Voici Christophe qui a adoptĂ© NoumĂ©a, une Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©e de l’école de Paris, sans pour autant ĂŞtre sa famille d’accueil. Alors qu’il cherchait Ă  adopter un compagnon Ă  quatre pattes, il dĂ©couvre via une famille d’accueil l’opportunitĂ© d’adopter un Ă©lève chien guide Ă©cartĂ© de son destin de chien guide d’aveugle. Mais quelles sont les dĂ©marches pour adopter un tel chien ? Et quels sont les critères Ă  rassembler ? De sa recherche du compagnon idĂ©al Ă  l’arrivĂ©e de NoumĂ©a dans sa vie, Christophe revient pour nous sur les dĂ©marches rĂ©alisĂ©es auprès des chiens guides de Paris afin d’adopter un Ă©lève chien guide. Il nous raconte aussi les avantages et inconvĂ©nients Ă  adopter un tel chien afin de vous donner toutes les clĂ©s pour vous lancer dans l’aventure.

Retrouvez la transcription intégrale en fin de page.

Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

On s’est croisĂ©s avec nos chiens, plus prĂ©cisĂ©ment au bois de Boulogne. Moi, j’ai une activitĂ© de chef d’entreprise, en quelque sorte. Parce que j’ai ma propre sociĂ©tĂ© depuis une vingtaine d’annĂ©es. Je fais du conseil pour les entreprises donc je suis assez souvent en tĂ©lĂ©travail, mais aussi en dĂ©placement chez mes clients. Je bouge, je voyage et quand je voyage, c’est des voyages assez longs. Et dans toutes ces situations-lĂ , NoumĂ©a est avec moi.

Comment as-tu découvert les chiens guides d’aveugles et comment sont-ils entrés dans ta vie ?

Alors, première expĂ©rience dans les annĂ©es 90, ça remonte Ă  Ă  peu près 40 ans : j’habitais dans la rĂ©gion de Nice Ă  l’Ă©poque et j’avais participĂ© Ă  des quĂŞtes afin de recueillir des fonds pour subventionner l’achat et la formation de chiens guides d’aveugles.

Et puis, il y a un peu plus de deux ans maintenant, j’ai fait une rencontre avec une famille d’accueil par des amis d’amis. Car Ă  l’Ă©poque, je parlais beaucoup d’adopter un chien. J’Ă©tais sur la SPA pendant un petit moment et je m’apprĂŞtais vraiment Ă  y aller.  Et on m’a dit “c’est une personne qui est famille d’accueil, qui connaĂ®t bien le monde du chien et qui pourrait te renseigner sur cette option d’adoption chien guide d’aveugle rĂ©formé”. Alors que j’Ă©tais dans cette dĂ©marche de recherche d’un chien, au contact de cette famille d’accueil, j’ai donc appris Ă  ce moment que l’association des chiens guides d’aveugles de Paris, produisait, si je puis dire, un nombre important de chiens chaque annĂ©e. Et que, malheureusement ou heureusement, elle en rĂ©formait un certain nombre. 

J’ai appelĂ© l’Ă©cole chiens guides, plus prĂ©cisĂ©ment la personne en charge de l’adoption et j’ai eu de la part de l’association la prĂ©sentation de plusieurs chiens. 

Olivia (la famille d’accueil de NoumĂ©a) m’a proposĂ© de venir me rencontrer avec la chienne le lendemain au bureau. Quand elle est arrivĂ©e, ça a Ă©tĂ© un grand coup de foudre et un grand coup de cĹ“ur pour NoumĂ©a. Et du coup on a fait les papiers dans la foulĂ©e, dans les deux-trois jours qui ont suivi, ces papiers-lĂ  se font Ă  l’association.

Lorsque je l’ai adoptĂ©e, elle avait 18 mois. Et lĂ , elle va sur ses 4 ans.

D’ailleurs, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as découvert avec les chiens guides ?

Il y a un autre contact dont je n’ai pas parlĂ©, une jeune fille, la vingtaine, Ă©tudiante en droit, mais très handicapĂ©e visuellement. Elle travaille avec un clavier adaptĂ©. Tout est adaptĂ©, y compris dans ses cours. Ce qui m’a bluffĂ©, c’est la puissance de ce petit animal qui lui a Ă©tĂ© confiĂ©. Une petite labrador qui s’appelle GĂ©ly, qui doit avoir 2-3 ans et qui, depuis qu’elle l’a, lui a permis de quitter sa famille, de s’installer dans un studio, de naviguer entre son studio, sa fac, Paris, partout, toute seule avec son chien. Et ça, franchement, ça m’a bluffĂ©. Je ne pensais pas qu’on pouvait en faire autant avec un chien guide. 

Quels ont été pour toi les avantages ou au contraire les inconvénients à adopter un élève chien guide réformé ? Et quels sont les éléments à prendre en compte ?

Il faut remplir un dossier d’adoption. De mĂ©moire, je crois que c’est 4 pages. Ceci dit c’est relativement simple et je crois que la SPA le fait aussi. C’est des questions simples : typologie de la famille, de la vie de famille, type de rĂ©sidence, de logement, de job, disponibilitĂ©, etc. Après, c’est vraiment des chiens particuliers, c’est absolument nĂ©cessaire d’avoir un gage de disponibilitĂ©, de prĂ©sence parce que c’est des chiens qui sont sĂ©lectionnĂ©s et Ă©duquĂ©s pour passer 24 heures sur 24 avec la personne avec qui ils font ce binĂ´me. Quel que soit le type de logement, d’accueil, de mode de vie, il y a cette quasi nĂ©cessitĂ©, d’ĂŞtre en permanence avec son chien. Ces animaux pour ĂŞtre heureux, demandent Ă  ce qu’on soit aussi proche d’eux. Bien sĂ»r, je pourrais laisser NoumĂ©a, partir au travail et la retrouver le soir. Elle n’en mourrait pas, mais je pense qu’elle en serait malheureuse.

Par contre, ce qui est plus dur, c’est aussi qu’à partir du moment oĂą le dossier est acceptĂ©, on est en liste d’attente… Mais ce qui m’a surpris, c’est que j’ai Ă©tĂ© assez vite contactĂ© et j’ai eu assez rapidement, je pense, 3-4 propositions. Ce qui est très bien fait, c’est que dans le mail de prĂ©sentation, tu as un topo sur l’animal qui est complĂ©tĂ© par un deuxième topo qui est celui de la famille d’accueil. Tu as un peu le rĂ©sumĂ© du parcours Ă©ducatif du chien dans cette famille d’accueil. Tu as des photos et Ă©ventuellement des vidĂ©os. C’est vraiment très clair et transparent.

Ensuite, quand on prend le chien, il devient notre propriĂ©tĂ©, puisqu’il y a un certificat d’adoption qui est remis et qu’on le règle. Aussi, il y a un dĂ©lai d’observation autour d’un mois. J’ai trouvĂ© ça très intĂ©ressant, notamment pour un primo adoptant comme moi, parce qu’on ne savait pas du tout comment ça allait se passer.

Et surtout l’avantage pour quelqu’un qui, comme moi, souhaitait trouver son premier, tout premier chien, c’est que ça permet de rencontrer un animal, Ă©duquĂ©, dĂ©jĂ  pris en charge par une famille, et donc beaucoup plus facile Ă  accueillir, Ă  intĂ©grer. C’est un chien qui connaĂ®t au minimum une vingtaine d’ordres auxquels il doit obĂ©ir au doigt et Ă  l’Ĺ“il, Ă  la voix. On a la chance de recevoir un chien hyper sympa, hyper bien Ă©levĂ© et hyper proche, humainement parlant. Ça, ça ne se trouve nulle part ailleurs. LĂ , on est franchement dans une situation idĂ©ale qui est rassurante et sĂ©curisante. Je n’ai plus d’enfants en bas âge, mes enfants sont grands, mais j’imagine que si j’avais une vie de famille avec des enfants jeunes, le chien guide, il est sĂ©curisant parce qu’il est Ă©duquĂ©, parce qu’il a cĂ´toyĂ© des enfants, parce qu’il sait ce que c’est. Le chat de la famille, pareil ! VoilĂ , c’est tout le bonheur et la facilitĂ© de ce type d’animal.

Après pour les inconvĂ©nients, y a quand mĂŞme une question Ă  se poser quand on adopte un ancien chien guide, c’est qu’il y a la question du gabarit. On ne peut pas dire que ce sont des gros chiens (ce ne sont pas des mastiffs), mais on est dans la catĂ©gorie labrador.

As-tu fait une rencontre exceptionnelle grâce aux chiens guides ?

J’en fais tous les jours des rencontres exceptionnelles parce que NoumĂ©a a une autre caractĂ©ristique, c’est qu’elle est super mignonne. C’est une belle chienne et elle est douce. Elle va assez facilement vers les gens, d’autant qu’elle est sans laisse, donc elle est assez libre. On peut imaginer que les gens la voient avec le sourire, les yeux grands ouverts, s’imaginant ĂŞtre regardĂ©s, captĂ©s par elle. Donc, assez souvent, les gens vont aussi vers elle et s’arrĂŞtent donc ça fait de belles rencontres. D’autant que tu le sais bien, c’est une influençeuse Instagram : @NoumĂ©adog. Vous allez trouver quotidiennement ses aventures, ses rencontres, ses coups de folie, ses coups de blues. 

D’ailleurs quel est ton lien aujourd’hui avec l’univers des chiens guides d’aveugles ? 

Depuis l’adoption de NoumĂ©a, j’ai eu l’occasion de faire une journĂ©e portes ouvertes, Ă  son ancienne association, je voulais qu’elle revienne sur les lieux du crime. C’Ă©tait l’occasion de rencontrer quelques Ă©ducateurs, de faire quelques photos et de mieux comprendre ce qu’Ă©tait sa vie parce que au-delĂ  de l’accueil, au-delĂ  du chenil, j’ai pu voir aussi les parcours d’obstacles, les parcours Ă©ducatifs comme ça, donc j’ai un peu compris par ou elle Ă©tait passĂ©e. Je croise parfois des non-voyants avec leur chien et c’est souvent l’occasion de discuter. Je suis aussi restĂ© en contact avec quelques familles d’accueil donc de temps en temps je peux avoir l’occasion d’un pique-nique avec des familles ou des Ă©changes. Donc j’ai ce lien-lĂ . On va dire que c’est un peu l’histoire de famille de NoumĂ©a, mais je n’y ai pas de rĂ´le plus actif que ça. Par contre, je fais assez souvent la promotion de l’action chien guide de l’association. Et puis aussi de cette possibilitĂ© d’adoption.

Pour finir, quel est ton pire et ton meilleur moment avec les chiens guides ?

Le pire, c’est des frayeurs qu’elle a pu me faire… Echappant Ă  ma surveillance, elle traverse la rue (une rue Ă  sens unique). Mais elle l’a refait une deuxième fois. Pareil lĂ  aussi, dans des endroits plutĂ´t protĂ©gĂ©s. Mais quand mĂŞme : une dĂ©sobĂ©issance, une traversĂ©e sans m’attendre, sans crier gare ! Donc lĂ , j’ai vraiment eu la trouille puisque c’est que c’est très dangereux. Et j’ai connu une personne dont le chien s’Ă©tait fait Ă©craser comme ça. Donc lĂ , j’ai vraiment flippĂ©. Mais j’y ai pas mal rĂ©flĂ©chi et je me suis rendu compte qu’elle avait traversĂ© parce qu’il n’y avait personne. Parce que quand il y a quelque chose, elle s’arrĂŞte ou elle fait un Ă©cart. Elle n’a pas tout oubliĂ© de son Ă©ducation.

Et puis le cĂ´tĂ© oĂą elle m’aurait le plus bluffĂ©, plus Ă©tonnĂ© finalement c’est presque au quotidien : sa sociabilitĂ©. Je me suis retrouvĂ© parfois dans des rĂ©unions très importantes, avec beaucoup de monde. Et lorsque NoumĂ©a arrive, c’est tout juste si elle ne fait pas le tour de l’assemblĂ©e en donnant sa patte Ă  chacun avec un grand sourire. Les gens sont bouleversĂ©s.

Mais plus personnellement, ce qui me touche ce sont les changements dans son attitude ou dans son comportement. Comme on l’a dit, c’est une chienne qui a Ă©tĂ© très bien Ă©duquĂ©e, plutĂ´t sage et calme. Et puis, d’un coup, on se fait un clin d’Ĺ“il et ça va partir dans un dĂ©lire. Elle va se mettre Ă  se cabrer, Ă  sauter, Ă  partir dans un sens, partir dans l’autre. Ce que je renforce d’un deuxième clin d’Ĺ“il et, on rentre dans un espèce de jeu, voire mĂŞme parfois de ballet. Ca aussi, c’est quelque chose que je lui ai appris et que je lui amène parfois. Quand la journĂ©e a Ă©tĂ© trop calme, comme aujourd’hui oĂą on a beaucoup travaillĂ© (on est restĂ©s près de 8 heures Ă  notre table de travail). Et mĂŞme si on a fait des interruptions, mĂŞme s’il y a eu des petites balades, et bien Ă  un moment, il va y avoir comme ça un petit quart d’heure de folie entre nous. C’est Ă  ce moment oĂą on se rend compte que l’animal a, au-delĂ  de sa personnalitĂ©, un certain nombre de facettes. On ne les voit pas toujours et c’est intĂ©ressant de les explorer, d’aller les chercher. On y gagne Ă  faire vivre ce duo animal-humain que j’ai dĂ©couvert et qui est incroyablement dense, riche.

Merci Ă  Christophe pour son tĂ©moignage qui a permis je l’espère de rĂ©pondre Ă  vos questions sur le devenir des chiens rĂ©formĂ©s proposĂ©s Ă  l’adoption. Et Ă  bientĂ´t pour une dĂ©tente avec NoumĂ©a !

Transcription intégrale

 

E.

Bonjour et bienvenue sur le podcast futur chien guide, le seul podcast sur l’univers des chiens guides d’aveugles soutenu depuis cette annĂ©e par la FFAC et l’ANM’ Chien Guides. Je m’appelle Estelle. Je suis passionnĂ©e par les chiens guides d’aveugles et bĂ©nĂ©vole pour cette cause Ă  Paris. Je suis d’ailleurs persuadĂ©e que l’univers des chiens guides d’aveugles mĂ©rite d’ĂŞtre mieux connu. En tant qu’amoureux des chiens, futurs bĂ©nĂ©ficiaires ou autres curieux comme moi, vous croisez parfois des chiens guides d’aveugles et leur maĂ®tre en vous demandant ‘Mais comment font-ils pour se dĂ©placer dans nos rues toujours plus agitĂ©es ?’ Ce podcast est le seul qui vous propose, au fil de rencontres enrichissantes, de dĂ©crypter l’univers des chiens guides d’aveugles pour comprendre par qui et comment ils sont Ă©duquĂ©s, mais aussi de dĂ©couvrir leur rĂ´le dans le quotidien de leur maĂ®tre et les bouleversements Ă  leur arrivĂ©e, ou encore comment agir quand vous croisez un tel binĂ´me.

E.

Épisode inĂ©dit aujourd’hui par son sujet, car on ne va parler ni d’Ă©lève chien guide, ni de chien guide en activitĂ©, puisque je vous prĂ©sente Christophe qui a adoptĂ© NoumĂ©a, une Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©e de l’École de Paris, sans pour autant ĂŞtre sa famille d’accueil. Alors qu’il cherchait Ă  adopter un compagnon Ă  quatre pattes, il dĂ©couvre, via une famille d’accueil, l’opportunitĂ© d’adopter un Ă©lève chien guide Ă©cartĂ© de son destin de chien guide d’aveugle. Mais quelles sont les dĂ©marches pour adopter un tel chien et quels sont les critères Ă  rassembler ? De sa recherche du compagnon idĂ©al Ă  l’arrivĂ©e de NoumĂ©a dans sa vie, Christophe revient pour nous sur les dĂ©marches rĂ©alisĂ©es auprès des Chiens Guides de Paris afin d’adopter un Ă©lève chien guide. Il nous raconte aussi les avantages et les inconvĂ©nients Ă  adopter un tel chien afin de vous donner toutes les clĂ©s pour Ă©ventuellement vous lancer dans l’aventure. Et maintenant, place Ă  l’Ă©pisode.

E.

Bonjour Christophe.

C.

Bonjour Estelle.

E.

Merci d’avoir acceptĂ© mon invitation pour le podcast futur chien guide. Je suis très heureuse de faire enfin cet Ă©pisode avec toi parce qu’il me semble qu’on s’est croisĂ©s en vrai il y a deux ans. On rĂ©side dans la mĂŞme ville, mais toi, pas toujours, tu vas nous en dire plus. Justement, est-ce que pour commencer, tu peux te prĂ©senter, stp ?

C.

Oui, oui, oui, bien sĂ»r. Alors effectivement, on s’est croisĂ©s avec nos chiens, plus prĂ©cisĂ©ment au bois de Boulogne.

E.

Exact.

C.

Sans trahir de grand secret, moi, j’ai une activitĂ© de chef d’entreprise, en quelque sorte. Parce que j’ai ma propre sociĂ©tĂ© depuis une vingtaine d’annĂ©es. Et le gros avantage est notamment quand on partage sa vie avec un chien, c’est que ça me laisse de la flexibilitĂ©, du temps libre et une possibilitĂ© de m’organiser de façon très souple. VoilĂ .

E.

C’est ce que disait Florian dans l’Ă©pisode 34 le mois dernier. Donc c’est hyper rigolo parce qu’il disait vraiment ça de son cĂ´tĂ© de famille d’accueil, lui en tant que chef d’entreprise et propriĂ©taire de deux restaurants, il disait voilĂ  ‘j’ai plein de choses Ă  faire, mais je suis mon propre patron, donc c’est vrai que c’est une vraie flexibilitĂ©. Et donc, toi, tu es donc ton propre patron ? Dans quel domaine ?

C.

Moi, donc je suis, et encore plus depuis deux ans, assez souvent en tĂ©lĂ©travail, mais aussi en dĂ©placement. Ou sinon, chez mes clients, pour des rendez-vous assez brefs. Pas plus d’une heure, deux heures, trois heures. Et dans toutes ces situations-lĂ , NoumĂ©a est avec moi.

E.

Ah alors NoumĂ©a, justement, ça ressemble au prĂ©nom d’un chien. Est-ce que, du coup, tu peux revenir pour nous sur les premiers contacts avec le milieu du chien guide, puisqu’on va quand mĂŞme parler de chiens guides avant de parler de NoumĂ©a ? Comment en es-tu arrivĂ© Ă  croiser le monde et l’univers des chiens guides d’aveugles ?

C.

Alors, première expĂ©rience dans les annĂ©es 90, j’habitais dans la rĂ©gion de Nice Ă  l’Ă©poque et j’avais participĂ© avec une association locale Ă  des quĂŞtes afin de recueillir des fonds pour subventionner l’achat et la formation de chiens guides d’aveugles.

E.

Donc du côté de Nice, côté PACA.

C.

Oui, donc ça remonte Ă  Ă  peu près 40 ans. Entre-temps, pas grand chose. Et puis, il y a un peu plus de deux ans maintenant, une rencontre avec une famille d’accueil.

E.

D’accord.

C.

Et de lĂ , alors que j’Ă©tais dans une dĂ©marche de recherche d’un animal de compagnie Ă  quatre pattes de type chien, au contact de cette famille d’accueil, j’ai appris que l’association que nous connaissions bien tous les deux, association des chiens guides d’aveugles de Paris, mais qui est Ă  Vincennes, produisait, si je puis dire, un nombre important de chiens chaque annĂ©e, mais malheureusement ou heureusement, en rĂ©formait un certain nombre.

E.

Cette rencontre avec la famille d’accueil, tu l’as faite dans quel contexte ?

C.

Un peu par hasard. Je crois que c’est par des amis d’amis. A l’Ă©poque, je parlais beaucoup, effectivement, d’adopter un chien. J’Ă©tais sur la SPA pendant un petit moment et je m’apprĂŞtais vraiment Ă  y aller. Et c’est lĂ  oĂą on m’a dit ‘Mais tu devrais appeler untel, en parler. C’est une personne qui est famille d’accueil, qui connait bien le monde du chien et qui pourrait te renseigner sur cette option d’adoption chien guide d’aveugle rĂ©formĂ©’, qui a l’avantage pour quelqu’un qui, comme moi, souhaitait trouver son premier, tout premier chien, qui a l’avantage de permettre de rencontrer un animal qui, Ă©duquĂ©, dĂ©jĂ  pris en charge par une famille, est beaucoup plus facile Ă  accueillir, Ă  intĂ©grer. Et puis après Ă  trimballer dans mon quotidien, en fait c’Ă©tait aussi l’idĂ©e

E.

De ce stade, alors je comprends que tu en parlais beaucoup autour de toi, de cette recherche du compagnon Ă  quatre pattes pour t’accompagner, justement, tu cherchais pas forcĂ©ment un chiot, t’avais pas une race de prĂ©dilection, t’Ă©tais vraiment ‘open mind’, comme on pourrait dire, ouvert d’esprit Ă  toute possibilitĂ©.

C.

Oui tout Ă  fait. N’ayant jamais eu de chien dans ma vie, dans ma famille, dans mon enfance, ou des oncles et des tantes qui avaient des chiens Ă  l’Ă©poque. Je suis nĂ© dans les annĂ©es 60. Ă€ l’Ă©poque, les chiens Ă  la mode, c’Ă©tait les teckels qui s’appelaient Saucisse, qui s’appelaient Saucisson. J’avais une partie de ma famille qui Ă©tait en campagne. Donc lĂ , c’Ă©tait plutĂ´t des gros chiens de campagne. Ça pouvait ĂŞtre du berger allemand, ça pouvait ĂŞtre du Terre-Neuve,  ça pouvait ĂŞtre du berger belge, du chien de chasse, parce que j’avais aussi des chasseurs dans ma famille, dans une autre rĂ©gion, donc je n’Ă©tais pas arrĂŞtĂ©. Petit, grand chien. Peu m’importais, je cherchais plus un coup de foudre.

E.

Un caractère en fait.

C.

Ouais, une rencontre. Et puis un ‘fit’ quoi.

E.

Oui, donc, en fait, tu Ă©tais tout Ă  fait ouvert sur la taille, la couleur, entre guillemets. Oui, la jeunesse du chien, le fait d’avoir un chiot, c’est pas forcĂ©ment quelque chose qui Ă©tait important pour toi, puisque au contraire, s’il Ă©tait dĂ©jĂ  un peu plus grand et ‘trimbalable’, comme on l’a dit de partout, c’Ă©tait aussi un grand avantage pour toi.

C.

C’est ça. Alors il y a quand mĂŞme une petite rĂ©flexion Ă  avoir pour l’adoption d’un chien guide rĂ©formĂ©. La majoritĂ© d’entre eux sont rĂ©formĂ©s après de longues annĂ©es de bons et loyaux services. La plupart, de ce que j’ai compris, donc c’est des chiens plutĂ´t âgĂ©s qui peuvent ĂŞtre Ă©ventuellement un peu fatiguĂ©s.

E.

Alors du coup, c’est plutĂ´t… LĂ  tu nous parles plutĂ´t des chiens retraitĂ©s, j’imagine ? Quand on adopte un chien dans cet univers des chiens guides, il y a diffĂ©rents profils. Et c’est aussi pour ça que les Ă©coles font aussi un travail de mise en binĂ´me. Dans la plupart des cas et on le souhaite, avec des dĂ©ficients visuels pour que le chien guide son dĂ©ficient visuel. Mais dans les autres cas, que ce soit du coup en fin de carrière, donc lĂ  c’est famille de retraite, c’est plus souvent, en effet, des chiens en fin de carrière mais il y a aussi, et ça, c’est du cas par cas, des chiens, on en avait dĂ©jĂ  parlĂ© l’Ă©tĂ© dernier dans l’Ă©pisode 24 avec BĂ©rangère, des chiens qui sont rĂ©formĂ©s. BĂ©rangère Ă©tait elle mĂŞme famille d’accueil du chien Noupi, qu’elle avait adoptĂ©. Mais toi, sur le coup, quand on t’a appelĂ©, qu’est ce qui s’est passĂ© donc t’as appelĂ© l’Ă©cole chiens guides, c’est ça ?

C.

J’ai appelĂ© l’Ă©cole chiens guides. J’ai appelĂ© la personne en charge de l’adoption et j’avais un peu prĂ©parĂ© cet entretien avec la famille d’accueil puisque d’une certaine façon, comme tu le disais, il y a une notion de binĂ´me qui doit ĂŞtre Ă©tablie par l’association et par cette responsable ‘adoptions’. Donc, il Ă©tait Ă©vident que j’avais mis en avant les aspects les plus positifs de ma demande d’adoption.

E.

De ta candidature.

C.

Oui, voilĂ , je voulais pas tout Ă  fait utiliser ce terme-lĂ , mais c’est l’idĂ©e. Dans ces informations-lĂ , l’indĂ©pendance, la capacitĂ© Ă  m’organiser de façon souple, Ă  ĂŞtre disponible auprès de l’animal quasiment 24 heures sur 24, d’avoir Ă©ventuellement une ou deux solutions de repli en cas d’indisponibilitĂ©, de pĂ©pin, d’urgence, etc., etc. Et ça effectivement, c’est, pour l’association et pour ce type de chien, c’est vraiment des chiens particuliers, c’est absolument nĂ©cessaire d’avoir ce gage de disponibilitĂ©, de prĂ©sence parce que c’est des chiens, c’est ça en fait le sujet, qui sont sĂ©lectionnĂ©s et Ă©duquĂ©s pour passer 24 heures sur 24, Chaque minute de chaque heure avec la personne avec qui ils font ce binĂ´me.

E.

C’est ça. En fait, ce que tu dis, c’est la particularitĂ©. On en parle souvent de ces Ă©lèves chiens guides, c’est qu’ils sont justement Ă©duquĂ©s, socialisĂ©s dans l’objectif d’ĂŞtre très, très proches de l’humain, pour cet objectif de guidage, de crĂ©er un binĂ´me, d’ĂŞtre vraiment en fusion, si on peut dire, avec leur dĂ©ficient visuel. Mais du coup, quand ils sont Ă©cartĂ©s du circuit, c’est pas parce qu’ils sont pas forcĂ©ment fusionnel. Ça peut ĂŞtre le cas, mais c’est très rare. C’est pour d’autres raisons. Et donc cette disponibilitĂ© et ce temps ensemble, en tout cas avec la future famille, c’est quelque chose qui est très important. Et que toi du coup tu avais Ă©tĂ© sensibilisĂ© par cette famille d’accueil. C’est pas du tout la famille d’accueil du chien que tu as adoptĂ©e. On est d’accord.

C.

Si, en plus.

E.

Ah, bon alors on va laisser un petit peu de suspens dans l’histoire.

C.

Oui, mais mĂŞme si ça n’a pas forcĂ©ment jouĂ©, ça a jouĂ© pour me faire dĂ©couvrir cette possibilitĂ©-lĂ  et puis me faire comprendre ce que ça pouvait ĂŞtre. Par contre, j’ai eu de la part de l’association la prĂ©sentation de plusieurs chiens.

E.

Oui, alors c’est ça comment ça s’est passĂ© ? Toi, tu t’es absolument super bien prĂ©parĂ© pour prĂ©senter un dossier en or, une belle candidature. Tu avais eu justement la chance d’ĂŞtre bien renseignĂ© et de pouvoir avancer les arguments qui permettaient en face d’avoir une bonne rĂ©ponse. Et ensuite, comment ça s’est passĂ© ? L’association t’a fait remplir un dossier peut ĂŞtre ? Je sais que, on en avait dĂ©jĂ  parlĂ©, il est assez consĂ©quent, je crois.

C.

Oui, un dossier d’adoption. De mĂ©moire, je crois que c’est 4 pages. Ceci dit c’est relativement simple et je crois que la SPA le fait aussi. J’ai voulu adopter un chaton Ă  la SPA durant le confinement. Ça se fait en ligne. C’est pareil, c’est 3-4 pages, c’est des questions simples. Typologie de la famille, de la vie de famille, type de rĂ©sidence, de logement, de job, disponibilitĂ©, etc. etc. Bon de ce cĂ´tĂ© –, ça va assez facilement. Ce qui est plus dur, c’est qu’Ă  partir de lĂ , si le dossier est acceptĂ©, on est en liste d’attente et au fur et Ă  mesure des rĂ©formes-retraites des animaux, tu es contactĂ© par mail et on te prĂ©sente des dossiers du coup, de candidature

E.

De chien, du coup. Et toi, tu Ă©tais aussi intĂ©ressĂ© pour devenir famille de retraite ou tu savais dĂ©jĂ  qu’il fallait plutĂ´t un jeune chien parce que tu allais bouger beaucoup ?

C.

Ouais, moi, j’Ă©tais plutĂ´t partant pour un jeune chien. Je bouge, je voyage et quand je voyage, c’est des voyages assez longs. Pas toujours facile parce qu’il y a la durĂ©e, on roule beaucoup, beaucoup, beaucoup. Donc oui, je voulais un chien plutĂ´t jeune parce que je pensais que ça, ça tiendrait, entre guillemets, mieux la distance, ça s’adapterait mieux Ă  mon style de vie. J’avais aussi Ă©ventuellement en tĂŞte l’idĂ©e, je ne l’ai pas fait du tout, de faire Ă©ventuellement des activitĂ©s de plein air ou du sport avec mon animal, je ne l’ai pas fait. J’aime bien les balades, j’aime bien, je suis très souvent et de très longues heures Ă  l’extĂ©rieur. On trouve notre plaisir dans la balade, dans le jeu, dans l’Ă©change qu’on a. Mais je n’irais pas courir avec mon chien.

E.

Quelque chose que tu avais projetĂ©, mais ce n’est pas forcĂ©ment quelque chose que tu as rĂ©alisĂ© directement.

C.

Oui, exactement.

E.

Donc lĂ , si on reprend le fil de l’histoire, tu es en liste d’attente et il faut savoir que la liste d’attente, c’est un peu comme du cĂ´tĂ© des maĂ®tres de chien guide, mĂŞme si elle est un peu moins abondĂ©e du cĂ´tĂ© des chiens, l’objectif Ă©tant quand mĂŞme de remettre des chiens guides, de ce cĂ´tĂ© lĂ , tu te retrouves quand mĂŞme Ă  attendre un coup de fil ou un mail de l’Ă©cole qui te prĂ©sente des profils qui pourrait te convenir.

C.

Oui, mais ce qui m’a surpris, c’est que j’ai Ă©tĂ© assez vite contactĂ© et j’ai eu assez rapidement, je pense, 3, puis 4, la dernière, qui Ă©tait NoumĂ©a, prĂ©sentation.

E.

Donc, quand tu dis prĂ©sentation, c’est le mail, mais tu les a rencontrĂ©s, ces chiens-lĂ  aussi ?

C.

Non, parce que ce qui est très bien fait, c’est qu’avec le mail, tu as un topo sur l’animal qui est complĂ©tĂ© par un deuxième topo qui est celui de la famille d’accueil. Tu as un peu le rĂ©sumĂ© du parcours Ă©ducatif du chien dans cette famille d’accueil. Tu as des photos et Ă©ventuellement des vidĂ©os. C’est vraiment très clair et transparent puisque bien sĂ»r, tu es curieux de savoir pourquoi le chien est rĂ©formĂ©…

E.

C’est ce que j’allais dire. Il y a une grande question.

E.

ça t’est expliquĂ©, il y a un Ă©change. Moi, j’ai pu creuser. Je me souviens, c’Ă©tait une chienne labrador qui me plaisait bien. Je crois que c’Ă©tait la première ou la deuxième. Mais qui avait un problème mĂ©dical de perte de poils importante consĂ©cutive, si ma mĂ©moire est bonne, Ă  des allergies et donc ça voulait dire que tout allait bien chez cette chienne, sauf qu’il fallait balayer ou passer l’aspirateur rĂ©gulièrement, qu’il fallait la faire suivre par un vĂ©tĂ©rinaire rĂ©gulièrement aussi, une visite mensuelle, et que ça entraĂ®nait un certain nombre de dĂ©penses qui Ă©taient chiffrĂ©es pour les traitements, les visites vĂ©to Ă  près de 1.500 euros par an.

E.

Oui, donc, tu avais toutes les cartes en main. L’avantage de ce dossier, c’est que t’as toutes les cartes en main. Les 3 premiers dossiers ont pas Ă©tĂ© forcĂ©ment correspondant Ă  ce que tu recherchais. C’est ça ?

C.

Ouais, exactement. Il y avait pour cette raison-lĂ . La deuxième raison dont je me souviens, c’Ă©tait un mâle cette fois, mais une famille qui vivait non pas en ville comme moi, mais Ă  la campagne, pas loin de la mer. Et donc avec un chien qui avait l’habitude d’ĂŞtre très actif, très souvent Ă  l’extĂ©rieur, et qui devait avaler 10 kilomètres par jour, quoi.

E.

Oui, chose que toi, tu n’aurais pas pu lui offrir, pour le coup tu as passĂ© ton tour aussi.

C.

Oui, exactement. Et puis, j’avais aussi l’idĂ©e que, voulant emmener mon chien au travail chez mes clients et en voyage, un chien très dynamique, potentiellement un peu turbulent, c’Ă©tait un petit peu. Je voulais plutĂ´t un chien calme.

E.

Oui parce que tu nous racontes que tu avais prĂ©vu d’emmener son chien, ce que tu fais aujourd’hui avec NoumĂ©a, de partout. Mais il faut rappeler que quand on adopte un Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©, il perd son statut d’Ă©lève chien guide. Donc ça veut dire que tu l’emmènes de partout, mais avec l’accord de tes clients. Mais ce n’est pas quelque chose comme quand il a son petit dossard bleu. LĂ , quand tu adoptes un Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©, c’est ce qu’on avait discutĂ© aussi avec BĂ©rangère et Noupi, c’est les consĂ©quences de la perte de ce statut qui en fait en fait un animal de compagnie comme les autres. Il faut aussi un animal bien dans ses pattes quand mĂŞme pour te suivre. Oui, donc, le troisième n’Ă©tait pas encore le bon.

C.

Non, malheureusement. Et puis j’apprends par la personne avec qui j’Ă©tais en contact de la famille d’accueil, elle s’appelle Olivia, elle me dit ‘il y a peut ĂŞtre un petit soucis avec ma chienne NoumĂ©a’. On en parle. Elle commence Ă  se rebeller un petit peu contre l’Ă©ducation qui est exigeante.

E.

Le cadre Ă©ducatif qui est proposĂ© est exigeant et ne convient pas Ă  tous les chiens en effet, mĂŞme s’ils sont faits pour.

C.

Oui, oui, oui, quand elle retourne au chenil avec les autres chiens pendant ses pĂ©riodes d’Ă©ducation, elle n’est pas contente. Elle aboie alors que d’habitude, on l’entendait pas. Quand ils l’emmènent sur site pour des exercices, elle veut plus monter dans le van avec les Ă©ducateurs, elle ne se laisse pas faire. Donc on en parle, faut attendre un petit peu parce que peut-ĂŞtre qu’elle sera d’ici fin du moins rĂ©formĂ©e. Alors du coup j’attends. Et j’apprends, j’apprends effectivement par la famille d’accueil, avant l’association, qu’il y a eu une commission la veille et que NoumĂ©a, youpie, est rĂ©formĂ©e.

E.

Donc toi, tu apprends tout cela un peu en ‘off’ du coup. Les premiers contacts que tu as eus avec Olivia Ă©taient des contacts d’amis d’amis. Et pas du tout pour adopter NoumĂ©a l’Ă©lève chien guide d’Olivia. Il se trouve que NoumĂ©a finalement ne fera pas l’affaire. On a suivi ça aussi du cĂ´tĂ© des familles d’accueil connaissant bien Olivia avec son mĂ©tier de chien guide pour lequel elle Ă©tait destinĂ©e, mais c’est pas pour elle donc quand c’est comme ça, comme tu l’as bien dĂ©crit, l’Ă©cole passe le dossier en commission et peut choisir soit de rĂ©orienter, qui est une piste aussi qui est possible dans d’autres types de chien d’assistance. On a vu ça d’ailleurs cet Ă©tĂ© puisque j’ai fait quelques hors sĂ©rie dont le hors sĂ©rie 23 avec Romain, avec Naya qui est Ă©tait la petite chienne qui Ă©tait en famille d’accueil chez Laurie de l’Ă©pisode 10 et qui en fait s’est rĂ©vĂ©lĂ©e ne pas ĂŞtre faite pour le mĂ©tier de chien guide. Elle avait une grande attirance pour les chats. Je vous laisserai rĂ©Ă©couter l’Ă©pisode 10 et 23, mais elle a Ă©tĂ© rĂ©orientĂ©e pour devenir chien d’assistance pour enfants diabĂ©tiques. Donc voilĂ  il y a quand mĂŞme des pistes de rĂ©orientation, soit de ce cĂ´tĂ©-lĂ , soit du cĂ´tĂ© handichien ou d’autres types de chien d’assistance chez un mĂ©diateur, etc. Et puis parfois, il y a une sortie du circuit en tout cas pour la rĂ©forme qu’on appelle aussi sortir du circuit de chien guide pour l’adoption en famille. Et donc toi, tu as eu la petite primeur de savoir que NoumĂ©a, que tu cĂ´toyais dĂ©jĂ , allait ĂŞtre rĂ©formĂ©e et j’imagine que derrière, tu as eu le mail, la proposition comme tous les autres dossiers de la part de l’Ă©cole.

E.

Alors pas tout Ă  fait de cette façon-lĂ  parce que je ne connaissais pas NoumĂ©a. J’avais pas eu l’occasion de la rencontrer en chair et en os, donc ce que m’avait proposĂ© Olivia, après cette dĂ©cision de rĂ©forme, c’Ă©tait de rencontrer justement NoumĂ©a, et de la rencontrer, puisque j’Ă©tais connu hein de tous, on se connaissait, oui, j’Ă©tais intĂ©ressĂ© par adopter NoumĂ©a sur le papier, de la façon dont Olivia m’en parlait, c’Ă©tait le nirvana de l’adoption. Olivia me propose de venir me rencontrer avec la chienne le lendemain au bureau et elle me dit comme ça, on verra bien si vous matchez tous les deux, comment elle se comporte dans le coworking oĂą tu bosses oĂą il y a tout un tas de gens, une vingtaine, une trentaine de personnes qui travaillent avec moi.

E.

Et de voir si ça matche.

C.

Et de voir si ça matche, voilĂ . C’Ă©tait assez magique ce moment-lĂ . On avait mis au point un petit scĂ©nario de prĂ©sentation, moi n’y connaissant pas aux chiens. On a dit bon, on va faire ça dans le salon d’accueil, je vais rentrer, tu restes assis, tu bouges pas, on va voir quel mouvement a le chien vis-Ă -vis de toi et voilĂ , quand elle sera près de toi, tu pourras effectivement venir plus vers l’avant, la caresser. Mais attention, pas sur la tĂŞte, on commence par le dessous, etc. J’avais eu un petit briefing très pĂ©dagogique. En fait, ça c’est pas du tout passĂ© comme ça. Parce que j’Ă©tais effectivement dans le salon, sur le canapĂ©. Mais quand NoumĂ©a est arrivĂ©e, ça a Ă©tĂ© le coup de foudre. Elle a couru couru couru, Olivia a lâchĂ© la laisse, et puis elle m’a sautĂ© au cou.

E.

Donc le vrai coup de foudre entre vous ?

C.

Ouais, ouais, ça a Ă©tĂ© le coup de foudre. Ouais, ouais, ouais. Cette rencontre-lĂ  a Ă©tĂ© vraiment exceptionnelle. Cela a Ă©tĂ© un grand coup de foudre et un grand coup de coeur. Et du coup on a fait les papiers dans la foulĂ©e, dans les deux-trois jours qui ont suivi, ces papiers-lĂ  se font Ă  l’association. C’est un dossier d’adoption formalisĂ©. Il y a une contribution aussi aux frais d’Ă©ducation qui est rĂ©glĂ©e.

E.

Donc, c’est une contribution, on en avait parlĂ© un petit peu avec BĂ©rangère parce que c’est une question que moi, j’ai souvent. Et c’est vrai que c’est une contribution sous forme de don, dĂ©jĂ , il faut le dire, qui est optionnelle ou recommandĂ©e pour les familles d’accueil. Mais en mĂŞme temps, les familles d’accueil ont passĂ© quelques mois avec le chien. Donc il y a aussi du temps passĂ©. Toi par contre du cĂ´tĂ© de l’association, il y a eu un montant indicatif de quelques centaines d’euros, c’est ça ?

C.

C’est ça. En clair, j’ai rĂ©glĂ© 800 euros en deux paiements de 400 euros, sachant qu’il y a une notion quand on prend le chien et qu’il devient notre propriĂ©tĂ©, puisqu’il y a un certificat d’adoption qui est remis et qu’on le règle, il y a un dĂ©lai d’observation.

E.

Il y a une pĂ©riode d’essai.

C.

Ouais, on est encore lĂ  aussi dans le recrutement. Autour d’un mois, alors je dis autour parce que contractuellement elle est d’un mois. Mais je crois qu’on s’en est reparlĂ©, deux mois Ă©taient passĂ©s. Mais c’est parce que tout allait bien. J’ai trouvĂ© ça très intĂ©ressant, notamment pour un primo adoptant comme moi, parce qu’on ne savait pas du tout comment ça allait se passer.

E.

Et c’est vrai que ce mois, il peut ĂŞtre comme tu dis, toi dans ton cas c’Ă©tait deux moi. Quand j’en ai discutĂ© avec la famille de retraite de Finley dans l’Ă©pisode 16, ils me disaient ben voilĂ  nous, au bout de quelques semaines, c’est bon, on savait que ça matchait. Dans le document, on parle du mois d’essai. Donc ça, c’est un prĂ©contrat d’adoption. Et ensuite, tu es retournĂ© dans les locaux de l’Association des chiens guides d’aveugles de Paris. Et lĂ , c’Ă©tait la signature dĂ©finitive pour la cession de propriĂ©tĂ©, comme tu le dis, de l’Ă©cole Ă  toi mĂŞme.

C.

Oui, ce qui fait que dans les diffĂ©rents papiers, carnet de vaccination que NoumĂ©a trimballe avec moi quand elle voyage, j’ai quand mĂŞme son attestation de cession.

E.

Donc, c’est quand mĂŞme un document que tu as signĂ©, donc au bout de deux mois. Et lĂ , c’Ă©tait parti pour une belle aventure avec NoumĂ©a.

C.

Exactement, la femme de ma vie.

E.

C’Ă©tait quand exactement que tu as signĂ©, du coup, puisque nous, on s’est croisĂ©s…

C.

Ça doit faire deux ans à peu près.

E.

Parce que nous, on s’est croisĂ©s, c’Ă©tait avec Pepper et donc ça devait ĂŞtre… Pepper moi je l’ai eue en relais en juin 2020. Ça faisait dĂ©jĂ  quelques mois que tu Ă©tais aussi boulonnĂ© avec la Miss NoumĂ©a. Donc, on Ă©tait allĂ©s partager une belle dĂ©tente en effet au bois de Boulogne, ça avait Ă©tĂ© très, très sympa.

C.

VoilĂ  et je l’ai adoptĂ©e elle avait 18 mois. Et lĂ , elle va sur ses 4 ans.

E.

Et justement, sur le fait d’adopter un Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©. Toi, qu’est-ce que ça change au quotidien, le fait que soit un Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©. MĂŞme s’ils sont tous diffĂ©rents puisqu’ils sont tous rĂ©formĂ©s pour des choses diffĂ©rentes. Ce que tu nous disait, c’est que tu peux l’emmener partout, qu’elle est socialisĂ©e Ă  fond, c’est ça ?

C.

Oui, alors il y a une chose Ă  rĂ©flĂ©chir quand mĂŞme, puisque depuis, je vis avec une personne qui a aussi un chien, un Jack, beaucoup plus petit format et ça me permet de voir ce qu’on peut faire avec un petit chien qu’on ne peut pas faire avec un gros chien. Et du coup, je me dis il y a quand mĂŞme une question Ă  se poser quand on adopte un ancien chien guide, c’est qu’il y a la question du gabarit. C’est souvent des… on va pas dire que c’est des gros chiens, c’est pas des mastiffs, mais on est dans la catĂ©gorie labrador.

E.

Oui, c’est des grands chiens. Parce que moi, je le dis souvent quand les gens me demandent quelles sont les races, la première raison, c’est parce qu’il y a… alors c’est pas de la traction, mais il y a quand mĂŞme un lien entre le dĂ©ficient visuel et son chien guide dans le guidage. Et donc, il y a un harnais de guidage, ce qui fait que le chien ne peut pas ĂŞtre au ras du sol ou trop par rapport Ă  la poignĂ©e de ce harnais de guidage qu’on appelle l’Ă©trier. Donc, en effet, on est sur un gabarit de type labrador, golden retriever, berger allemand, etc. Donc ça reste des grands chiens, sauf quand ils sont chiot. Mais ça devient vite des grands chiens.

C.

ça a Ă  voir avec surtout la mobilitĂ©, les dĂ©placements, le voyage, etc. Avec le logement, mĂŞme si je me rends compte que je vis dans un deux pièces, pas Ă©norme, c’est pas une contrainte pour un grand chien comme NoumĂ©a, qui est un croisement, labrador et flatcoat, dans la mesure oĂą on sort beaucoup.

E.

Mais c’est vrai que ça, c’est quelque chose, tu vois, moi, j’ai souvent la question quand je me balade avec les diffĂ©rents Ă©lèves chiens guides que j’ai en relais, c’est tous les mĂŞmes gabarits, comme tu dis. Bon alors moi des fois ils sont un peu plus jeunes, donc ils peuvent ĂŞtre un peu plus petits. Mais Ă  partir d’un an, la taille est dĂ©jĂ  bien lĂ . Et c’est vrai que les gens me disent ah mais du coup, mais t’as une maison, t’as un jardin ? Alors, non. Moi aussi, j’ai un deux pièces. Pas immense non plus. Il y a un accès Ă  l’extĂ©rieur, mais c’est pas pour ça que je fais sortir le chien parce que c’est pas non plus une bonne idĂ©e de les habituer, pour les Ă©lèves chiens guides, Ă  aller comme ça faire leurs besoins dans le jardin collectif de devant. Et surtout, ce que je rĂ©ponds tout le temps, c’est que les dĂ©ficients visuels, malheureusement, ne sont pas plus riches que les autres. Donc ils n’ont pas forcĂ©ment une maison plus que nous. C’est des gens comme nous donc. On a l’habitude de voir les grands chiens en effet plus, enfin on n’a pas l’habitude de les voir, mais on les imagine en tout cas plus dans des grandes maisons et dans la campagne. Et au final, je pense que ton cĂ´tĂ© social canin a dĂ» se dĂ©velopper depuis que NoumĂ©a est dans les parages. Et moi je le remarque aussi, il y a quand mĂŞme de grands chiens, mĂŞme Ă  Boulogne oĂą c’est une ville assez dense. Il y a des grands chiens et tant qu’ils sont sortis rĂ©gulièrement et dĂ©tendus rĂ©gulièrement, ils peuvent tout Ă  fait ĂŞtre bien dans leurs pattes et très heureux dans un quelques pièces.

C.

Par contre, ce que je soulignerais, quel que soit le type de logement, d’accueil, de mode de vie, la quasi nĂ©cessitĂ©, pour moi je le vois comme ça, d’ĂŞtre en permanence avec son chien.

E.

Oui, et puis NoumĂ©a, ce passĂ© aussi, cet historique d’Ă©lève chien guide, qui fait qu’on l’a jamais laissĂ©e une journĂ©e seule, enfin anecdotiquement maintenant peut-ĂŞtre que ça t’arrive, mais c’est vrai que ce n’est pas non plus quelque chose qu’on fait dans l’Ă©ducation. Si tu devais donner les avantages et les inconvĂ©nients Ă  adopter un Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©, les avantages c’est la socialisation, je crois ?

C.

Oui je dirais ça, aussi vis-Ă -vis des humains que vis-Ă -vis des autres chiens. Donc je dirais que ça oui, c’est l’avantage d’un chien qui connait au minimum une vingtaine d’ordres auxquels il doit obĂ©ir au doigt et Ă  l’Ĺ“il, Ă  la voix.

E.

Est-ce qu’il y a des choses, d’ailleurs, que tu gardĂ©es qui sont spĂ©cifiques Ă  son Ă©ducation d’Ă©lève chien guide ?

C.

Alors très peu, c’est la deuxième partie de la rĂ©ponse Ă  ta question, les inconvĂ©nients. J’ai trouvĂ© que par rapport au style de vie que j’ai, style de personne que je suis, j’ai trouvĂ© que NoumĂ©a Ă©tait trop sage, trop gentille. Donc je lui ai plus que permis, je lui ai appris Ă  s’encanailler, un peu, Ă  se bagarre avec les autres chiens et Ă  pas se laisser faire, Ă  pas ĂŞtre trop douce.

E.

Il y a moitié caractère individuels moitié élève chien guide du coup ?

C.

Oui, je suis d’accord, oui oui il y a les deux. Mais effectivement, je trouvais qu’elle Ă©tait coincĂ©e et que c’en Ă©tait presque pathologique quoi, elle se permettait rien. Alors c’est vrai que NoumĂ©a est une chienne qui n’est pas une grande aventurière, qui peut avoir, c’Ă©tait aussi dans le fond de son dossier de rĂ©forme, quelques trouilles passagères, mais pas tant que ça. Non, c’est surtout une chienne très calme, très douce. Donc ça se justifiait le cĂ´tĂ© oĂą effectivement, elle Ă©tait très obĂ©issante, elle Ă©tait très prudente, elle s’arrĂŞtait au bord des trottoirs. Mais moi je lui ai donc donnĂ© plus de libertĂ©.

E.

Tu l’as dĂ©vergondĂ©e un peu.

C.

Ouais, c’est le mot qui me venait, exactement, et je trouve maintenant que c’est plus sympa.

E.

ah ah, elle te correspond mieux comme ça qu’en bonne Ă©lève première de la classe. Donc pas trop d’ordre conservĂ©, alors bon j’imagine que le assis-couchĂ©-debout ça c’est des choses très classiques, mais il n’y a pas d’ordres très spĂ©cifiques. Les lignes au passage piĂ©tons, ça s’est passĂ©…

C.

Oui, je l’ai fait au dĂ©but un peu, et puis je me rendais compte qu’au delĂ  de la contrainte pour elle il y avait aussi une contrainte pour moi, la plupart du temps je traverse dans les clous, mais pas dans tous les clous. Et puis, et puis, il y a un inconvĂ©nient Ă  la faire s’assoir quand il fait mauvais, qu’il y a de l’eau ou de la neige, ce n’est pas forcĂ©ment très confortable. Donc ça j’ai un petit peu abandonnĂ©.

E.

Dans tous ces Ă©lĂ©ments, s’il y en avait un ou deux Ă  apprendre, enfin Ă  bien retenir et Ă  prendre en compte avant de se lancer dans l’aventure d’adopter un un Ă©lève chien guide rĂ©formĂ©, qu’est-ce que tu retiendrais, qu’est-ce que tu donnerais comme conseil ?

C.

C’est des conseils qui vont assez naturellement de soi quand on rĂ©flĂ©chit Ă  la vie d’un Ă©lève chien guide dont les parents sont sĂ©lectionnĂ©s, dans la portĂ©e et suivis jour par jour, dont l’Ă©ducation commence très tĂ´t, autour de 2 mois, on a la chance de recevoir un chien hyper sympa, hyper bien Ă©levĂ© et hyper proche, humainement parlant. Ça, ça ne se trouve nulle part ailleurs. Quand je vois les difficultĂ©s des personnes qui, dans la rue, essayent d’Ă©duquer leur chiot, ou les problèmes de personnes qui ayant recueilli un chien dans une association, quelle qu’elle soit. LĂ , on est franchement dans une situation idĂ©ale qui est rassurante et sĂ©curisante. J’ai plus d’enfants en bas âge, mes enfants sont grands, mais j’imaginais si j’avais une vie de famille avec des enfants jeunes, le chien guide, il est sĂ©curisant parce qu’il est Ă©duquĂ©, parce qu’il a cĂ´toyĂ© des enfants, parce qu’il sait ce que c’est. Le chat de la famille, pareil, lui a sautĂ© dessus une fois ou deux. VoilĂ , c’est tout le bonheur et la facilitĂ© de ce type d’animal. La seule question, c’est effectivement la question du gabarit, peut-ĂŞtre. Et puis du fait que, très proches de nous, ces animaux demandent pour ĂŞtre heureux, demandent Ă  ce qu’on soit aussi proche deux. Bien sĂ»r, je pourrais laisser NoumĂ©a, partir au travail et la retrouver le soir. Elle n’en mourrait pas, mais je pense qu’elle en serait malheureuse.

E.

Et par rapport Ă  ce lien que tu as avec NoumĂ©a, je voulais te poser une question au lien plus largement que tu as aujourd’hui avec les chiens guides, l’Association des chiens guides et comment, dans ton quotidien, cette aventure avec NoumĂ©a a un peu fait Ă©voluer les choses. Comment tu te positionnes aujourd’hui vis-Ă -vis de l’univers des chiens guides ? Est-ce que c’est quelque chose dont tu parles souvent ? On en parle aujourd’hui parce que c’est mon sujet, c’est ma passion et on en avait dĂ©jĂ  beaucoup parlĂ© lors de la dĂ©tente ensemble. J’avais bien senti aussi que ce partage-lĂ  te tient Ă  coeur mais est ce que, du coup, c’est quelque chose qui est très prĂ©sent dans ton quotidien ? Ou au contraire, c’est plutĂ´t anecdotique et c’est juste l’histoire, le passĂ© de NoumĂ©a.

C.

C’est un peu entre les deux, je dirais. Depuis l’adoption de NoumĂ©a, j’ai eu l’occasion de faire une journĂ©e portes ouvertes, Ă  son ancienne association, je voulais qu’elle revienne sur les lieux du crime. C’Ă©tait l’occasion de rencontrer quelques Ă©ducateurs, de faire quelques photos et de mieux comprendre ce qu’Ă©tait sa vie parce que au-delĂ  de l’accueil, au-delĂ  du chenil, j’ai pu voir aussi les parcours d’obstacles, les parcours Ă©ducatifs comme ça, donc j’ai un peu compris par ou elle Ă©tait passĂ©e. Je croise parfois des non-voyants avec leur chien et c’est souvent l’occasion de discuter. Je suis aussi restĂ© en contact avec quelques familles d’accueil donc de temps en temps je peux avoir l’occasion d’un pique-nique avec des familles ou des Ă©changes. Donc j’ai ce lien-lĂ . On va dire que c’est un peu l’histoire de famille de NoumĂ©a, mais je n’y ai pas de rĂ´le plus actif que ça. Par contre, je fais assez souvent la promotion de l’action chien guide de l’association. Et puis aussi de cette possibilitĂ© d’adoption.

E.

Et justement, dans toute cette aventure-lĂ  que tu as, du coup, bien bien dĂ©butĂ©e maintenant avec NoumĂ©a, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as appris ou dĂ©couvert sur l’univers des chiens guides ? Je pense qu’il y en a plusieurs, vu que tu Ă©tais pas forcĂ©ment tout Ă  fait au contact de cet univers-lĂ , qui est vraiment quelque chose que tu ne soupçonnait pas forcĂ©ment ?

C.

Il y a un autre contact dont je n’ai pas parlĂ©, mais j’ai une ancienne collègue dont la fille est une voisine, une jeune fille, la vingtaine, Ă©tudiante en droit, mais très handicapĂ©e visuellement. Elle travaille avec un clavier adaptĂ©. Tout est adaptĂ©, y compris dans ses cours. Ce qui m’a bluffĂ©, c’est la… le mot qui me vient c’est la puissance de ce petit animal qui lui a Ă©tĂ© confiĂ©. Une petite jeune fille labrador qui s’appelle GĂ©ly, qui doit avoir 2-3 ans et qui, depuis qu’elle l’a, lui a permis de quitter sa famille, de s’installer dans un studio, de naviguer entre son studio, sa fac, Paris, partout, toute seule avec son chien. Et ça, franchement, ça m’a bluffĂ©. Je ne pensais pas qu’on pouvait en faire autant avec un chien guide. Pour moi, le chien guide c’Ă©tait je sors de chez moi, je vais chercher ma baguette, je rentre chez moi et Ă©ventuellement, je vais prendre le mĂ©tro, je vais faire un trajet balisĂ© pour aller sur mon lieu de travail, de sociabilisation ou mon lieu de courses, par exemple. Mais lĂ , quand je vois la vie de cette jeune femme qui part parfois pour de longues heures sur des amphis, puis des cours, puis ceci, puis cela, ça, franchement, ça m’a vraiment Ă©tonnĂ©.

E.

Mais c’est vrai qu’on a parfois, j’en discute avec quelques-uns de mes invitĂ©s, mais j’essaye aussi d’avoir des invitĂ©s plus ou moins jeunes, reprĂ©sentatifs, en tout cas des bĂ©nĂ©ficiaires de chien guide. Alors autant du coup bĂ©nĂ©voles mais bĂ©nĂ©ficiaires aussi parce que du cĂ´tĂ© des bĂ©nĂ©ficiaires, c’est pas toujours l’image qu’on en a, dĂ©jĂ  la dĂ©ficience visuelle n’est pas toujours quelque chose qu’on associe Ă  la jeunesse. On peut avoir des dĂ©gĂ©nĂ©rescences, des choses qui arrivent au cours de la vie. Mais les jeunes ne sont pas Ă©pargnĂ©s, il y en a quelques-uns aussi, et c’est vrai que c’est quelque chose de très important et qui permet de redonner vraiment de l’autonomie en fait. On en a beaucoup parlĂ©, alors je ne vais pas tous les citer dans mes Ă©pisodes, mais du bout des doigts Justine dans l’Ă©pisode 9, avec Naya, sa chienne qui la guide dans les rues de Toulouse jusqu’Ă  la fac de musico. On a aussi Romain. On a TimothĂ©e qui me disait que lui, son premier chien guide, il l’a eu Ă  18 ans, maintenant il est athlète, il est au dĂ©but d’une très longue carrière. Il y en a plein, des jeunes comme ça. Et c’est vrai que c’est très intĂ©ressant de voir Ă  quel point le passage de la canne blanche Ă  un compagnon de vie qui les guide aussi, a vraiment un impact sur leur vie quotidienne et un impact presque immĂ©diat en plus.

C.

Oui, c’est automatique.

E.

Une fois que le bon binĂ´me est crĂ©Ă©, il n’y a pas de doute. Et tu as fait d’autres rencontres comme ça, assez exceptionnelles, que t’aurais pas forcĂ©ment fait sans NoumĂ©a Ă  tes cĂ´tĂ©s, par exemple ?

C.

J’en fais tous les jours des rencontres exceptionnelles parce que NoumĂ©a a une autre caractĂ©ristique, c’est qu’elle est super mignonne.

E.

Je confirme.

C.

C’est une belle chienne et elle est douce. Elle va assez facilement vers les gens. On peut imaginer quand elle se balade, d’autant qu’elle est sans laisse, donc elle est assez libre, on peut imaginer que les gens la voient avec le sourire, les yeux grands ouverts, s’imaginant ĂŞtre regardĂ©s, captĂ©s par elle. Donc, assez souvent, les gens vont aussi vers elle et donc ça fait, ça fait de belles rencontres. Les gens s’arrĂŞtent, donc oui, j’ai ça assez facilement, d’autant que tu le sais bien, c’est une influençeuse Instagram.

E.

Mais oui, j’allais te demander oĂą est-ce qu’on peut vous retrouver, vous suivre ?

C.

Elle a dĂ©butĂ© sur mes conseils sur Instagram. Tout le monde tous les jours, au travail, dans la famille, les amis me demandaient de ses nouvelles. En ayant eu assez de rĂ©pĂ©ter 20 fois par jour la mĂŞme chose, je leur ai tous dit ‘je fais un Instagram pour NoumĂ©a, ça s’appelle NoumĂ©adog, tout attachĂ©, et Ă  partir de lĂ , vous allez trouver quotidiennement ses aventures, ses rencontres, ses coups de folie, ses coups de blues. Vous aurez la possibilitĂ© de vivre d’une certaine façon avec NoumĂ©a et on est passĂ© de 10 Ă  20 et maintenant, plus de 600 followers qui de tous les coins d’Europe et mĂŞme du monde, puisqu’elle communique dans plusieurs langues NoumĂ©a, elle parle français, anglais, italien. Une petite centaine d’entre eux sont attachĂ©s Ă  avoir quotidiennement un Ă©change autour de son compte Instagram.

E.

Donc on peut suivre NoumĂ©adog sur Instagram. J’ai toujours l’habitude de poser des questions de fin. La question un petit peu de savoir quel a Ă©tĂ© ton pire et ton meilleur souvenir avec NoumĂ©a depuis le dĂ©but de votre aventure.

C.

Le pire, c’est des frayeurs qu’elle a pu me faire, du style Ă  un moment, Ă©chappant Ă  ma surveillance, elle traverse la rue. Bon la rue, une rue Ă  sens unique. Mais elle l’a refait une deuxième fois. Pareil lĂ  aussi, dans des endroits plutĂ´t protĂ©gĂ©s, on va dire, mais quand mĂŞme Ă  la fois une dĂ©sobĂ©issance, une traversĂ©e sans m’attendre, sans crier gare. Donc lĂ , j’ai vraiment eu la trouille puisque c’est que c’est très dangereux. Et j’ai connu une personne dont le chien s’Ă©tait fait Ă©craser comme ça. Le chien en laisse s’Ă©tait fait Ă©craser, il avait un peu traĂ®nĂ© derrière les pattes sa maĂ®tresse et une voiture Ă©tait passĂ©e dessus. Donc lĂ , j’ai vraiment j’ai vraiment flippĂ©, mais j’y ai pas mal rĂ©flĂ©chi et je me suis rendu compte qu’elle avait traversĂ© parce qu’il y avait personne. Parce que quand il y a quelque chose, elle s’arrĂŞte ou elle fait un Ă©cart. Elle n’a pas tout oubliĂ© de son Ă©ducation. Donc ça, c’est les Ă©pisodes oĂą, effectivement, j’ai eu plus peur.

E.

Oui, puis toi, tu as la pleine conscience de l’Ă©ventuel danger qui peut venir. Donc c’est pire en plus.

C.

Mais oui. Et puis le cĂ´tĂ© oĂą elle m’aurait le plus bluffĂ©, plus Ă©tonnĂ©.

E.

Ouais, le meilleur moment que tu as passé avec elle ?

C.

Non, c’est… c’est presque au quotidien, sa sociabilitĂ©. Et je me suis retrouvĂ© parfois dans des rĂ©unions très importantes, avec beaucoup de monde. Et NoumĂ©a arrive, c’est tout juste si elle ne fait pas le tour de l’assemblĂ©e en donnant sa patte Ă  chacun avec un grand sourire. Les gens sont bouleversĂ©s, mais plus personnellement, les changements dans son attitude ou dans son comportement. Comme on l’a dit, c’est une chienne qui a Ă©tĂ© très bien Ă©duquĂ©e, plutĂ´t sage, plutĂ´t, plutĂ´t calme. Et puis, d’un coup, on ne sait pas pourquoi, un peu comme si on se faisait un clin d’oeil, ça va partir dans un dĂ©lire. Elle va se mettre Ă  se cabrer, Ă  sauter, Ă  partir dans un sens, partir dans l’autre. Ce que je renforce d’un deuxième clin d’oeil. Et lĂ , on est dans un espèce de jeu, voire mĂŞme parfois de ballet. Et ça aussi, c’est quelque chose que je lui ai appris et que je lui amène parfois. Quand la journĂ©e a Ă©tĂ© trop calme, on a beaucoup travaillĂ© comme aujourd’hui. On est restĂ©s près de 8 heures Ă  notre table de travail, mĂŞme si on a fait des interruptions, mĂŞme s’il y a eu des petites balades, ben Ă  un moment, il va y avoir comme ça un petit quart d’heure de folie entre nous. Ouais, qui va ĂŞtre bien sympa parce que c’est vrai qu’elle y va et elle y va Ă  fond. Elle est aussi très joueuse, très vive, donc elle va sauter partout, elle va te sauter dessus, elle va te courir après, enfin voilĂ . C’est sympa et c’est un cĂ´tĂ© oĂą on se rend compte que l’animal a, au-delĂ  de la personnalitĂ© qu’il peut avoir, un certain nombre de facettes. On ne voit pas toujours, et qu’il est intĂ©ressant d’explorer, d’aller chercher. On y gagne.

E.

Ă€ aller un peu plus loin dans l’aventure et dans la relation avec l’animal.

C.

C’est ça, faire vivre ce duo animal-humain que j’ai dĂ©couvert et qui est incroyablement dense, riche.

E.

Donc, une vraie rencontre.

C.

Une love story.

E.

Une love story, ah ah ah ! Sur ces beaux mots, on voit bien comment NoumĂ©a, d’une idĂ©e d’avoir un compagnon Ă  quatre pattes, de cette recherche, un petit peu, de savoir par quelles pistes tu pouvais trouver cet individu qui pourrait un peu te suivre partout, puisque on l’a dit, autant dans ta vie professionnelle, mais aussi dans ta vie privĂ©e, puisque t’es un petit peu entre deux pays dĂ©sormais, on en parlait, t’es rentrĂ© il y a quelques jours, c’est vrai que s’il faut un animal qui puisse suivre, et puis le petit zeste de folie que tu as maintenant trouvĂ© en NoumĂ©a, au final, vous rassemble et vous permet de faire de super belles aventures au-delĂ  des frontières aussi françaises. En tout cas, merci pour toutes ces explications. C’Ă©tait vraiment hyper riche et dense et ça me tenait Ă  cĹ“ur, vraiment, de parler aussi de cette possibilitĂ© d’adopter un Ă©lève chien guide rĂ©formĂ© sans pour autant parler avec quelqu’un qui connaissait ce monde-lĂ   avant. C’est vrai que l’histoire est très diffĂ©rente de celle de BĂ©rangère et Noupi de l’Ă©pisode 24 que je vous encourage vraiment Ă  l’Ă©couter parce que franchement, c’Ă©tait un super bon Ă©pisode. Parce qu’il y a vraiment une histoire de famille pour le coup avec le petit, aussi, de BĂ©rangère. Donc, cette possibilitĂ©-lĂ , elle existe. Je crois que le conseil qu’on peut donner aux gens qui seraient intĂ©ressĂ©s, c’est de contacter l’association la plus proche de chez eux. Parce qu’il n’y a pas que l’École des chiens guides de Paris qui, malheureusement, doit Ă©carter quelques chiens du circuit d’Ă©lèves chiens guides et de chiens guides d’aveugles. Et mĂŞme du cĂ´tĂ© des handichiens, c’est aussi une possibilitĂ© qui existe. VoilĂ , ça peut faire des heureux d’un cĂ´tĂ©. Il y aura toujours la liste d’attente. Et puis, il faut avoir les quelques critères rĂ©unis, comme tu le disais, de disponibilitĂ© pour pouvoir accueillir au mieux un Ă©lève chien guide ou un Ă©lève chien d’assistance qui n’a jamais Ă©tĂ© seul dans sa vie et qui est très proche de l’homme. Mais en tout cas, ça a l’air de marcher super bien. Et moi, je vous ai dĂ©jĂ  rencontrĂ©s. Ce nouveau binĂ´me n’Ă©tait pas celui initialement destinĂ© pour NoumĂ©a, mais je pense que le destin Ă©tait quand mĂŞme Ă©crit.

C.

Oui, et un grand merci aussi. Et ce qui m’Ă©tonne justement sur la façon dont les gens de l’extĂ©rieur, qui me connaissent ou pas, perçoivent ce binĂ´me, ils me l’ont dit plusieurs fois ‘mais ce n’est pas possible, t’as toujours eu des chiens’. Ah non, je n’ai jamais eu de chien.

E.

Quand c’est le bon animal, il y a plus de doute.

C.

Oui, exactement. Donc, un grand merci aussi. Ça m’intĂ©ressait de partager cette expĂ©rience, cette aventure. Et puis rendez-vous sur Instagram NoumĂ©adog.

E.

Rendez-vous sur Instagram NoumĂ©adog ou pour de bonnes parties, au bois de Boulogne, de jeu. On a dĂ©jĂ  testĂ© ça entre NoumĂ©a et Pepper. Ça avait Ă©tĂ© super sympa, je mettrai quelques photos aussi sur l’article de l’Ă©pisode. Je me souviens des superbes photos avec les langues bien pendues des chiens qui Ă©taient tous les deux bien noirs avec la langue bien rose. Ils s’Ă©taient bien Ă©clatĂ©s. Donc, Ă©coute, je mettrai tout ça en ligne. Et puis merci Ă  toi et Ă  très bientĂ´t.

C.

Ouais, ok, avec plaisir. Bonsoir.

E.

Bonne soirée.

E.

Et voilĂ , c’est la fin de cet Ă©pisode. Merci Ă  vous de l’avoir Ă©coutĂ©, en espĂ©rant qu’il vous aura plus. Un grand merci Ă  Christophe pour son tĂ©moignage qui a permis, je l’espère, de rĂ©pondre Ă  vos questions sur le devenir des chiens rĂ©formĂ©s proposĂ©s Ă  l’adoption. Pour complĂ©ter votre Ă©coute, vous pouvez retrouver sur futurchienguide.fr des photos de Christophe et NoumĂ©a et très bientĂ´t la transcription intĂ©grale de cet Ă©pisode. Pour envoyer vos retours, n’hĂ©sitez pas Ă  m’Ă©crire sur mon Instagram @futurchienguide ou Ă  laisser des Ă©toiles sur Apple Podcasts ou Spotify. Alors Ă  bientĂ´t, pour un prochain Ă©pisode sur l’univers mĂ©connu des chiens guides d’aveugles, avec un retour du format inĂ©dit en immersion.

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