. Il faut sensibiliser pour montrer que notre handicap n’est pas si dramatique que ça peut souvent paraĂ®tre. Mon bonheur est par la suite dans la rue que ces jeunes me prennent pour quelqu’un de normal et osent m’aborder. 

D’ailleurs, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as découvert avec les chiens guides ?

J’ai découvert la patience, car le chien est quelqu’un qui a besoin de vous, qui n’a que vous, c’est une sacrée responsabilité ! Je suis d’ailleurs heureuse de voir qu’on accompagne aussi des jeunes aujourd’hui à avoir des chiens guides d’aveugles.

Est-ce que tu as été bluffée par l’un d’entre eux ?

Oelle m’a bluffée un jour où je sentais venir un malaise dans la rue, je me suis assise et elle a eu le réflexe de venir me lécher le visage alors que je connaissais à perdre connaissance. Je suis revenue à moi, et on est reparties, tout ça au début de notre aventure ensemble.

Fleur m’a bluffée avec son professionnalisme auprès des enfants, elle adorait !

As-tu fait une rencontre exceptionnelle grâce aux chiens guides ?

J’ai rencontré Mireille Darc en personne, grâce et avec mon chien guide. Le chien guide est un médiateur entre nous et les autres, et tous les jours dans la rue il y a des personnes qui vont venir vers nous, nous poser des questions, ça crée un lien et des rencontres.

Pour finir, quel est ton pire et ton meilleur moment avec les chiens guides ?

Je n’ai jamais eu de honte, mais des peurs terribles, surtout avec Fleur qui à l’âge de 5 ans a mal supporté une anesthésie lors d’une opération bénigne. Ses reins se sont arrêtés, et grâce à son transfert à l’école vétérinaire de Lyon et une dialyse, ses reins sont repartis. Il y a eu aussi des morsures envers un de mes chiens, ou des peurs qu’on peut avoir avec eux.

Là où je me sens le mieux c’est en sensibilisation, là où on admire le travail et les familles d’accueil. L’un des moments forts, c’est avec une élève qui, à la suite notre intervention, a sollicité sa famille pour être famille d’accueil d’un futur chien guide, et qui l’est actuellement.

Merci Ă  Laurence pour sa rĂ©ponse immĂ©diatement positive Ă  mon invitation et son tĂ©moignage riche d’enseignements sur le partage, en espĂ©rant qu’on puisse se rencontrer !

Transcription intégrale

E

Bonjour et bienvenue sur le podcast Futur Chien guide, le seul podcast sur l’univers des chiens guides d’aveugles soutenu depuis cette annĂ©e par la FFAC et l’ANM’ Chiens Guides. Je m’appelle Estelle, je suis passionnĂ©e par les chiens guides d’aveugles, et bĂ©nĂ©vole pour cette cause Ă  Paris. Je suis d’ailleurs persuadĂ©e que l’univers des chiens guides d’aveugles mĂ©rite d’ĂŞtre mieux connu. En tant qu’amoureux des chiens, futur bĂ©nĂ©ficiaire ou autre curieux comme moi, vous croisez parfois des chiens guides d’aveugles et leur maĂ®tre en vous demandant ‘mais comment font-ils pour se dĂ©placer dans nos rues toujours plus agitĂ©es ?’. Ce podcast est le seul qui vous propose, au fil de rencontres enrichissantes, de dĂ©crypter l’univers des chiens guides d’aveugles pour comprendre par qui et comment ils sont Ă©duquĂ©s, mais aussi de dĂ©couvrir leur rĂ´le dans le quotidien de leur maĂ®tre et les bouleversements Ă  leur arrivĂ©e, ou encore comment agir quand vous croisez un tel binĂ´me.

E

Pour ce premier Ă©pisode de la saison 3, je suis ravie de vous prĂ©senter Laurence, qui est accompagnĂ©e de Pipper de l’École des Chiens Guides du Centre-Ouest. Eh oui, encore une nouvelle Ă©cole par ici, car après plus de 30 Ă©pisodes, ils me reste encore beaucoup de chose Ă  vous partager et Ă  vous faire dĂ©couvrir. C’est donc du cĂ´tĂ© de Clermont-Ferrand que Laurence partage son quotidien bien rempli avec Pipper, du nom de l’hĂ©roĂŻne de Charmed. Après la dĂ©couverte du chien guide très jeune Ă  la tĂ©lĂ©vision, Laurence a su tout de suite qu’un de ces chiens ferait partie de sa vie un jour. Mais comment transmettre et partager au mieux son quotidien avec les autres pour faire changer le regard sur la dĂ©ficience visuelle ? Entre sport, apprentissage des langues et sensibilisation, Laurence revient sur son Ă©volution depuis son premier chien guide jusqu’Ă  aujourd’hui. Elle nous raconte aussi comment ces moments de sensibilisation sont riches d’enseignement, que ce soit face Ă  une classe d’enfants ou au sein mĂŞme d’une entreprise. Et maintenant, place Ă  l’Ă©pisode.

E

Bonjour Laurence.

L

Bonjour Estelle.

E

Merci d’inaugurer cette nouvelle saison. On enregistre en dĂ©cembre mais on va diffuser tout ça en premier Ă©pisode de 2022. Est-ce que pour commencer tu peux te prĂ©senter ?

L

Bien entendu. Je salue Ă©galement tous les auditeurs qui nous Ă©couteront. Je suis Laurence Vanel, j’ai 40 ans. J’habite Clermont-Ferrand. Je suis non-voyante et j’ai eu 3 chiens guides.

E

Alors justement, tu nous permets aujourd’hui d’explorer une nouvelle contrĂ©e, puisque le centre de la France, mĂŞme si ce n’est pas très loin de chez mes parents et de lĂ  oĂą j’ai grandi, je n’ai pas forcement eu l’occasion d’avoir des invitĂ©s de ce coin-lĂ . Et justement, comment toi tu en es arrivĂ©e Ă  avoir un chien guide puisque du coup, c’est des Ă©coles dont on n’a pas forcĂ©ment parlĂ©. Est -ce que tu peux nous raconter d’oĂą tout ça est venu, et comment toi tu es arrivĂ©e jusqu’au chien guide ?

L

Bien entendu. Eh bien, moi ce sont les mĂ©dias qui m’ont apportĂ© cet Ă©clairage intĂ©ressant puisque j’avais 12-13 ans, je regardais la tĂ©lĂ©vision comme beaucoup d’ados Ă  cette Ă©poque-lĂ , et je regardais une sĂ©rie qui s’appelait ‘Les yeux d’HĂ©lène’. Et dans cette sĂ©rie, il y avait une actrice, en fait, une très jolie actrice, je voyais un petit peu Ă  l’Ă©poque, qui retrouve son autonomie grâce, justement, Ă  un chien guide. Elle utilisait aussi sa canne. Nous, la locomotion Ă  cette Ă©poque-lĂ , nous la dĂ©butions assez tard. Aujourd’hui, 5-6 ans, mĂŞme un petit peu avant, quand ils commencent Ă  se dĂ©placer, tout simplement. Et quand j’ai vu que cette dame se dĂ©brouillait tellement et Ă©tait tellement flamboyante avec ce chien, je me suis dit plus tard, moi aussi, je ferai comme cette dame, j’aurai un chien guide.

E

À ce moment-là tu voyais encore un peu, tu avais déjà un peu de vision en moins ? Comment ça se passait ?

L

Moi je suis nĂ©e très malvoyante. J’ai pas vu d’un Ĺ“il, toujours, et je voyais un centième de l’autre Ĺ“il.

E

D’accord.

L

VoilĂ , ce qui me permettait d’Ă©crire en noir un petit peu, de voir les couleurs, les formes, de me faire une petite bibliothèque visuelle. J’ai perdu la vue  tard, j’ai perdu la vue Ă  29 ans suite Ă  une greffe de cornĂ©e qui n’a pas fonctionnĂ©. Mais je n’ai jamais assez vu pour me guider sans canne, sans aide technique, que ce soit une canne ou un chien. Et l’adolescence Ă©tant une pĂ©riode très compliquĂ©e en gĂ©nĂ©ral, et pour une personne handicapĂ©e, ça l’est d’autant plus, cette personne m’a permis d’accepter ma canne. On la voyait Ă  la tĂ©lĂ©, quoi. C’Ă©tait plutĂ´t très, très porteur. Et lĂ  oĂą j’ai vraiment concrĂ©tisĂ© beaucoup plus tard cette envie d’avoir un chien guide, eh bien, c’est juste avant la majoritĂ© puisqu’Ă  l’Ă©poque, peu d’adolescents, voire quasiment pas, n’avaient de chien. Et puis moi, je n’avais pas en plus la maturitĂ© pour avoir un chien, je pense. On n’en avait pas Ă  la maison, c’Ă©tait diffĂ©rent.

L

Donc, du coup, j’ai fait mon dossier en fait deux ans avant mes 19 ans, puisque j’ai eu mon bac Ă  19 ans et donc j’ai pu avoir en 2000 mon premier chien guide, un flatcoat retriever, Oelle, Ă  l’Ă©cole de Lyon. Et effectivement, mon bac, je commençais très bien le millĂ©naire.

E

Donc, grâce aux Yeux d’HĂ©lène, je regarderai parce que je ne connais pas cette sĂ©rie, tu vois c’est intĂ©ressant, tu es la première Ă  me le citer, qui avait un peu, du coup, dĂ©culpabilisĂ© ce que fait d’ĂŞtre un peu dĂ©ficient visuel et de s’accompagner soit de la canne, soit d’un chien guide. Du coup, ça t’a ouvert les yeux pour le coup, sur cette possibilitĂ©-lĂ .

L

Oui, complètement.

E

Et toi, tu Ă©tais dĂ©jĂ  Ă  Clermont-Ferrand, oĂą tu Ă©tais plus près de Lyon Ă  l’Ă©poque ?

L

Alors moi, je suis originaire d’Annecy, de Haute-Savoie.

E

D’accord.

L

Et j’ai fait mes Ă©tudes Ă  Lyon, donc, qui m’a amenĂ© Ă  me rapprocher effectivement de l’Ă©cole des chiens guides de Lyon. J’ai eu la chance d’ĂŞtre guidĂ©e donc par Oelle, en rĂ©fĂ©rence Ă  l’Olympique Lyonnais, une superbe flatcoat retriever, qui m’a vraiment libĂ©rĂ©e parce qu’Ă  l’Ă©poque, je sortais très, très peu. Mes parents ne me laissaient pas trop sortir et c’est pas grave, c’Ă©tait l’Ă©poque aussi. Et du coup, moi, j’ai vraiment explorĂ© ma ville, explorĂ© le monde en gĂ©nĂ©ral, voilĂ , grâce Ă  mon chien oĂą j’Ă©tais beaucoup plus Ă  l’aise et elle a dĂ©bloquĂ© Ă©normĂ©ment de choses en moi.

E

Oui, du coup, tu as dĂ©couvert Lyon grâce Ă  Oelle, qui t’a accompagnĂ©e un petit peu de partout. Parce qu’après ton bac, du coup, tu es restĂ©e sur Lyon Ă©galement ?

L

Alors je suis restĂ©e quelques annĂ©es sur Lyon. J’ai tentĂ© l’universitĂ©, qui n’a pas Ă©tĂ© un grand succès pour moi. Et j’ai Ă©tudiĂ© les langues, mais je les pratique toujours aujourd’hui d’une autre manière, donc c’est un rĂ©el bonheur que je n’ai pas oubliĂ©. J’ai fait une formation post-bac Ă  Clermont-Ferrand. Puisqu’il y  avait le choix Ă  l’Ă©poque entre Clermont-Ferrand et Paris, et Paris me semblait trop vertigineux.

E

Ce que je peux comprendre!

L

J’ai prĂ©fĂ©rĂ© la ville moyenne de Clermont-Ferrand et j’y suis toujours actuellement.

E

D’accord, t’as basculĂ© de Annecy, t’es allĂ©e un peu du coup vers l’ouest avec Lyon et puis encore vers l’ouest. C’est la mĂŞme rĂ©gion maintenant, c’est la grande rĂ©gion Auvergne RhĂ´ne-Alpes. Du coup, tu as atterri Ă  Clermont-Ferrand.

L

Complètement.

E

Donc Oelle t’as guidĂ©e Ă  Clermont-Ferrand ?

L

Absolument.

L

Elle m’a guidĂ©e Ă  Clermont-Ferrand jusqu’Ă  l’âge de 11 ans. Ă€ l’Ă©poque, nous n’avions pas de dĂ©lais pour la mise en retraite. Maintenant, ce n’est plus le cas et c’est heureux. Mais lĂ , elle Ă©tait en pleine santĂ©, donc elle a travaillĂ© jusqu’Ă  cet âge vĂ©nĂ©rable.

E

D’accord!

L

Le premier chien Ă©tait quelque chose de très fusionnel, donc je l’ai gardĂ© jusqu’au bout de sa vie.

E

Vous avez passĂ© presque une dizaine d’annĂ©es ensemble, j’imagine ?

L

Absolument, puisqu’elle est dĂ©cĂ©dĂ©e Ă  13 ans et demi.

E

Donc, tu as pu la garder. C’est ce que tu nous disais.

L

J’ai fait ce choix. Je n’ai pas repris d’autre chien tout de suite. J’ai repris ma canne et ensuite j’ai refait ma demande pour avoir un autre chien dans cette mĂŞme Ă©cole de Lyon, parce qu’elle Ă©tait chère Ă  mon cĹ“ur et j’avais de très bons contacts. Donc, Martial a Ă©tĂ© l’Ă©ducateur de ma première chienne guide, Oelle, et Romain, ensuite, m’a proposĂ© deux chiens. En 2012, j’Ă©tais avec  Funky, donc il y a eu quelques mois pour faire le deuil d’Oelle, ce qui m’a Ă©tĂ© très bĂ©nĂ©fique. Et Funky, notre histoire n’a pas durĂ© longtemps, malheureusement, parce que c’Ă©tait un formidable chien guide, par contre, il Ă©tait rĂ©actif aux congĂ©nères, donc je n’avais pas le physique pour accueillir un tel chien.

E

D’accord.

L

Mais je suis très heureuse de savoir qu’il a effectuĂ© une très longue carrière auprès d’une jeune dame lyonnaise qui a passĂ© de formidables annĂ©es avec ce chien.

E

Oui, parce que du coup, tu as fait un essai, tu as fait la remise. Vous avez fait quelques semaines ensemble et ça s’est avĂ©rĂ© trop compliquĂ© au quotidien pour toi.

E

Et donc, dans ce cas lĂ , le chien est rĂ©orientĂ© vers une autre personne. Ça peut arriver. Et bien sĂ»r, il bĂ©nĂ©ficie du coup d’une rĂ©orientation en tant que chien guide le plus possible. Et donc lĂ , tu disais qu’il a accompagnĂ© une personne sur Lyon du coup ?

L

Absolument, tout Ă  fait.

L

Il est restĂ© chez moi trois semaines. Quand ça devenait trop difficile, les Ă©ducateurs ont Ă©tĂ© pleinement Ă  mon Ă©coute. Donc dans la mĂŞme promotion, ils m’ont proposĂ©s deux chiennes Ă  accueillir en week-end, quelques mois après. Donc, FĂ©roĂ© et Fleur, deux petits labradors noirs adorables. J’ai pu choisir entre les deux chiens et donc j’ai choisi Fleur.

E

Alors, qu’est-ce qui a fait que ton cĹ“ur a balancĂ© pour Fleur?

L

Notre cĹ“ur balance, mais il faut se rendre aussi Ă  l’Ă©vidence que nous avons des vitesses de marche susceptibles d’Ă©voluer. Et FĂ©roĂ© marchait beaucoup moins vite que Fleur. Elle Ă©tait très appliquĂ©e, mais c’Ă©tait plutĂ´t un chien pour une première remise, je dirais, quand on n’a pas trop l’habitude.

E

Donc toi, tu avais dĂ©jĂ  le pas assurĂ© grâce Ă  l’accompagnement d’Oelle pendant une dizaine d’annĂ©es. Donc, il fallait que ça suive !

L

Complètement, complètement.

E

Tu as dĂ» passer, pareil, une petite dizaine d’annĂ©es, si ce n’est que je pense qu’entre la mise Ă  la retraite tardive, on va dire avec le recul de Oelle, et puis les dix annĂ©es que tu as passĂ©es avec Fleur, les choses ont Ă©voluĂ© du cĂ´tĂ© de la retraite. C’est important de le dire. On a quand mĂŞme beaucoup Ă©voluĂ© du cĂ´tĂ© des chiens guides, mĂŞme si c’est un mouvement qui est beaucoup plus rĂ©cent en France que dans d’autres pays, notamment les États-Unis. On s’est amĂ©liorĂ© notamment sur cette mise Ă  la retraite avec la FĂ©dĂ©ration française des Ecoles de Chiens guides, qui a mis en place un certain nombre d’habitudes avec ses Ă©coles fĂ©dĂ©rĂ©es. Et c’est ce qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© Ă  Fleur, du coup ?

L

Alors, complètement. C’est vrai qu’on nous prĂ©pare davantage Ă  la retraite. Il y a des bilans gĂ©riatriques, il y a des rencontres de familles, il y a vraiment, vraiment un accompagnement plus abouti. Et je dirais que ce qu’il manque un petit peu, c’est quand mĂŞme la mutualisation de ces pratiques. C’est Ă  dire que des Ă©coles vont proposer, par exemple des contrats d’adoption, mais vraiment Ă©tayĂ©s, avec des points Ă  respecter. VoilĂ , la personne a eu son chien pendant 8, 9 ou 10 ans, on aimerait qu’il y ait quand mĂŞme une continuitĂ© dans les soins, dans l’attention portĂ©e a ce chien qui n’ait pas un chien comme tout le monde malgrĂ© tout. Moi, ce serait un vĹ“u pieu, en ce dĂ©but d’annĂ©e, que je formulerais pour que justement, les Ă©coles et la FĂ©dĂ©ration se penchent sur cette rĂ©flexion d’une mutualisation des pratiques de la mise Ă  la retraite pour que tous les chiens, mĂŞme si on les confie Ă  nos proches, ou a quelqu’un qu’on ne connait pas ou peu importe la personne, qu’elle ait ce souci vraiment appuyĂ© de continuitĂ© d’Ă©ducation.

 

Oui, parce qu’en fait, pour rappel, le chien guide reste la propriĂ©tĂ© de l’école. Et ensuite, selon les Ă©coles, il peut rester encore la propriĂ©tĂ© de l’école Ă  la retraite mĂŞme dans une famille de retraite. Je sais que c’est le cas Ă  Paris, mais ce n’est pas forcement dans toutes les Ă©coles. En effet,  y a un petit peu encore d’amĂ©lioration, mais comme sur plein d’autres points et heureusement, personne n’est parfait, sur cette existence d’avoir une charte ou quelque chose, pour continuer Ă  assurer un bien-ĂŞtre Ă  nos chiens. Je pense qu’en tant que maĂ®tres c’est quelque chose sur laquelle vous ĂŞtre très sensibles par rapport au fait que vous ayez passĂ© de nombreuses annĂ©es avec eux en leur compagnie, que vous n’avez pas forcĂ©ment l’opportunitĂ©, comme tu l’avais fait avec Oelle, de les garder ensuite, et donc qu’ils puissent avoir cette continuitĂ© au sein de la famille  de retraite, trouvĂ©e par l’école, par exemple.

L

Tout Ă  fait !

E

Donc, de son cotĂ© Fleur a bĂ©nĂ©ficiĂ© quand mĂŞme de quelques examens de prĂ©retraite, on pourrait dire.  Donc ce sont des examens qui ont Ă©tĂ© mis en place, justement pour checker quelques annĂ©es avant la retraite pour voir si le chien est toujours en bonne santĂ©, dans le cadre de son bien-ĂŞtre. Et c’est Ă  ce moment lĂ  que Fleur a Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©e ?

L

Alors, c’Ă©tait facilement dĂ©tectable, puisque Fleur avait une cataracte bilatĂ©rale et ça se voyait Ă  l’Ĺ“il nu. Donc, c’est quand mĂŞme un prĂ©requis quand mĂŞme d’avoir une excellente vue pour un chien guide.

E

Et oui!

L

Et je dirais que le maĂ®tre le sent. Le chien est moins concentrĂ©, on doit le reprendre davantage. Un chien qui vieillit, on le voit. Donc, elle a arrĂŞtĂ© de travailler Ă  9 ans et demi, juste avant le premier confinement. Finalement, elle a Ă©tĂ© placĂ©e en famille d’accueil. C’est l’Ă©cole de Lezoux qui a pris le relais de mon dossier puisque l’Ă©cole de Lezoux, on en parlera après, mais elle est plus proche de chez moi maintenant que l’École de Lyon et donc elle a Ă©tĂ© confiĂ©e juste avant le premier confinement. Ce qui suppose que moi, de mon cĂ´tĂ©, j’ai passĂ© le confinement dans un appartement, seule.

E

Houla !

L

Ce qui donne beaucoup de force, beaucoup de détermination et plein de richesse par ailleurs, je me suis sentie plus forte au sortir du premier confinement.

E

Oui, parce que lĂ , t’as vraiment passĂ© un confinement en autonomie, ce qui ne t’Ă©tait pas arrivĂ© depuis longtemps, depuis Fleur, et mĂŞme si tu avais fait quelques annĂ©es avec Oelle en tant que chien de compagnie et pas de chien guide, mais oui, ça a dĂ» te faire un gros changement quand mĂŞme.

L

Complètement, et ça m’a permis aussi de reprendre l’utilisation de la canne blanche. Ce que je trouve important puisque c’est vrai que les utilisateurs de chiens guides des fois la mettent un peu de cĂ´tĂ© et finalement, on peut toujours avoir un souci, mĂŞme durant le travail du chien. Donc, j’ai toujours fait attention de la reprendre rĂ©gulièrement et de prendre des cours de locomotion aussi, juste après le dĂ©part de Fleur, pour me prĂ©parer Ă  la pleine venue de ma troisième chienne guide.

E

Tu as repris des cours de locomotion donc, du cĂ´tĂ© de Lezoux, j’imagine.

L

Finalement Ă  Clermont-Ferrand, puisque l’instructrice en locomotion se dĂ©place vers chez nous puisque finalement, c’est notre lieu de vie. Et alors, ma remise ensuite a Ă©tĂ© finalement très intĂ©ressante puisqu’avec le covid, elle a eu lieu en dĂ©cembre de l’annĂ©e dernière, il y avait le couvre-feu, etc. Eh bien, elle a eu lieu complètement Ă  domicile.

E

D’accord, donc, pour revenir sur Lezoux, on en parle, on sait de quoi on parle, mais on parle du coup de l’École des chiens guides d’aveugles de Centre Ouest, qui a plusieurs sites. Un Ă  Limoges et depuis les annĂ©es 2010, un Ă  Lezoux, c’est Ă  cĂ´tĂ© de Clermont-Ferrand. Et c’est pour ça que Lyon a proposĂ©, dès la mise Ă  la retraite de Fleur, de faire le transfert du dossier pour l’École des Chiens Guides d’Aveugles du Centre Ouest. Et donc, c’est Lezoux qui a gĂ©rĂ© tout ça, et donc la suite Ă©galement.

L

Absolument. StĂ©phane, qui venait de l’Ă©cole de Lyon, est arrivĂ© Ă  Lezoux, donc il connaissait un petit peu mon dossier pour m’avoir revue quand j’avais des bilans Ă  l’Ă©cole entre Oelle et Fleur. Funky et Fleur finalement. Du coup, m’a proposĂ© effectivement, ça a Ă©tĂ© une belle histoire parce que c’Ă©tait juste avant NoĂ«l. Il m’a proposĂ© une petite chienne, donc j’ai, entre guillemets, essayĂ©, puisque c’est un peu le terme.

E

Tu avais fait un peu des cours de locomotion avant du coup aussi avec Lezoux Ă  Clermont, c’est ça?

L

Absolument. C’est ça, c’est ça.

E

On en a pas mal parlĂ© de la locomotion parce que c’est un mĂ©tier qui est très peu connu. J’ai fait un Ă©pisode avec Marion qui est instructrice en locomotion Ă  Lille, l’Ă©pisode 27, et c’est vrai que c’est beaucoup de choses dont on ne soupçonne pas l’existence, des aides pour se guider et la mise en Ă©veil de pas mal de sens que, du coup, tu as rĂ©activĂ©s juste avant d’accueillir ta troisième chien guide.

L

Absolument, et c’est grâce Ă  toi d’ailleurs Estelle que j’ai dĂ©couvert qu’il y avait des personnes qui exerçaient les deux mĂ©tiers. Éducatrice de chiens guides d’aveugles et instructrice en locomotion.

E

En effet, c’est la sĹ“ur de Marion qui fait ces deux mĂ©tiers. Elle nous en avait parlĂ© dans l’Ă©pisode 27 Ă©galement. Du coup, c’est compatible. Donc, StĂ©phane avait dĂ©mĂ©nagĂ© en mĂŞme temps de Lyon Ă  Lezoux et c’est lui qui t’a proposĂ© un petit peu Ă  la veille de NoĂ«l, tout ça s’est passĂ©. C’Ă©tait un peu un conte de NoĂ«l, en fait !

L

Absolument, puisque effectivement, un vendredi, j’ai essayĂ© donc Pipper, une labrador sable. Elle m’a tout de suite plu, dĂ©jĂ  la façon de se prĂ©senter Ă  moi. J’ai beaucoup aimĂ© son approche, donc elle m’avait dĂ©jĂ  un petit peu conquise en trois secondes, ça s’appelle un coup de foudre, vraiment. Et après, nous avons fait un parcours. Eh bien, Ă  la fin de ce parcours, il m’a dit  : « Cette chienne semble vraiment te correspondre. Vous avez dĂ©jĂ  un très bon feeling. Je te propose de te la remettre lundi ».

E

Donc, on Ă©tait le vendredi ?

L

Absolument. Le lundi 7 dĂ©cembre de l’annĂ©e dernière, donc, j’ai pu effectivement commencer ma remise, sur 15 jours, de cette adorable petite chienne qui rĂ©pond au nom de Pipper.

E

Donc, c’est une petite labrador Ă©galement ?

L

Labrador sable. J’ai eu deux noirs et maintenant, j’ai une labrador sable, tout Ă  fait !

E

Qui vient aussi du CESECAH, comme Fleur.

L

Tout Ă  fait ! Fleur est nĂ©e au CESECAH, Pipper aussi, et je remercie Ă©normĂ©ment le CESECAH puisque grâce Ă  eux, nous pouvons connaĂ®tre la filiation de nos chiens. Les voyants peuvent nous dĂ©crire la photo des parents et de la portĂ©e de Pipper. Donc, j’ai su que ses parents Ă©taient tous les deux noirs et qu’il y avait dans la portĂ©e quatre sables et quatre noirs.

E

Donc, le CESECAH, je fais quelques rappels aussi, puisqu’on reprend un peu la saison 3, donc c’est le Centre d’Ă©tude et de sĂ©lection et d’Ă©levage de chiens guides pour aveugles et autres handicapĂ©s, qui se situe pas du tout loin de ton cĂ´tĂ©, prĂŞt de Clermont-Ferrand, puisque c’est tout Ă  cĂ´tĂ© et c’est un Ă©levage qui est mis en commun, donc c’est Ă  Lezoux Ă©galement, pour toutes les Ă©coles de la fĂ©dĂ©ration, voir quelques autres Ă©coles, d’autres types de chiens d’assistance. Donc, ils ont la possibilitĂ© de te dĂ©crire et de t’envoyer des photos. Donc j’imagine que tu leur avais envoyĂ© un mail, c’est ça ?

L

Tout Ă  fait ! C’est par mail que l’on peut effectuer cette dĂ©marche et j’ai eu une rĂ©ponse très rapide et très cordiale.

E

Eh bien d’ailleurs, je mettrai les photos sur l’article de l’Ă©pisode parce qu’elles sont vraiment toutes mignonnes.

L

C’est très gentil !

E

Donc, tu as eu ce petit conte de NoĂ«l qui s’est passĂ© l’annĂ©e dernière entre les confinements et tu nous disais le couvre-feu. Il y a eu cette remise avec Pipper qui a passĂ©, du coup, NoĂ«l avec toi ?

L

Complètement, complètement. C’Ă©tait l’un, effectivement, de mes plus beaux NoĂ«l.

E

C’est vrai ? Et alors, ces premiers temps avec elle, qu’est ce que ça a donnĂ© ?

L

Oh, du bonheur tout de suite. C’est une chienne qui a Ă©tĂ© très, très aimĂ©e par sa famille d’accueil. Virginie et Etienne, que je remercie du fond du cĹ“ur, qui ont Ă©tĂ© très attentifs Ă  elle, qui lui ont appris des petites choses, qui lui ont appris Ă  aboyer sur commande, qui lui ont appris Ă  regarder, par exemple, les personnes voyantes dans les yeux. Elle Ă©tait tout de suite très craquante pour moi. Elle a beaucoup jouĂ©, cette chienne, elle est très dans l’interaction. Mais Ă  la fois, j’ai 40 ans, donc les annĂ©es passent et c’est une chienne, malgrĂ© tout, qui est calme. Donc c’est un panel assez incroyable de qualitĂ©s.

E

Donc tu as Ă©tĂ© gâtĂ©e et vous avez commencĂ© justement votre aventure Ă  NoĂ«l. Et je crois qu’Ă  cĂ´tĂ© de toutes ces activitĂ©s autour des chiens guides, tu fais aussi beaucoup de choses. Tu nous Ă  un petit peu parlĂ© des langues que tu pratiques puisque je crois que tu gères beaucoup plus de langues que moi d’ailleurs, puisque tu as gardĂ© cette attirance de la langue que tu avais tentĂ© d’en faire des Ă©tudes Ă  la fac. Aujourd’hui, tu apprends les langues autrement ?

L

Absolument, grâce Ă  une association qui s’appelle « Un regard pour toi », qui est une association parisienne qui, au dĂ©part, proposait un accompagnement pour l’achat de vĂŞtements. Mais c’Ă©tait compliquĂ© durant cette pĂ©riode. Donc, avec un simple tĂ©lĂ©phone, en appelant Ă  09, etc., nous pouvions nous connecter, et nous pouvons toujours d’ailleurs, Ă  diffĂ©rentes activitĂ©s, Ă  savoir des activitĂ©s sportives, du yoga, etc. Effectivement, la possibilitĂ© d’apprendre ou de rĂ©apprendre, selon nos niveaux, plusieurs langues, espagnol, anglais, italien, allemand maintenant, avec des professeurs bĂ©nĂ©voles. C’est une richesse incroyable et une ouverture d’esprit assez impressionnante.

E

Donc, trois langues en plus du français ?

L

Oui, anglais, italien et espagnol. Donc, j’ai Ă©tudiĂ© les trois langues au lycĂ©e. Je me permets de les cultiver au fur et Ă  mesure de l’annĂ©e.

E

C’est super, mais je crois que ce n’est pas encore la seule chose que tu fais. Tu fais Ă©galement beaucoup de sport et je mettrai Ă©galement des photos puisque tu nous a parlĂ© notamment d’un sport qu’on imagine un peu moins, qui est l’Ă©quitation, que tu as pratiquĂ© et dans un contexte un petit peu particulier ?

E

Tout Ă  fait. Je suis cavalière très tardive, puisque je recherchais un sport pour m’aider Ă  faire le deuil de ma cĂ©citĂ© complète, pour ne pas comparer. Je faisais dĂ©jĂ  de la course Ă  pied, natation, etc. Et je n’avais jamais essayĂ© de pratiquer l’Ă©quitation. En la pratiquant comme ça, je ne pouvais pas comparer ma vie d’avant et la vie que je vis actuellement. Et ça a Ă©tĂ©, on parle beaucoup de passage avec les chevaux, ça a Ă©tĂ© vraiment une aide et ça l’est toujours pour me projeter dans une vie, certes diffĂ©rente, mais nĂ©anmoins très agrĂ©able.

E

Tu as fais justement ce choix de choisir une activité que tu ne faisais pas en étant en partie voyante pour vraiment, voilà, te prouver et puis pour changer ton propre regard sur ta cécité ?

L

Avant tout, je ne veux pas prouver les choses, je veux juste Ă©prouver du plaisir.

E

Mais c’est vrai que c’est un sport qu’on imagine peu pratiquĂ© en tant que malvoyant ou dĂ©ficient visuel. Et c’est un sport qui, pourtant, tu n’es pas la première personne qui m’en parle. Je pense beaucoup Ă  Laetitia Bernard, qui est journaliste sportif justement, qui a Ă©tĂ© championne de France de saut d’obstacles et qui elle aussi, est dĂ©ficience visuelle. Je ne sais pas si tu connais son profil, mais elle a Ă©crit un livre et c’est très intĂ©ressant ce qu’elle raconte. Alors, elle c’est un peu diffĂ©rent vu qu’elle est aveugle de naissance. Donc elle n’a pas fait le mĂŞme choix et la mĂŞme, est ce qu’on peut parler de thĂ©rapie, de ton cĂ´tĂ© ?

L

En tout cas, un avancement certain.

E

Un avancement du coup, entre le avant et le après.

L

J’ai lu le livre de Laetitia Bernard et j’ai eu l’immense chance de la rencontrer deux fois.

E

D’accord !

L

Sur un sĂ©jour tandem. VoilĂ , c’Ă©tait tout Ă  Strasbourg, on devait toutes relier Strasbourg en tandem. Je garde des moments inoubliables. C’est une personne qui est vraiment accessible et très, très, très gentille et qui partage aisĂ©ment cet amour de l’Ă©quitation. Et c’Ă©tait un bonheur de la rencontrer aussi sur un autre sĂ©jour tandem auvergnat. Nous avons eu le privilège qu’elle soit avec nous. C’Ă©tait du bonheur !

E

Donc tu nous donne aussi cette info que tu fais du tandem, donc en vélo ?

L

En vélo, tout à fait.

E

On en avait beaucoup parlĂ© parce que je pense que tu connais Romain, qui est accompagnĂ© de Osha, l’Ă©pisode 26 avec lui au mois d’aoĂ»t. Et justement, Romain a dĂ©couvert le tandem grâce Ă  sa cĂ©citĂ©, je pense qu’on peut dire ça comme ça. Et qui, du coup, se professionnalise et veut devenir vraiment un athlète handisport sur ce sport-lĂ , en tout cas.

L

Je lui souhaite profondĂ©ment, et c’est vrai que le sport, de manière gĂ©nĂ©rale, qu’on le pratique en compĂ©tition ou qu’on le pratique en loisir, nous permet des rencontres richissimes.

E

En complĂ©ment du sport, tu fais encore quelque chose. C’est ces histoires de sensibilisation et d’ouverture. Parce qu’au final, quand on fait un sport, le tandem, etc., comme tu disais, il y a beaucoup de rencontres, mais qui sont au sein de la sphère des dĂ©ficients visuels. Mais je crois que ce qui t’intĂ©resse encore plus, c’est de partager et d’expliquer, et de montrer parfois Ă  des jeunes, mais aussi Ă  des entreprises, comment ça se passe en vrai !

L

Absolument. On m’a fait confiance de nombreuses fois dans le rĂ©seau associatif pour participer Ă  des sensibilisations. Je pense notamment Ă  AcceSens, qui s’appelait Ă  l’Ă©poque Braille et Culture, qui a changĂ© de nom très rĂ©cemment, et qui organisait des demi-journĂ©es auprès des Ă©lèves de CE2 au CM2 autour d’ateliers en partenariat avec l’AcadĂ©mie bien sĂ»r, pour dĂ©couvrir effectivement la cĂ©citĂ©. Alors, nous avions un atelier de locomotion. Nous montrions Ă  la fois la technique de canne, la technique de guide aussi, les enfants Ă©taient en binĂ´me, les yeux bandĂ©s, pour se rendre compte du dĂ©placement quand on est guidĂ© par un autre et quand on est aidĂ© par un autre. Et sur cet atelier nous avions Ă©galement la canne Ă©lectronique qui Ă©tait Ă©voquĂ©e, les diffĂ©rentes façons de mal voir avec des photos, tout simplement. On a de très, très bons supports qui sont faits maintenant. Et moi, effectivement, j’apportais le tĂ©moignage du chien guide. VoilĂ  donc avec la prĂ©sence d’un chien, bien sĂ»r. Oelle l’a fait beaucoup, Fleur Ă©normĂ©ment.

L

Et c’est vrai que c’est un exercice qui me plaĂ®t vraiment puisque j’Ă©tais aussi sur l’atelier braille oĂą lĂ , les enfants, on leur distribuait un alphabet, on leur montrait le braille, les supports au tableau, pour qu’ils aient quand mĂŞme une image visuelle. Et ensuite, ils pouvaient s’initier Ă  cet alphabet en pouvant utiliser une machine pour Ă©crire leur nom et prĂ©nom.

E

Donc c’est via la Perkins, c’est ça ?

L

C’est ça absolument, notre Perkins et nous avions un troisième atelier, lui qui Ă©tait la dĂ©couverte des autres sens quand on ne voit pas.

E

Donc, un atelier vraiment locomotion, donc lĂ  soit la canne, soit canne Ă©lectronique, soit avec le chien. Et l’atelier sur le braille, justement donc on parle de la Perkins pour ceux qui ne voient pas ce que c’est, c’est comme une machine Ă  Ă©crire, comme les anciennes machines Ă  Ă©crire. Sauf qu’au lieu, tu me dis si je me trompe, mais au lieu d’avoir des lettres, il y a six touches plus une pour l’espace. Je pense que ça doit ĂŞtre ça ?

L

Tout Ă  fait !

E

Qui correspondent aux six points et du coup, ce qui permet d’appuyer simultanĂ©ment sur les bons points pour tracer un caractère. Je ne dois pas employer les bons termes lĂ , sur le coup, je ne suis pas experte, mais…

L

Moi, je trouve que si, tu te débrouilles plutôt très bien.

E

C’est avec cet outil lĂ  que les Ă©lèves pouvaient vraiment Ă©crire. J’imagine que c’est des mots assez simples, voir leur prĂ©nom peut-ĂŞtre ?

L

On leur faisait deviner des mots, on avait listé des mots qui pouvaient le faire, et également effectivement, écrire leur prénom et leur nom. Et quelquefois, ils écrivaient un petit mot pour leur chéri, pour leur maman, pour leur mamie, etc. Donc ça donnait des moments très, très sympas.

E

Et tu fais ça aussi en entreprise ? Alors lĂ , avec le covid, tout ça a dĂ» ĂŞtre un peu bousculĂ©, j’imagine ?

L

Complètement. Je voudrais juste complĂ©ter. Nous avions aussi un troisième atelier qui Ă©tait « DĂ©couverte des autres sens », ce qui Ă©tait intĂ©ressant, c’Ă©tait effectivement que les enfants pouvaient dĂ©couvrir qu’en Ă©coutant, on pouvait apprendre plein de choses en faisant attention au sens des masses, et on leur faisait dĂ©couvrir aussi des choses cachĂ©es dans des boĂ®tes, diffĂ©rentes matières, etc. Donc, c’Ă©tait trois ouvertures complĂ©mentaires, finalement. Effectivement, c’Ă©tait très triste parce qu’on a dĂ» interrompre ce programme, malheureusement. VoilĂ , et on n’est pas prĂŞts de recommencer. Mais c’est pas grave, on fait autre chose. Mais c’est vrai que la jeunesse est intĂ©ressante. Elle est sans filtre. Et finalement elle nous pose des questions très, très percutantes, très logiques. Et j’aime aussi effectivement intervenir dans des entreprises, toujours avec cette association. Je suis intervenue pour Musclor, par exemple, et c’Ă©tait des sessions extrĂŞmement intĂ©ressantes puisque en fait, nous organisions des groupes et dans ces groupes, ces personnes devaient s’aider mutuellement en ayant chacun un handicap diffĂ©rent, que ce soit visuel, que ce soit invisible, ça peut ĂŞtre la fibromyalgie, etc., devoir s’interrompre toutes les demi-heures, cinq minutes, etc., et savoir comment travailler en entreprise avec l’autre qui a une diffĂ©rence, par exemple, ça pouvait ĂŞtre des acouphènes aussi, on distribuait un casque avec des bruits parasites pendant qu’on diffusait un film, par exemple, donc la personne ne percevait pas tout et devait forcĂ©ment ĂŞtre aidĂ©e par un autre pour accomplir une tâche.

E

Et ça, comment  ça s’organise au quotidien ? Alors on va dire, on va omettre la pĂ©riode covid pour essayer de comprendre justement toi, comment ça s’organise. C’est donc Ă  la demande de l’association avec laquelle tu collabores qui est « braille et culture » ?

L

Maintenant, c’est « AcceSens », c’Ă©tait « braille et culture » et c’est devenu « AcceSens ».

E

Ah pardon, je l’avais mais pas dans le bon sens. Du coup, « Braille et culture » Ă©tant devenu « AcceSens », avec AcceSens, du coup, tu es bĂ©nĂ©vole et ils te proposent de faire des sensibilisations comme ça ?

L

Tout Ă  fait. Le rĂ©seau associatif clermontois sait que je suis disponible. S’ils ont envie que j’apporte ma pierre Ă  l’Ă©difice, je suis toujours prĂ©sente.

E

Quels sont les inconvĂ©nients ou les avantages Ă  s’engager dans ce genre de sensibilisation au quotidien ? Tu nous as beaucoup parlĂ© de ces trois ateliers locomotion, braille et les diffĂ©rents sens qu’on peut mobiliser en dehors du sens de la vue. Ça t’a apportĂ© des choses aussi, d’un point de vue personnel, peut-ĂŞtre ?

L

Ah oui, bien sĂ»r, puisque les enfants nous mettent face Ă  nous-mĂŞmes et c’est très intĂ©ressant. Et ça permet effectivement d’Ă©voluer aussi.

E

Tu penses que tu as évolué aussi dans ton regard sur les autres ?

L

Oui, oui, l’Ă©change apporte toujours. Après, tout dĂ©pend effectivement de l’implication des adultes derrière. Ça fait toute la diffĂ©rence.

E

Oui, mais en tout cas, les Ă©lĂ©ments Ă  prendre en compte avant de se lancer dans l’aventure, quand on veut faire ce genre de sensibilisation, dĂ©jĂ , je pense, c’est identifier une association qui le fait. Alors, je sais que les Ă©coles de chiens guides peuvent aussi avoir des besoins, il vaut mieux se renseigner auprès d’elles. Et puis ensuite, il y a souvent des associations comme la tienne qui peuvent justement ĂŞtre en contact avec des Ă©coles et des entreprises.

L

Complètement ! Et mĂŞme pendant cette pĂ©riode covid, avec mon Ă©cole et avec Pipper, nous avons effectuĂ© une sensibilisation dans un collège et c’Ă©tait très, très intĂ©ressant. Il y avait avec moi une future chienne guide et c’Ă©tait une journĂ©e formidable. Donc oui, peu importe l’organisme, etc., ce qui compte, c’est de sensibiliser, de montrer que notre handicap n’est pas si dramatique que cela peut souvent paraĂ®tre.

E

Et justement, avec les enfants, quand tu dis qu’ils sont cash, qu’ils te renvoient un peu l’image de toi-mĂŞme, est-ce qu’il y a des souvenirs que tu gardes de certaines sensibilisations assez particulières ?

L

Je retiens que j’ai rencontrĂ© des Ă©lèves dans la rue, dans mon quotidien, qui se rappelaient de moi, qui se rappelaient du nom du chien. Et mĂŞme après quelques annĂ©es, on se dit « c’est passé », le message est passĂ©, on se rappelle qu’il ne faut pas toucher le chien quand il travaille, etc. Donc, c’est ça mon bonheur. C’est effectivement qu’on vous prenne comme quelqu’un de lambda et qu’on ose vous aborder.

E

Donc oui, c’est former les citoyens de demain aussi avec les jeunes qui, j’imagine, forment un peu les parents aussi, par ricochet.

L

Ah souvent, souvent ! J’entends dans la rue « non il ne faut pas le toucher, maman, c’est un chien qui travaille », et ça, je trouve ça gĂ©nial.

E

Oui, oui, c’est sĂ»r que la vĂ©ritĂ© sort de la bouche des enfants. Et en plus, quand tu as fait de la sensibilisation avant, tu rĂ©coltes le fruit et le plaisir de pouvoir Ă©changer en connaissance de cause, sur la manière de se comporter justement avec les chiens guides.

L

Tout Ă  fait !

E

Eh bien Ă©coute, je voulais justement savoir par rapport Ă  toute cette aventure auprès des chiens guides, s’il y avait quelque chose que tu avais dĂ©couvert, que tu n’imaginais pas forcĂ©ment en faisant ta demande de chien guide, ou en regardant « Les yeux d’HĂ©lène » justement ?

L

J’Ă©tais jeune, j’avais 19 ans. Ah j’ai dĂ©couvert la patience, avec un chien on dĂ©couvre la patience. Parce que c’est un ĂŞtre qui a besoin de vous, qui n’a que vous. C’est une responsabilitĂ©, si l’accompagnement est très bien fait. Je suis pleinement heureuse quand  je vois que les adolescents peuvent ĂŞtre accompagnĂ©s maintenant d’un chien. Je trouve ça formidable, oui je trouve ça vraiment gĂ©nial.

E

Oui, ça me fais tout Ă  fait Ă©cho, ce que tu dis, les jeunes guidĂ©s. J’ai fait rĂ©cemment une petite sĂ©lection des Ă©pisodes dĂ©jĂ  faits sur, justement, des profils de jeunes qui ont Ă©tĂ© guidĂ©s assez jeunes par un chien guide. Eh bien on a parlĂ© de Romain, qui fait du tandem et veut en faire son mĂ©tier. Et lui, c’est vrai qu’il a eu Osha des Chiens Guides du Grand Sud Ouest Ă  22 ans. Encore plus particulièrement, la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, qui n’existait pas quand tu Ă©tais toi plus jeune, remet aujourd’hui des chiens guides Ă  des enfants de 12 Ă  18 ans. On a eu l’occasion d’en parler avec BĂ©rĂ©nice dans l’Ă©pisode 28 oĂą elle nous racontait justement la grande responsabilitĂ© d’avoir ce chien guide Ă  elle aussi. TimothĂ©e de l’Ă©pisode 17 nous tĂ©moignait aussi qu’il a eu l’occasion d’avoir, vraiment Ă  la veille de ses 18 ans Baltique des Chiens Guides de l’Ouest. Tout comme Justine, l’Ă©pisode 9. Donc c’est une sĂ©lection de quatre Ă©pisodes. Justine Ă©tant guidĂ©e depuis ses 20 ans et en effet, ça change. Toi quand tu as eu Oelle Ă  19 ans et bien c’Ă©tait un peu pareil quoi.

L

Et tu me parlais de moments forts avec les chiens guides. J’ai eu l’immense privilège de rencontrer la comĂ©dienne, effectivement, qui a jouĂ© « Les yeux d’HĂ©lène » beaucoup plus tard. En 2014, donc, j’ai rencontrĂ© Mireille Darc autour d’un cafĂ© Ă  Paris, et sans mon chien, je n’aurais jamais eu cette chance-lĂ . Et la chance de pouvoir communiquer très rĂ©gulièrement avec cette personne que je regrette beaucoup aujourd’hui, mais qui est toujours dans mon cĹ“ur.

E

Je ne connaissais vraiment pas la sĂ©rie, alors je vais me pencher sur la question. Tout ce que tu me dis me pousse Ă  aller voir tout ça. Et la comĂ©dienne, en effet, qui interprète HĂ©lène donc, c’est Mireille Darc que tu as pu rencontrer. C’est vraiment chouette, en tout cas, que tu aies pu le faire.

L

Absolument !

E

Ça a dû être un grand moment !

L

C’Ă©tait très intĂ©ressant et très constructif pour moi. Oui, tout Ă  fait !

E

Et bien Ă©coute, dans ces grands moments, je me demande s’il y a un moment oĂą tu as Ă©tĂ© bluffĂ©e par ton chien, par exemple, alors que ce soit Oelle, Fleur ou encore Pipper rĂ©cemment, et qui reste vraiment un souvenir marquant ?

L

Absolument. Oelle m’a bluffĂ©e de nombreuses fois, mais elle m’a bluffĂ©e un jour oĂą je n’Ă©tais pas très bien et je sentais venir un malaise, tout simplement. J’Ă©tais dans la rue, au guidage. Je me souviens de ne plus avoir de force, m’asseoir et elle a eu un rĂ©flexe de venir me lĂ©cher le visage. Mais peut ĂŞtre pendant quelques minutes et je commençais Ă  perdre connaissance et en fait, elle m’a ramenĂ©e. Je pense que la diffĂ©rence de tempĂ©rature a fait que je suis revenue Ă  moi. Je me suis relevĂ©e et nous avons continuĂ© notre chemin. Ça ne faisait pas longtemps que nous Ă©tions ensemble et lĂ , je me suis dit « toi, je te lâcherai jamais ».

E

C’Ă©tait, du coup, dans quel contexte, tu Ă©tais particulièrement fatiguĂ©e peut-ĂŞtre ?

L

Absolument. C’est ça. C’Ă©tait une pĂ©riode un peu difficile de ma vie, effectivement. Par ses moyens, elle m’a permis de continuer mais dans tellement de domaines, dans tellement tellement de domaines.

E

Elle t’a accompagnĂ©e dans quels autres domaines ?

L

Elle m’a aidĂ©e quand je faisais du théâtre, par exemple. J’ai pratiquĂ© dix ans le théâtre. J’Ă©tais angoissĂ©e comme quelqu’un qui monte sur scène et qui doit se lancer. Eh bien, en la caressant, en Ă©tant juste lĂ  quoi, en Ă©tant lĂ . Notre cĹ“ur s’accĂ©lère moins. C’est vital. C’est une respiration, un chien guide.

E

En tout cas, elle a vraiment marqué ton histoire !

L

Et Fleur m’a bluffĂ©e par son professionnalisme auprès des enfants, par la patience qu’elle a. Chaque fin d’atelier, je permettais aux enfants de la caresser chacun leur tour parce qu’ils n’ont envie que de ça. On leur explique effectivement, dans la rue, quand on est en train de traverser, il ne faut surtout pas toucher un chien, etc. Mais ils ont envie. Ils ont quand mĂŞme envie, donc Ă  la fin de chaque atelier, les enfants passaient et elle adorait ce moment-lĂ . C’Ă©tait quelque chose d’impressionnant. Elle avait une formidable connexion avec les enfants et je la remercie du fond du cĹ“ur pour cela. Et tout ce qu’elle m’a apportĂ© aussi, puisque le chien guide est vraiment un mĂ©diateur entre nous et l’autre quoi. Donc, on fait des rencontres tellement variĂ©es, tellement riches et tellement diffĂ©rentes aussi.

E

Oui donc elles t’ont apportĂ©es toutes les deux et je pense que Pipper est sur la mĂŞme lancĂ©e sans aucun doute ! MĂŞme si ça ne fait qu’une annĂ©e.

L

Complètement, une annĂ©e passe si vite. On aimerait les retenir entre nos mains les annĂ©es ! Et je revois très rĂ©gulièrement sa famille, qui sont des amis. Elle a eu la chance de vivre avec une golden de la mĂŞme promo niveau annĂ©e, elles ont gardĂ©es un lien très, très fort que j’adore cultiver. Elle a aussi grandi avec un chat et sa famille d’accueil m’a remis un très grand album avec une centaine de photos. C’est du bonheur Ă  saisir !

E

Oui, c’est vrai que ça n’est pas souvent, mais parfois les familles d’accueil ont leur propre chien de famille. J’en avais beaucoup discutĂ©, alors on peut parler de la meute d’Agnès dans l’Ă©pisode 18 parce qu’elle justement, elle avait les Ă©lèves chiens guides au fur Ă  mesure des annĂ©es, et aussi trois goldens, donc une Ă©quipĂ©e de quatre. Et ça m’avait beaucoup fait rire parce que quand on avait parlĂ© avec Agnès, elle me racontait que quand elle part en vacances avec les quatre, parce qu’il n’y en a pas un qui reste sur le carreau, donc les 3 chiens de famille et l’Ă©lève chien guide qu’elle a pour l’annĂ©e, que c’est quand mĂŞme une petite Ă©popĂ©e mais qu’au final, tout se passe bien parce qu’en effet, c’est vraiment des copains, entre eux, et tous sont bien Ă©duquĂ©s. Alors ça passe peut-ĂŞtre pas inaperçu en tant que tel, quand on la voit avec ses 4 goldens, si c’est un golden qu’elle a en Ă©lève chien  guide, mais c’est vrai que ça fait toujours un lien avec la famille supplĂ©mentaire puisqu’il y a un lien canin au milieu et pas seulement humain/chien.

L

Et c’est vrai que c’est une chance quand l’animal a grandi avec un chat, que ce soit dans une Ă©cole ou auprès de la famille. Puisque effectivement, ils auront une approche diffĂ©rente des autres petits chiens, par exemple. Ils vont ĂŞtre beaucoup plus doux, beaucoup plus attentifs, puisqu’ils ont l’habitude d’ĂŞtre en face de tout petits animaux.

E

Ouais, c’est vrai que c’est une chance. Après il faut pouvoir le gĂ©rer. On en avait pas mal discutĂ© avec Agnès de savoir aussi quels Ă©taient les inconvĂ©nients et les avantages Ă  avoir d’autres chiens que son Ă©lève chien guide. On peut avoir aussi des exigences d’Ă©ducation un peu diffĂ©rentes parce que chacun n’a pas forcĂ©ment le mĂŞme mĂ©tier. Ça avait Ă©tĂ© très intĂ©ressant quand mĂŞme d’en parler. Enfin je vous invite, on ne  va pas refaire l’Ă©pisode avec Agnès, Ă  aller Ă©couter l’Ă©pisode 18, qui avait vraiment dĂ©crit son expĂ©rience.

E

Et justement en parlant de rencontres, tu m’as parlĂ© la rencontre avec Laetitia Bernard, avec Mireille Darc, est-ce que tu as eu d’autres rencontres exceptionnelles que tu as faites via les chiens guides, que tu n’aurais pas forcĂ©ment faites sans Fleur, Oelle ou Pipper Ă  tes cĂ´tĂ©s ?

L

Moi, je dirais dans la rue, tous les jours. Tous les jours vous avez des personnes qui vont vous poser des questions, qui vont venir vers vous. Des moments assez exceptionnels. Par exemple, avant-hier, j’Ă©tais dans un parc et ma chienne Ă©tait dĂ©tendue, donc avec son gilet de dĂ©tente.

E

Donc le gilet orange de dĂ©tente ‘chien guide en dĂ©tente’.

L

Complètement ! Pipper s’est approchĂ©e de quelqu’un et cette dame est venue vers moi avec sa canne et m’a dit « Oh, votre chien est venu me saluer. J’ai 96 ans, madame » et lĂ , ça m’a bouleversĂ©e. Nous Ă©tions le matin, il faisait froid. VoilĂ , c’est des rencontres. C’est des rencontres magnifiques, des gens autonomes, des gens qui ont envie, des gens qui se battent. Moi, je trouve ça…, ça me ravit le cĹ“ur quand je vois les gens comme ça. Et puis ma Pipper qui a dĂ» s’approcher tout doucement, car forcĂ©ment, elle n’a pas la mĂŞme mobilitĂ© que des personnes plus jeunes. Donc moi, j’ai trouvĂ© ça très, très, très touchant.

E

Oui, c’est vrai que c’est des rencontres un peu inopinĂ©es et Ă  la fois quotidiennes que moi je peux aussi partager, c’est vrai quand on a des Ă©lèves chiens guides. Alors lĂ , j’ai Saga Ă  cĂ´tĂ© de moi, en effet, les gens viennent un peu plus en contact, d’une part, et puis ça crĂ©e un lien. Ça crĂ©e des rencontres qu’on n’aurait pas forcĂ©ment faites, que ce soit au parc, parce que les chiens jouent ensemble, ou parce que le chien va voir les gens comme ça a Ă©tĂ© le cas pour toi, il y a quelques jours du coup, avec Pipper.

L

Complètement !

E

Et je pose une toute dernière question qui est toujours un peu une question rituelle, est-ce que tu peux nous raconter ton pire et ton meilleur moment avec tes chiens ou un de tes chiens guides ?

L

Alors souvent, les gens parlent de honte. Moi, je n’ai jamais eu de honte avec mes chiennes. Jamais aucune des trois ne m’a fait Ă©prouver ce sentiment. Par contre, j’ai eu des peurs terribles. Notamment Fleur qui, Ă  l’âge de 5 ans, a mal supportĂ© une anesthĂ©sie complètement bĂ©nigne puisqu’on enlevait un mastocytome, et ses reins se sont arrĂŞtĂ©s. Donc voilĂ , elle Ă©tait condamnĂ©e. Donc elle est allĂ©e Ă  Marcy l’Étoile. L’École de Lyon a Ă©tĂ© absolument rĂ©active puisque nous Ă©tions avant les vacances de NoĂ«l. Ils l’ont transfĂ©rĂ©e de Clermont-Ferrand Ă  Marcy l’Etoile. Elle a Ă©tĂ© dialysĂ©e et ses reins sont repartis. Elle a eu une convalescence et elle est revenue vers moi sans aucune sĂ©quelle rĂ©nale. Et lĂ  le monde s’est arrĂŞtĂ©, le monde s’arrĂŞte et quand il retourne davantage, on se sent nettement mieux. J’ai eu des peurs aussi quand, voilĂ , j’ai eu un chien qui s’est fait mordre. Enfin, je crois qu’avec un chien, quand on n’a pas d’enfant, ce sont nos premières grosses grosses frayeurs et je pense qu’on est nombreux Ă  les avoir ressenties. Mais de la honte jamais, j’ai toujours Ă©tĂ© très fière de mes chiens.

L

Il y a eu des moments plus dĂ©licats. Il y a eu quelques croquettes vomies et alors on ramasse. Mais ce n’est pas des hontes insurmontables non, non, non.

E

Mais en tout cas, ces peurs-lĂ , oui, c’est un peu la consĂ©quence de la responsabilitĂ© et forte responsabilitĂ© qu’on a d’eux. Ce n’est pas toujours facile, en effet !

L

C’est vrai !

E

Et du coup, pour contrebalancer, le meilleur moment ou les meilleurs moments avec les trois chiennes guides ?

L

Moi, c’est lĂ  oĂą je me sens le mieux, c’est en sensibilisation. C’est quand on admire le travail, c’est quand on admire qu’il y a des familles d’accueil qui sont avant nous. Et l’un des moments forts, effectivement, c’est une Ă©lève d’une Ă©cole qui, Ă  la suite de notre intervention, a sollicitĂ© sa famille pour devenir famille d’accueil d’un futur chien guide, qui l’est actuellement. Et ça j’ai trouvĂ© ça absolument formidable !

E

Oui c’est vrai que parmi mes auditeurs et j’espère pouvoir plus le faire cette annĂ©e en 2022, j’ai aussi beaucoup de retours de gens qui alors suite Ă  l’Ă©coute ou Ă  diffĂ©rents vecteurs, mais notamment Ă  l’Ă©coute du podcast, et avoir dĂ©couvert un peu tout cet univers qui, du coup, s’engagent diffĂ©remment selon leurs moyens de temps et d’argent. Et c’est vrai que j’ai parfois des auditeurs qui me disent « ça y est, j’ai fait ma demande pour devenir famille d’accueil » et qu’est-ce que c’est bouleversant de se dire que en parlant de tout ça, grâce Ă  toi, notamment Laurence, aujourd’hui sur cet Ă©pisode, on arrive Ă  faire rentrer des gens dans cet univers qui est bien souvent trop mĂ©connu Ă  mon goĂ»t et qui est pourtant tellement passionnant. Et en tout cas, cette personne-lĂ  est devenue famille d’accueil ?

L

Absolument. Et ça, j’ai trouvĂ© ça merveilleux et très constructif, finalement, parce que souvent, les gens observent et donc peut-ĂŞtre qu’elle a sensibilisĂ© d’autres enfants et d’autres familles pour cette aventure-lĂ . Et moi, ce qui me plaĂ®t aussi, c’est de rester en contact avec certaines familles, par exemple la famille d’accueil d’Oelle et bien, on est toujours en contact et c’est toujours Oelle qui nous relie.

E

MĂŞme si Oelle vous regarde d’en haut maintenant du paradis des chiens. C’est vrai que c’est quelque chose. C’est immuable, ça ne cassera pas, c’est un fil invisible, mais infini.

L

C’est infiniment prĂ©cieux, effectivement.

E

Eh bien Ă©coute, tu nous as vraiment racontĂ© tout ça avec tellement de, enfin ça nous donne envie. Moi, j’ai hâte un jour de te rencontrer en tout cas, parce que c’est vrai qu’on n’est pas si loin, en tout cas de chez mes parents. MĂŞme ce que je te disais l’autre jour, c’est que ceux qui me suivent sur Instagram l’ont vu dĂ©but octobre, j’ai quand mĂŞme passĂ© une petite semaine Ă  Clermont-Ferrand puisque pour mon boulot pour les chèvres, j’Ă©tais au sommet de l’Ă©levage lĂ -bas. Mais c’est vrai qu’il faudra reprendre rendez vous, je pense que j’y serai l’annĂ©e prochaine et on ne se manquera pas.

L

Ah ça, c’est sĂ»r. Je note le salon d’Ă©levage et je viendrai te voir avec ma Pipper !

E

Avec grand grand plaisir. J’ai rencontrĂ© d’autres personnes et notamment un Ă©lève chien guide, un chien guide d’aveugle pardon, accompagnĂ© d’AnaĂŻs au sommet. Et puis Clermont-Ferrand aussi, peut ĂŞtre un moyen de rencontre sans pour autant aller sur le salon. Et je me demandais, oĂą est-ce qu’on peut te suivre Ă©ventuellement, te retrouver, suivre tes aventures avec Pipper ?

L

Sur Facebook !

E

D’accord, donc, Laurence Vanel sur Facebook ?

L

Tout Ă  fait, absolument.

E

J’ai hâte de continuer Ă  suivre tout ça. Je suis ravie, vraiment ravie d’avoir fait ce premier Ă©pisode de l’annĂ©e avec toi.

L

C’est moi qui te remercie aussi, Estelle, de ce moment passĂ© avec toi. Je remercie les auditeurs et je souhaite une longue, longue, longue vie Ă  ce dĂ©licieux podcast.

E

Merci beaucoup, Laurence. Et à très bientôt !

L

À très bientôt.

E

Et voilĂ , c’est la fin de cet Ă©pisode. Merci Ă  vous de l’avoir Ă©coutĂ©, en espĂ©rant qu’il vous aura plu. Merci Ă  Laurence pour sa rĂ©ponse immĂ©diatement positive Ă  mon invitation par ici et son tĂ©moignage riche d’enseignements sur le partage. Pour complĂ©ter votre Ă©coute, vous retrouverez très bientĂ´t sur mon site tout rĂ©novĂ© « futur chien guide.fr » des photos de Oelle, Fleur et Pipper qui ont guidĂ© ou guident encore Laurence. Mais aussi sa majestueuse monte en amazone et bientĂ´t la transcription intĂ©grale de cet Ă©pisode.

E

N’hĂ©sitez pas Ă  m’envoyer vos retours sur mon Instagram @futurchienguide ou via des Ă©toiles sur Apple Podcast ou, nouveautĂ©, sur Spotify. J’ai tellement hâte de les dĂ©couvrir. D’ailleurs, je vous donne rendez-vous très bientĂ´t pour le lancement de la newsletter, mais aussi pour un prochain Ă©pisode au format tout spĂ©cial, en immersion chez une toute nouvelle famille d’accueil. Ă€ bientĂ´t pour un prochain Ă©pisode sur l’univers mĂ©connu des chiens guides d’aveugles…

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