De manière assez inĂ©dite, voici Laetitia, qui est accompagnĂ©e d’aucun chien guide en fait !

Ça fait longtemps que je voulais justement parler du choix d’avoir ou non un chien guide, sans jugement pour autant, afin d’Ă©changer sur le fait que ce n’est pas automatique et que c’est vraiment une question de volontĂ© ou non d’en demander un. Aveugle de naissance, Laetitia a très jeune eu tous les codes du dĂ©placement Ă  la canne blanche, mĂŞme si elle n’a jamais vraiment apprĂ©ciĂ© ça. Ses Ă©tudes supĂ©rieures l’ont amenĂ©es Ă  Ă©voluer dans diffĂ©rentes villes, et mĂŞme Ă  l’Ă©tranger, avant de la conduire finalement chez Radio France oĂą elle est aujourd’hui journaliste sportive. Mais pourquoi n’a-t-elle jamais demandĂ© un chien guide ? Et quelles sont les raisons qui peuvent exister derrière un tel choix ?

De sa jeunesse Ă  son arrivĂ©e Ă  Paris, Laetitia retrace pour nous son parcours et en parallèle ses rĂ©flexions sur une Ă©ventuelle demande de chien guide. Elle revient sur leurs qualitĂ©s exceptionnelles qu’elle a dĂ©couvert en cĂ´toyant des amis accompagnĂ©s par un chien guide, mais aussi sur les raisons pour lesquelles elle ne souhaite pas en avoir un aujourd’hui.

Retrouvez la transcription intĂ©grale en fin de page.  

La transcription intégrale

 

E.

Bonjour et bienvenue sur le podcast futur chien guide, le seul podcast sur l’univers des chiens guides d’aveugles soutenu depuis cette annĂ©e par la FFAC et l’ANM Chiens Guides. Je m’appelle Estelle. Je suis passionnĂ©e par les chiens guides d’aveugles et bĂ©nĂ©voles pour cette cause Ă  Paris. Je suis d’ailleurs persuadĂ©e que l’univers des chiens guides d’aveugles mĂ©rite d’être mieux connu. En tant qu’amoureux des chiens, futurs bĂ©nĂ©ficiaires ou autres curieux comme moi, vous croisez parfois des chiens guides d’aveugles et leurs maĂ®tres en vous demandant : « Mais comment font-ils pour se dĂ©placer dans nos rues toujours plus agitĂ©es ? ». Ce podcast est le seul qui vous propose, au fil de rencontres enrichissantes, de dĂ©crypter l’univers des chiens guides d’aveugles pour comprendre par qui et comment ils sont Ă©duquĂ©s, mais aussi de dĂ©couvrir leur rĂ´le dans le quotidien de leur maĂ®tre et les bouleversements Ă  leur arrivĂ©e, ou encore comment agir quand vous croisez un tel binĂ´me ? De manière assez inĂ©dite, je vous prĂ©sente aujourd’hui Laetitia, qui n’est accompagnĂ©e d’aucun chien guide en fait. Ça fait longtemps que je voulais justement vous parler du choix d’avoir ou non un chien guide sans jugement pour autant, afin d’Ă©changer sur le fait que ce n’est pas automatique et que c’est vraiment une question de volontĂ© ou non d’en demander.

E.

Aveugle de naissance, Laetitia a très jeune eu tous les codes du dĂ©placement Ă  la canne blanche, mĂŞme si elle n’a jamais vraiment apprĂ©ciĂ© ça. Les Ă©tudes supĂ©rieures l’ont amenĂ©e Ă  Ă©voluer dans diffĂ©rentes villes et mĂŞme Ă  l’Ă©tranger, avant de la conduire finalement chez Radio France. Mais pourquoi n’a t elle jamais demandĂ© un chien guide ? Et quelles sont les raisons qui peuvent exister derrière un tel choix ? De sa jeunesse Ă  son arrivĂ©e Ă  Paris, Laetitia retrace pour nous son parcours et, en parallèle, ses rĂ©flexions sur une Ă©ventuelle demande de chien guide. Elle revient sur leurs qualitĂ©s exceptionnelles qu’elle a dĂ©couvertes en cĂ´toyant des amis accompagnĂ©s par un chien guide, mais aussi sur les raisons pour lesquelles elle ne souhaite pas en avoir un aujourd’hui. Et maintenant, place Ă  l’Ă©pisode.

E.

Bonjour Laetitia.

L.

Bonjour.

E.

Merci en tout cas d’avoir acceptĂ© tout de suite mon invitation malgrĂ© ton emploi du temps bien chargĂ©, on va le voir. On a rĂ©ussi Ă  se caler une petite heure pour enregistrer. Est-ce que pour commencer, tu pourrais te prĂ©senter rapidement ?

L.

Oui, alors je m’appelle Laetitia Bernard, j’ai 39 ans, je suis aveugle de naissance, je suis journaliste Ă  Radio France et j’aime beaucoup le sport. Je fais pas mal d’Ă©quitation et puis un peu de tandem et de course Ă  pied.

E.

Dans ton quotidien, ça se passe aussi derrière un micro, pas le mĂŞme que le mien aujourd’hui. Tu es journaliste sportif, donc tu interviens en tant que chroniqueuse Ă  France Inter ?

L.

Je suis journaliste Ă  la base et je suis Ă  la direction des sports de Radio France. Cette saison, j’assure notamment les journaux des sports du week-end le samedi et le dimanche matin sur France Inter et sur France Info.

E.

OK, donc ça donne un rythme un peu différent.

L.

Un rythme décalé, oui.

E.

Vu que tu travailles plutĂ´t en week-end.

L.

Je travaille essentiellement le week-end et je pars vers 4 h ou 5 h du matin.

E.

Et du coup, c’est un peu particulier aujourd’hui, ça fait longtemps que je pensais Ă  faire ce genre d’interview et j’avais dĂ©jĂ  pensĂ© Ă  toi parce qu’on Ă©change depuis quelques temps. Puisque, on va le dire tout de suite, tu n’as pas de chien guide.

L.

Oui, moi j’ai pas de chien.

E.

Alors que ce podcast est un podcast sur les chiens guides d’aveugles. Mais aujourd’hui, justement, je voulais creuser un petit peu la question de ce choix d’avoir ou de ne pas avoir de chien guide. Est-ce qu’on peut essayer de rembobiner un peu le fil de ton histoire Ă  partir de ton enfance peut-ĂŞtre, tu es aveugle de naissance. Comment ça s’est passĂ© pour toi, assez jeune ?

L.

Assez jeune. Donc mes parents ont su que j’y voyais pas, en gros, ils ont commencĂ© Ă  faire les premiers examens mĂ©dicaux j’avais trois, quatre mois, vraiment toute petite, ils savaient que j’y voyais pas, donc qu’il allait falloir adapter la scolaritĂ©. J’ai innovĂ© un peu. J’Ă©tais scolarisĂ©e. En fait, le centre spĂ©cialisĂ© n’Ă©tait pas très loin de l’Ă©cole, entre guillemets, des valides. Au dĂ©but, je faisais le matin avec les valides et l’après-midi Ă  l’Ă©cole pour les enfants malvoyants, non-voyants. Après, je suis passĂ©e en intĂ©gration Ă  partir du CM1, mais Ă©paulĂ©e par un service adaptĂ©, bien Ă©videmment. Et puis voilĂ , j’ai suivi ma scolaritĂ©, j’ai passĂ© mon bac et après j’ai fait mes Ă©tudes et ainsi de suite.

E.

D’accord, donc en fait, tu as fait une sorte de mi-temps entre l’Ă©cole adaptĂ©e, on va dire.

L.

Au dĂ©but, jusqu’Ă  mes neuf ans, j’Ă©tais… C’est ça, je faisais du mi-temps. Et puis après, j’ai quasiment fait toute ma scolaritĂ© chez les valides. Je dis les valides parce qu’il faut bien employer un mot. Mais par contre, j’avais de l’aide, j’avais des transcriptions en braille, j’avais des instits spĂ©cialisĂ©s qui venaient une demi-journĂ©e ou deux par semaine. Il y avait des synergies entre les deux structures.

E.

Oui, oui, il y avait des liens, c’Ă©tait pas juste une structure plus une, c’Ă©tait… Il y avait vraiment des liens entre les deux.

L.

Oui, ils fonctionnaient ensemble.

E.

Tu as appris le braille assez jeune, j’imagine ?

L.

Ah oui, moi j’ai appris le braille en mĂŞme temps que tout le monde apprenait Ă  Ă©crire, on dit en noir, dans le jargon, mais en CP quoi, fin de maternelle, le CP, comme tout le monde, et moi, j’apprenais le braille. Les copains-copines apprenaient le noir, enfin l’Ă©criture avec les traits, le stylo, et mĂŞme on s’Ă©changeait un peu, enfin moi je leur montrais comment marchait le braille, les filles, elles, me montraient comment on faisait… moi je connais l’alphabet capitale comme ça, parce que les copines m’ont montrĂ© quand j’avais six ou sept ans.

E.

OK, je ne savais pas qu’on disait ‘en noir’, tu vois.

L.

Oui, on dit en noir, mais je ne sais pas pourquoi. Mais oui, entre non-voyants, on va dire en noir pour parler de l’Ă©criture des voyants.

E.

Oui, tu vois j’aurai encore appris quelque chose. Tu te guidais Ă  la canne Ă  cette Ă©poque-lĂ . Comment ça s’est passĂ© pour toi dans le dĂ©placement ?

L.

Oui, moi j’ai Ă©tĂ© formĂ©e Ă  la canne toute petite, dès trois-quatre ans. DĂ©jĂ  on avait psychomot, enfin psychomotricitĂ©, donc on t’apprenait Ă  marcher dans un couloir avec… D’abord, ils t’apprennent Ă  avoir les mains devant, les mains devant le front, la technique de la couronne pour se protĂ©ger des obstacles. Après, je me souviens plus. Je me souviens de jouets en mousse, je sais plus ce qu’on faisait exactement comme exercice, mais t’as de la motricitĂ©, et Ă  partir de, je dirais cinq ans, on m’a mis une canne dans la main, donc Ă  ma taille, une canne enfant, et on m’apprenait le balayage, la coordination, pied gauche – avance – canne Ă  droite, etc. Donc moi j’Ă©tais formĂ©e Ă  la canne très petite. Après on t’apprend, alors l’Ă©cole spĂ©cialisĂ©e, il y avait un grand parc, donc on t’apprend Ă  longer une allĂ©e avec la canne, Ă  repĂ©rer les obstacles, après on te met dans la rue et ainsi de suite et ainsi de suite. Donc moi, j’ai vraiment Ă©tĂ© formĂ©e aux bases de la loco, la locomotion, et de la canne dès l’enfance, de manière presque lourde parfois. Parce que ça, ça peut ĂŞtre un peu stressant, petit, de se retrouver dans les rues avec plein de voitures et on est un peu petit, se sentir un peu paumĂ© en sachant que ça fait des cours en plus, en plus de l’Ă©cole, en plus de l’apprentissage du braille et tout et tout.

E.

C’est un cours en plus, mais pas un loisir pour autant. C’est lĂ  la diffĂ©rence.

L.

Loin s’en faut. Non ça me saoulait la canne. Franchement, maintenant je suis trop heureuse d’avoir ces bases, mais alors sur le moment, je n’aimais pas ça.

E.

Ça fait partie des choses dans notre enfance, des fois… et après on se dit qu’on est très content de s’y ĂŞtre forcĂ©. Donc tu as Ă©tĂ© hyper autonome dans ton dĂ©placement ?

L.

Et pas tant que ça. En fait, moi, la chance que surtout j’ai eu, c’est que j’avais plein de copains-copines et donc je me dĂ©plaçais souvent en groupe. Donc en fait, j’Ă©tais pas si autonome que ça si j’y rĂ©flĂ©chis. Par exemple, si j’avais envie d’aller toute seule acheter des bonbons, enfin, j’avais quoi ? MĂŞme si j’Ă©tais, oui, douze-treize ans, je prenais sur moi. Je me mettais un coup de pied aux fesses en disant ‘Allez, vas-y, prends ta canne’. Je n’Ă©tais pas Ă  l’aise quand mĂŞme. Je n’aimais pas ça, ça me stressait. Je savais le faire, en fait j’avais la boĂ®te Ă  outils, mais ça me stressait beaucoup. Mais je n’Ă©tais pas hyper autonome. MĂŞme quand je prenais le bus pour aller rejoindre les copines en ville, on se retrouvait Ă  plusieurs.

E.

C’est ce que me disait un peu BĂ©rĂ©nice qui maintenant est au lycĂ©e et qui a eu un chien guide. Du coup, Ă  la fin du collège, BĂ©rĂ©nice, dans l’Ă©pisode 28, elle me disait que ça lui a permis justement de sortir seule, c’est Ă  dire sans les copines, c’est-Ă -dire de ne pas se donner rendez-vous devant chez elle pour aller au collège, etc. parce que la canne, en effet, n’Ă©tait pas sĂ©curisante pour elle en tant que telle.

L.

Ouais, ouais, ouais, c’est vrai, c’est vrai. Je comprends.

E.

Donc. En général, oui, il y a plein de copains-copines et heureusement, ça permet de socialiser, de fluidifier un peu cette différence, on va dire, quand on est jeune.

L.

Puis j’avais mes parents qui m’accompagnaient aussi, mes parents ils me dĂ©posaient, enfin voilĂ , mes parents Ă©taient très prĂ©sents aussi.

E.

Mais ça, j’en parlais aussi avec AnaĂŻs qui a aussi eu un chien guide assez jeune Ă  l’âge de douze ans. Mais AnaĂŻs, dans l’Ă©pisode 35, elle m’a racontĂ© qu’en effet, si les parents ne sont pas lĂ , c’est bien un projet d’investissement de la famille pour accompagner l’autonomie. Oui, toi tu as poursuivi des Ă©tudes dans le cursus classique, on peut dire du coup, après ton bac, comment ça s’est passĂ© pour toi ?

L.

Après, j’ai eu le concours de Sciences Po Strasbourg, donc je suis partie. Et lĂ , j’ai eu la chance que mes parents puissent m’Ă©pauler la première annĂ©e, me suivre la première annĂ©e parce que c’Ă©tait trop galère. Mais ce n’est pas forcĂ©ment le dĂ©placement le plus dur pour le coup, c’Ă©tait d’autres dimensions, enfin ça faisait un tout, remarque. Mais au niveau de la canne, en fait, je me suis dĂ©bloquĂ©e parce que j’ai commencĂ© Ă  avoir des stages d’Ă©tĂ© au Mouv’, qui Ă©tait la radio jeunes de Radio France. J’Ă©tais en coloc chez ma meilleure amie dans Toulouse, Ă  l’Ă©poque on Ă©tait sur Toulouse, et donc lĂ , clairement, je me dis faut que je sache aller avec ma canne le matin, sur mes lieux de stage, que je sache rentrer chez moi et tout ça. Je me rappelle, j’avais rappelĂ© ma prof de loco de quand j’Ă©tais plus petite et du coup, ça a Ă©tĂ© vite rĂ©glĂ© parce que comme j’avais des bases, en une ou deux demi-journĂ©es, tac tac elle m’a remis un peu en confiance et lĂ , j’ai commencĂ© vraiment… lĂ  oui, j’Ă©tais plus autonome dans mes dĂ©placements, mĂŞme si j’aime pas les dĂ©placements en canne, j’aime pas ça. Mais je les fais.

E.

Et du coup, la question du chien guide, est-ce qu’elle t’a traversĂ© l’esprit ou pas du tout ?

L.

Euh, alors pour moi, en tout cas, avant mes 18-20 ans, c’Ă©tait interdit, enfin pour moi on ne pouvait pas avoir de chien guide quand on Ă©tait mineur, je pense que c’est ce qu’on nous avait dit. Parce que oui, oui, on a dĂ» se renseigner, c’est sĂ»r. Et puis après ? Bah mes parents ils aiment pas particulièrement les chiens, enfin les animaux tout ça. Ils n’aiment pas, ni dans un sens ni dans l’autre, mais on n’avait pas d’animaux comme ça, enfin, de chien Ă  la maison.

E.

Il n’y avait pas d’attirance particulière.

L.

Ça n’a jamais Ă©tĂ© quelque chose ou ils me disaient ‘ce serait bien que t’aies un chien’ ou… Et mĂŞme, c’est marrant, dans ma famille, il n’y avait pas trop cette rĂ©flexion-lĂ . Enfin elle y Ă©tait mais de loin. Et puis en fait, après, ben, quand j’ai commencĂ© Ă  faire mes Ă©tudes, je voyais le truc, j’Ă©tais toute la journĂ©e dans un amphi. Je pouvais bouger de ville. Quand je suis partie en Erasmus Ă  Berlin et tout, je me disais mais en fait, prendre un chien, je voyais plus ça comme un truc compliquĂ© que comme une aide. Je n’avais pas bien la dimension alors que maintenant je la comprends. Mais plus jeune, je voyais vraiment ça comme quelque chose d’extrĂŞmement compliquĂ©, finalement, qui allait me rajouter…

E.

Une contrainte ?

L.

Oui. Des tâches, des choses Ă  faire alors que dĂ©jĂ  j’avais un emploi du temps. VoilĂ , j’essayais de me dĂ©brouiller, mais… et puis aussi, il y avait quand mĂŞme, j’Ă©tais dans un petit appart, souvent soit en rĂ©sidence universitaire, soit tout ça, donc toute la journĂ©e en amphi, le soir, soit manger chez les copains- copines ou aller boire des verres. Enfin, je voyais pas un chien s’insĂ©rer lĂ -dedans, je n’avais pas de jardin. Je me disais ça peut pas ĂŞtre cool pour le chien et moi ça va me peser et ça va pas matcher.

E.

Et puis cette question d’avant 18 ans ou pas, c’est vrai que pour le coup, la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, elle a commencĂ© Ă  ĂŞtre en rĂ©flexion au dĂ©but des annĂ©es 2000. Mais c’est vraiment, ça s’est vraiment posĂ© fin des annĂ©es 2000 et pour le coup, tu Ă©tais dĂ©jĂ  plus grande. C’est rigolo de voir comment tu percevais ça et je pense que tu n’es pas la seule et c’est hyper intĂ©ressant d’en parler aussi, de voir, et puis moi je le vois en tant que famille relais, en tant que bĂ©nĂ©vole, les premières questions que me posent les gens quand ils abordent le fait que j’ai un chien Ă  mes cĂ´tĂ©s, un Ă©lève chien guide, ils me disent oh mais tu dois avoir une maison, tu dois… enfin dans le sens, vu que tu as un chien, tu as aussi 100 mètres carrĂ©s, un jardin et tout. Je leur rĂ©ponds rapidement que moi, non, et que les dĂ©ficients visuels sont pas plus riches que les autres malheureusement. Mais c’est vrai que les gens se posent la question parce qu’on imagine souvent un chien, sans parler d’un chien guide, mais un chien, de manière gĂ©nĂ©rale, dans un univers plutĂ´t, on va dire, verdoyant et grand et nature, quoi.

L.

Ouais, ouais, ouais.

E.

Mais je comprends du coup…

L.

Qu’ils puissent se dĂ©gourdir les pattes. Et moi, franchement, j’Ă©tais toute la journĂ©e en cours ou assise Ă  mon bureau Ă  rĂ©viser. J’Ă©tais lĂ  ‘mais le pauvre chien, il va s’ennuyer’, quoi.

E.

C’est la vision des choses que tu avais. Il n’y a pas de souci. Mais c’est intĂ©ressant de la partager parce qu’en effet, ce que je te confiais avant d’enregistrer, c’est qu’on a souvent l’habitude, et moi encore plus en tant que bĂ©nĂ©vole au sein du mouvement et passionnĂ©e et investie, de se dire ‘c’est la solution pour tout le monde’ et en fait, en en discutant, ben voilĂ . Il faut aussi accepter que tout le monde ne choisit pas… tous les dĂ©ficients visuels ne veulent pas un chien guide et puis c’est comme ça quoi. Mais donc toi, Ă  cette Ă©poque-lĂ , ce n’Ă©tait pas forcĂ©ment quelque chose qui t’Ă©tait venue un peu dans l’esprit, parce que ça ne correspondait pas Ă  ton mode de vie.

L.

Ă€ mon mode de vie ou Ă  ce que… enfin je sais pas, ça ne me parlait pas. Et puis voilĂ , je n’avais pas envie de me lancer lĂ -dedans.

E.

Et donc, après ces quelques annĂ©es Ă  Toulouse, puisque aujourd’hui tu es sur Paris, comment s’est passĂ©e la transition ?

L.

Oh mais en fait, j’ai fait plusieurs Ă©tapes. J’Ă©tais sur Toulouse. Ensuite je suis partie sur Sciences Po Strasbourg, ensuite je suis partie un an Ă  Berlin, je suis revenue Ă  Strasbourg pour mes Ă©tudes et ensuite, effectivement, j’ai atterri Ă  Paris Ă  l’Ă©cole de journalisme. Et en fait, une fois que je suis arrivĂ©e Ă  Paris, finalement, c’Ă©tait presque plus, entre guillemets, confortable au niveau notamment des dĂ©placements, parce que Paris a tout le rĂ©seau de transports en commun. J’Ă©tais plus Ă  l’aise. Et puis j’avais eu le baptĂŞme du feu avec Strasbourg, avec les changements de ville. La transition s’est passĂ©e comme elle a pu. Mais voilĂ  donc j’Ă©tais toujours en canne et je suis toujours en canne.

E.

Et par rapport Ă  ce que tu ressentais quand tu Ă©tais jeune, la difficultĂ© d’avoir la canne, Ă©ventuellement du regard des autres, je ne sais pas, c’est ce que me disent parfois les invitĂ©s.

L.

Non, moi le regard des autres par rapport Ă  la canne, ce n’est pas… enfin de toute façon le regard des autres par rapport au fait qu’on n’y voit pas, il est dĂ©jĂ … c’est compliquĂ©. Donc canne ou pas canne ? Mais moi la canne, le truc c’est que c’est pas ultra fiable, c’est fiable, mais ça demande une concentration et une vigilance quand on se dĂ©place qui est Ă©puisante, qui tire du jus, qui tire de l’Ă©nergie parce qu’on est obligĂ© d’ĂŞtre hyper attentif, on est obligĂ© d’Ă©couter tout ce qui se passe autour. Il y a des obstacles de partout, des poubelles, des machins. Trouver le passage piĂ©ton, c’est complexe. Clairement, un chien guide, c’est une aide exceptionnelle. C’est gĂ©nial d’un point de vue pratique sur les dĂ©placements, ça j’en suis parfaitement consciente. Mais après, la canne, si on est Ă  la cool, si on n’est pas trop pressĂ© ou si on anticipe, voilĂ , ça peut le faire, ça marche aussi.

E.

Et dans ta vie, il me semble que tu nous as parlé beaucoup du sport.

L.

Je continue Ă  monter Ă  cheval d’ailleurs, mais je montais beaucoup Ă  cheval.

E.

Je crois que j’en avais discutĂ© avec Laurence de l’Ă©pisode 33. Tu partages aussi le sport, le tandem, des choses comme ça ?

L.

C’est-Ă -dire que je suis mĂŞme une cavalière qui ne voit pas ou une cycliste qui ne voit pas.

E.

Comment tu as commencĂ© tous ces sports, est-ce que c’est quelque chose que tu as commencĂ© jeune ?

L.

Oui. L’Ă©quitation, mais c’Ă©tait un peu par hasard. On avait eu une initiation Ă  l’Ă©cole quand j’Ă©tais petite, et j’avais bien aimĂ©, j’avais gardĂ© ça dans un coin de tĂŞte et quelques annĂ©es après, je suis retournĂ©e au club oĂą on avait eu cette initiation et j’ai vraiment eu la chance de tomber sur une monitrice qui m’a considĂ©rĂ©e comme une cavalière Ă  part entière et qui a adaptĂ© sa pĂ©dagogie pour me faire vraiment profiter de sa passion, pour me transmettre. Et le tandem… LĂ  pour le coup, c’Ă©tait avec une amie. J’Ă©tais en vacances dans les Landes et Ă  un moment, elle me dit ‘Tiens, on pourrait aller Ă  la mer’. D’habitude on y va Ă  vĂ©lo, mais lĂ  vu que t’es lĂ  on va prendre un tandem. Et comme la fille Ă©tait vraiment sportive, pour le coup, elle Ă©tait ceinture noire de judo, elle dit ‘ben je pilote’. On avait quoi, 17-18 ans. Et c’est comme ça que j’ai fait mes premiers kilomètres en tandem dans la forĂŞt landaise.

E.

Et ça t’a plu ?

L.

Oui, carrĂ©ment. J’avais arrĂŞtĂ© pendant quelques annĂ©es, mais dès qu’on pouvait on se faisait des pĂ©riples le long du canal du Midi. VoilĂ , et puis après la vie a fait qu’Ă  un moment j’ai plus du tout eu l’occasion. J’Ă©tais tout le temps en ville, avec le boulot, les Ă©tudes, ça n’Ă©tait plus trop possible. Et puis lĂ , depuis quelques annĂ©es, j’ai eu une autre opportunitĂ© et je m’y suis remise.

E.

C’est chouette. C’est Romain aussi que j’ai eu dans l’Ă©pisode 26, c’est lui, c’est son objectif en tout cas de devenir un grand sportif et athlète pour le coup, en tandem, Romain Fantasino.

L.

Ah non alors je ne pense pas Ă  lui. Je confonds.

E.

D’accord. Un jeune qui a du coup un chien guide et que j’ai interviewĂ© dans l’Ă©pisode 26 et qui nous racontait un petit peu sa dĂ©couverte en tant que dĂ©ficient visuel. C’est devenu une passion, vraiment. Il fait aussi du vĂ©lo dans son salon, mais en toute sĂ©curitĂ©. Ça fonctionne très bien.

L.

On est obligés !

E.

Sur toutes ces Ă©tapes, lĂ  oĂą tu fais encore de l’Ă©quitation d’ailleurs, ce n’est pas quelque chose que tu as arrĂŞtĂ© du tout. Tu pratiques dans la rĂ©gion parisienne d’ailleurs, comment ça se passe ?

L.

Oui. Pas très loin de Paris, c’est quand mĂŞme… en fait, quand je vais monter, faut prendre la demi-journĂ©e quoi, mais c’est chouette. Et j’arrive Ă  le faire une fois par semaine.

E.

Avec, comme tu disais, la monitrice qui avait juste adaptĂ© ses pratiques pĂ©dagogiques. LĂ , c’est pareil.

L.

C’est plus la mĂŞme.

E.

Bien sĂ»r, j’imagine qu’elle a changĂ©.

L.

Oui, oui, c’est ça, moi je suis dans un club qui s’appelle Les Ă©curies du O-TAKEY, qui porte bien son nom, et ils sont trop cool. Ce que j’aime bien c’est qu’ils… bon il y a la chef, bien sĂ»r, VĂ©ro, qui est maintenant une amie en plus, qui a acceptĂ© de me prendre, quoi, quand j’ai dĂ©barquĂ©, voilĂ , et ce qui est sympa, c’est que tous les autres moniteurs, si elle elle est pas lĂ  ou quoi, ils me font monter aussi. Il n’y a pas de soucis.

E.

Tu peux y aller un petit peu plus facilement que s’il n’y avait qu’une seule personne rĂ©fĂ©rente, quoi.

L.

Ouais, vraiment, on s’entend bien.

E.

Et donc tu combines tout ça entre donc France-Inter le week-end, on va dire, et Ă©quitation la semaine. Je ne sais pas comment tu t’organises dans ta semaine ?

L.

Non, non, non. Globalement, je suis Ă  la radio du jeudi au dimanche. ça me laisse quand mĂŞme trois jours, ce qui est cool, pour mes activitĂ©s perso, donc le sport ou quoi, mais je bosse pas mal, j’ai des documentaires, ‘A vous de voir’ pour France 5, j’ai pas mal d’engagements maintenant, un peu au niveau, au niveau associatif, je suis la marraine d’une association qui fait la promotion du sport face Ă  son cancer du sein, enfin des activitĂ©s de plein air. Ça me prend quand mĂŞme pas mal de temps.

E.

Et quand tu dis que tu y es du jeudi au dimanche, est-ce que tu peux nous expliquer comment tu prĂ©pare tes chroniques un peu, parce que c’est rigolo, j’ai dit Ă  ma maman que je t’interviewais. Elle me dit ‘Ah, mais je connais ce prĂ©nom, je connais ce nom’. Je lui ai confiĂ© ton bouquin dont on parlera plus tard. Elle l’a lu, elle m’a dit ‘Ah, mais je ne savais pas qu’elle Ă©tait dĂ©ficiente visuelle’ et que du coup, de fait, je pouvais t’avoir Ă  mon micro. Parce qu’en fait, c’est ce que tu dis souvent, j’imagine, c’est que les gens ne savent pas forcĂ©ment et au final, ça ne change pas grand chose.

L.

Ben en fait, finalement, au dĂ©but, je trouvais vraiment que c’Ă©tait mieux que ça ne se sache pas, enfin que de toute façon ça n’avait pas Ă  se savoir. J’aime bien prendre l’exemple : si vous demandez Ă  un boulanger de faire du pain, le but, c’est de manger du pain. S’il vous dit ‘Oui, mais comme je vois pas bien la balance, j’ai mis trop de sel, parce que je suis aveugle’. On s’en fiche. Le but c’est qu’il y ait du pain. Et donc moi, quand je fais mon journal des sports, le but c’est qu’il y ait des infos qui sont liĂ©es Ă  l’actualitĂ© sportive. Point. Mais d’un autre cĂ´tĂ©, finalement, en grandissant, j’ai pris conscience aussi que c’Ă©tait pas… il fallait peut-ĂŞtre que ça se sache un peu, que ça pouvait ĂŞtre utile parce que ça ouvre des champs des possibles. Et ça met sur des rĂ©flexions qui ne sont pas forcĂ©ment encore envisagĂ©es de la part, entre guillemets, du grand public, sur le handicap visuel, sur le fait que les personnes handicapĂ©es visuelles sont sur la mĂŞme planète, peuvent avoir une dimension sociale, peuvent avoir un emploi, peuvent avoir envie de travailler, peuvent partager des mĂŞmes passions avec tout le monde. Mais c’est lĂ  oĂą finalement le fait de tĂ©moigner peut se rĂ©vĂ©ler quand mĂŞme finalement utile.

E.

Oui donc tout ce que tu veux dire, c’est qu’au fur et Ă  mesure de ta maturitĂ©, je pense qu’on peut dire ça comme ça, ton expĂ©rience, c’est quelque chose que tu as moins cachĂ©. Enfin, tu as plus dit, on va dire, parce que tu le cachait pas forcement ?

L.

Je ne l’ai jamais cachĂ©. Je ne voulais pas par exemple en parler après un journal des sports. Ça, je n’aimais pas quand un journaliste, enfin quand un de mes collègues disait ‘il faut quand mĂŞme qu’on vous dise, elle n’y voit pas’, lĂ , ce n’Ă©tait pas le sujet. En revanche, un jour, se dire on se prend cinq minutes pour expliquer comment tu travailles aux auditeurs, lĂ  oui il n’y avait pas de problème. Et maintenant, c’est vrai que je fais pas mal de publications sur les rĂ©seaux sociaux, Ă  la radio pour qu’on voie l’appareil que j’utilise, pour qu’on voie comment c’est possible concrètement, qu’est-ce que ça implique. Comment ça se passe pour de vrai, quoi.

E.

Mais c’est sĂ»r que moi, je sais que j’ai beaucoup fait cet exercice-lĂ  avec AnaĂŻs dont je t’ai parlĂ©, qui avait eu un chien guide assez jeune, avec qui j’ai fait un Ă©pisode il y a quelques mois dans l’Ă©pisode 35, puisque je l’ai eue en stage en fait, puisqu’elle elle veut devenir Ă©leveuse de chèvres. Ça me fait aussi penser Ă  ce que tu disais sur la partie boulanger parce qu’elle est assez consciente que ce sera compliquĂ© d’ĂŞtre Ă©leveuse de chèvres individuelle et surtout sur la partie Ă©levage. Mais par contre, pour faire du fromage. Oui, en effet, pour ĂŞtre productrice fermière sur un Ă©levage de chèvres, ça marche tout Ă  fait. C’est très sensoriel, donc on n’a pas forcĂ©ment besoin de voir tout et on peut s’adapter. Et ce que tu disais aussi par rapport au fait de montrer les outils que tu utilises. J’ai Ă©normĂ©ment parlĂ© de ça les quinze jours oĂą AnaĂŻs Ă©tait avec moi et j’ai tellement appris parce que bon, plage braille et plein de choses ou tu te dis en tant que voyant, enfin on a parlĂ© de tout, hein. Et du coup, c’Ă©tait impressionnant de voir comment on peut s’adapter, comment on peut travailler.

L.

En fait, vraiment, ce qui est important, c’est au lieu de se dire ‘c’est pas possible’, c’est ‘comment c’est possible’ ou ‘comment ça pourrait ĂŞtre possible’ ? Ou comment on pourrait amĂ©liorer pour que ça devienne possible ? Ou qu’est-ce qu’on pourrait imaginer pour que, au moins il y a une partie de possible, pour qu’on puisse avoir la sensation, l’apprĂ©hension de la situation, avoir une partie en tous les cas, un morceau, quoi, si ce n’est pas possible, d’avoir l’idĂ©e.

E.

Et puis, tu vois, c’est vrai que moi je me rends compte en Ă©changeant avec vous aussi, parce qu’on Ă©change un peu du support technique, un peu d’Ă©changer en vrai pour enregistrer. Et parfois il y en a certains qui disent ‘Non mais moi en fait j’ai pas d’ordinateur, j’ai une plage braille, c’est tout. Parce qu’en fait j’ai pas besoin…’

L.

Un bloc-notes braille.

E.

Un bloc-notes braille. Je sais plus comment tu l’appelles ?

L.

Oui, oui, mais je vois parce que ça, ça lĂ -dessus moi, je dis toujours aux gamins, enfin aux jeunes qui me demandent des conseils, de se former Ă  l’informatique avec des ordinateurs qu’utilise tout le monde vraiment pour que si eux ils ont un souci ou pour qu’ils parlent le mĂŞme langage avec les voyants, ça, moi je suis vraiment pour le cĂ´tĂ© ‘on utilise le plus possible les outils des autres’ et c’est les outils des autres qui doivent, dans l’idĂ©al, ĂŞtre accessibles de manière native aux personnes qui ne voient pas. Je pense notamment au tĂ©lĂ©phone mobile. Je vais pas donner la marque, mais voilĂ , c’est dans ce sens-lĂ  que ça va. Le système D, c’est sympa. Trouver des palliatifs, trouver des compensations, c’est sympa. Mais si le global, le sociĂ©tal, la sociĂ©tĂ© pense son fonctionnement pour tous, ça va mieux marcher. Ça va ĂŞtre plus pratique pour tout le monde, enfin pour nous surtout sur le coup.

E.

Ce que tu dis, ça peut s’appliquer autant aux outils informatiques qu’aux dĂ©placements. Je pense Ă  ta remarque que t’avais faite dans le livre sur le fait que les noms n’Ă©taient pas forcĂ©ment tous oralisĂ©s dans le mĂ©tro. Ce genre de choses comme ça ou en fait ça permet de s’adapter Ă  tous et de penser Ă  tous, quoi.

L.

Ouais ouais, c’est ça.

E.

Mais bon, encore dimanche, j’Ă©tais en dĂ©tente avec Lauriane et sa chienne et c’est vrai que je lui ai indiquĂ© le trajet parce qu’elle n’a pas forcĂ©ment travaillĂ© ce trajet-lĂ . Mais pour le coup, et ça m’a fait penser, parce que c’Ă©tait juste le jour de la JournĂ©e mondiale des MobilitĂ©s et de l’AccessibilitĂ©, il y a certains trottoirs ou t’as pas la bande podo parce qu’ils viennent de refaire le trottoir ou de remettre un bout de goudron et ils n’ont pas pensĂ© Ă  ça. Et c’est vrai qu’il y a toujours un mini doute. Alors la chienne, elle ne doute pas. Mais du coup, Lauriane n’a pas…

L.

C’est lĂ  vraiment que tu vois la diffĂ©rence quand t’as un chien ou quand t’en a pas, c’est que si t’es en canne, tu peux pas savoir oĂą est le passage. Si t’as le chien, il te repère les lignes. Et ça, c’est quand mĂŞme exceptionnel comme aide. Un truc… J’Ă©tais Ă©patĂ©e quand j’ai dĂ©couvert que les chiens guides faisaient ça.

E.

Eh bien oui on leur apprend Ă  ces petits chouchous. Après, ça fait partie des Ă©tapes. Il faut bien avoir la finalitĂ© en tant que famille d’accueil, parce que sinon, on peut ne pas la comprendre, de faire asseoir le chien Ă  chaque passage piĂ©ton. Mais on fait ça dès petits quand ils ont trois-quatre mois.

L.

C’est gĂ©nial ! Et ouais…

E.

J’avoue que, tu vois, je suis rentrĂ©e de la dĂ©tente, j’ai raccompagnĂ© Laurianne, c’Ă©tait toujours Persia qui guidait, mais je les laisse pas en plein milieu d’une ville qu’elles ne connaissent pas ou d’un trajet qu’elles ne connaissent pas. Et derrière, j’ai Ă©tĂ© ravie, mais comme je le suis quand je rends mes chiens, de traverser en plein milieu de la route. Parce que ça fait partie aussi des petites contraintes de prendre toujours les passages piĂ©tons pour justement bien habituer les Ă©lèves chiens guides Ă  ne pas passer ailleurs parce qu’il y a plus de repères ailleurs pour leur maĂ®tre plus tard.

L.

Franchement, je comprends que ça soit contraignant, mais lĂ  pour le coup, c’est une telle aide derrière.

E.

Ouais et quand il y a pas de bandes podotactiles, ces bandes avec des petits clous lĂ  pour ceux qui ne voient pas forcĂ©ment, qui t’indiquent vraiment sous les pieds que t’es face Ă  un passage piĂ©ton qui n’est pas forcĂ©ment toujours perpendiculaire en plus Ă  la chaussĂ©e. Mais bon, ça c’est encore autre chose.

L.

Tout Ă  fait.

E.

C’est vrai qu’en termes d’accessibilitĂ©, ça pourrait encore s’amĂ©liorer. Mais bon, je retiens en tout cas ta remarque sur le fait que c’est intĂ©ressant que ce soit les outils de tout le monde qui s’adaptent et non pas d’avoir des outils spĂ©cifiques. Si ce n’est que t’as besoin d’un outil intermĂ©diaire si tu as un ordinateur, je l’ai bien vu avec AnaĂŻs.

L.

Oui, bien sĂ»r. Une compensation, je dis ça, mais une compensation. Mais en fait, finalement, plus on va ĂŞtre sur quelque chose de standard, plus ça va marcher facilement. Il y aura pas… Ah oui mais alors vous pouvez utiliser que, par exemple sur un tĂ©lĂ©phone, que l’appel. LĂ , on peut aller partout vers le plus de choses possible. L’idĂ©e, c’est vraiment de pouvoir faire le plus de choses possible.

E.

Oui, c’est vrai quand on travaille ensemble. Moi, je l’ai bien vu. AnaĂŻs, en tant que stagiaire, elle travaillait avec moi sur certains documents et bon alors tous les documents ne sont pas hyper accessibles. Je lui ai pas fais faire de la mise en pages, du graphisme, etc. Il y a quand mĂŞme des limites Ă  l’adaptation, c’est normal. Mais cependant, une fois qu’elle avait Ă©crit un paragraphe, moi je pouvais le lire sur son ordinateur, sur l’Ă©cran de l’ordinateur, ce qu’elle avait Ă©crit avec son clavier classique. Et elle, elle le lisait sur sa plage, quoi. Ça faisait aussi partie des petites questions de comment on fait avec un collègue dĂ©ficient visuel. Comment on gère parce qu’on ne connaĂ®t pas en fait.

L.

Oui, oui.

E.

Bon, du coup, aujourd’hui, tu es donc chroniqueuse, notamment, parce qu’en fait, tu fais plein d’autres choses.

L.

Ah non non, en fait, mon job principal, enfin mon job Ă  plein temps, c’est vraiment la radio. Je suis journaliste Ă  Radio France.

E.

Journaliste Ă  Radio France. C’est comme ça qu’on peut te caractĂ©riser.

L.

Journaliste à la direction des sports de Radio France, très exactement.

E.

Ça fait combien d’annĂ©es que tu fais ça maintenant ?

L.

Que je suis aux sports ? ça fait, je crois bien, depuis 2015, et que je suis à Radio France, je dirais depuis 2010 ou 2009.

E.

Comment tu as atterri Ă  Radio France ? Moi c’est une question que je me posais.

L.

En fait, je faisais une Ă©cole de journalisme Ă  Paris, le CFJ, et j’Ă©tais en spĂ©cialisation radio, puisque vraiment c’Ă©tait le mĂ©dia ou je me sentais le mieux. Il y a un recrutement en fin de session pour les stages d’Ă©tĂ© de Radio France et donc on avait un petit examen et moi j’ai Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©e pour un remplacement de deux mois Ă  France Inter. Et puis après, j’ai enchaĂ®nĂ© pas mal de contrats de remplacement, donc j’ai intĂ©grĂ© leur pool de journalistes remplaçants qu’on appelle le planning. Et puis, un peu plus de deux ans après, j’ai Ă©tĂ© titularisĂ©e Ă  France Bleu Paris. Et ensuite cinq ou six ans après, j’ai bougĂ© au sport.

E.

Et j’ai vu lĂ  dernièrement, j’avais un petit peu suivi, tu as eu l’occasion aussi de faire le HandĂ©bat.

L.

Ben oui, ça, c’Ă©tait le 22 mars. Oui.

E.

Donc pour refaire un peu le pitch du Handébat, tu as animé le Handébat.

L.

Oui ça c’Ă©tait marrant. Parce que ça franchement, on est partis d’une feuille blanche avec un copain, enfin un ami qui est Ă  apiDV. Et en fait, l’idĂ©e, c’Ă©tait de crĂ©er un Ă©vĂ©nement pour parler du handicap dans la campagne prĂ©sidentielle, pour mettre un peu le handicap en avant au niveau de la campagne prĂ©sidentielle, parce qu’il Ă©tait assez peu prĂ©sent. C’est vrai qu’on est partis de rien et on a abouti Ă  un site avec des entretiens filmĂ©s dans les QG, des entretiens de 20 minutes. Et puis le jour-J, on a des candidates qui se sont dĂ©placĂ©es, des porte-parole. On avait huit partis reprĂ©sentĂ©s et on a fait un Ă©vĂ©nement d’environ 2 heures avec des questions aussi des internautes et des questions dans la salle. Alors c’Ă©tait assez complexe, vraiment, tout le monde n’a pas pu poser ses questions. On a vraiment fait notre maximum mais… J’espère que ça appellera d’autres initiatives et celle-ci va nous servir aussi de ballon d’essai, on va dire.

E.

Oui, de support, pour d’autres.

L.

C’est dĂ©jĂ  une sacrĂ©e… Moi, quand on a dĂ©marrĂ© le projet, je ne pensais pas qu’on rĂ©ussirait dĂ©jĂ  Ă  mettre en place Ă  la Maison de la Radio, en plus avec Radio France qui nous soutenait, c’est gĂ©nial, qui a fait des relais aussi sur les antennes. VoilĂ , on avait la grande salle, etc., etc. Avec Blind & Design aussi au niveau des Ă©quipes techniques. Et puis aussi des entretiens dans les QG. Donc c’Ă©tait vraiment bien.

E.

Oui, c’est vrai que j’avais vu ça. Moi, ça m’avait fait sourire. Je vais t’expliquer pourquoi, parce que quand j’ai interviewĂ© Justine il y a plus d’un an, c’Ă©tait pendant les histoires de l’AAH, qui ne sont pas terminĂ©es hein, l’allocation adulte handicapĂ© et de sa dĂ©conjugalisation par rapport au conjoint, etc. Et Justine dans l’Ă©pisode 9, alors c’est une jeune qui est encore Ă©tudiante qui est accompagnĂ©e d’un chien guide, on avait beaucoup parlĂ© de ça, on avait suivi la pĂ©tition etc., et quand j’ai pris de ses nouvelles en janvier, on a fait un live. Mais on s’Ă©tait dit on fera quelque chose sur ‘Quelle est la place dans les programmes des candidats des dispositions et des mesures en faveur… Je sais pas si on peut dire en faveur du handicap, mais en tout cas en faveur de l’Ă©galitĂ© par rapport Ă  tout ça. Et bon, au final, on s’est laissĂ©es prendre par le temps et quand j’ai vu le HandĂ©bat qui Ă©tait lĂ , je me suis dit bon ben voilĂ , il y a des gens qui l’ont fait bien mieux que nous et je trouvais ça hyper intĂ©ressant justement de confronter les diffĂ©rents programmes parce que ça n’a pas forcĂ©ment Ă©tĂ© un sujet qui Ă©tait au cĹ“ur de la campagne, je pense quand mĂŞme.

L.

Ben oui non, c’est pour ça qu’on avait essayĂ© de faire quelque chose Ă  notre Ă©chelle. On a fait ce qu’on a pu, mais bon, on l’a fait.

E.

Mais le fait d’avoir Ă©tĂ© soutenue, de l’avoir fait au sein de la Maison de la Radio, je pense que ça, c’Ă©tait très fort quand mĂŞme comme signal de la part des candidats.

L.

Oui, oui, mais c’est aussi pour ça que ça que ça a pris, enfin c’Ă©tait vraiment des Ă©nergies qui se sont mises ensemble. Et oui, Ă©videmment, j’ai beaucoup, beaucoup de chance d’avoir mon entreprise qui en fait… les valeurs autour du handicap sont très importantes pour Radio France et j’ai vraiment la chance d’avoir une Ă©coute, Ă  la Maison de la Radio, qui est exceptionnelle.

E.

Et puis du coup, j’ai ton livre sous les yeux. Il y a le logo de Radio France, bien sĂ»r. Le livre s’appelle ‘Ma vie est un sport d’Ă©quipe’. Il est paru l’annĂ©e dernière, en 2021. Comment tu en es arrivĂ©e Ă  Ă©crire ce livre ?

L.

En fait, c’Ă©tait une question de, progressivement, de rĂ©flexion. On me pose beaucoup, beaucoup de questions et Ă  force de rĂ©pondre, etc., je me suis dit mais ce serait bien, ce serait bien finalement de faire un tĂ©moignage. Il y avait toujours cette notion de peur du handicap visuel. Ce cĂ´tĂ© qu’on ne comprend pas forcĂ©ment. Les gens qui n’ont jamais rencontrĂ© de personnes avec un handicap ne sont pas forcĂ©ment Ă  l’aise, ne savent pas trop comment s’y prendre. Moi, je me suis dit, j’Ă©tais arrivĂ©e Ă  une Ă©tape de ma vie oĂą je pouvais me poser et Ă©crire. Ça correspondait aussi Ă  une phase ou j’avais rĂ©pondu Ă  quelques interviews, oĂą on me demandait de plus en plus des tĂ©moignages et finalement ne ressortaient pas forcĂ©ment les messages que j’avais, moi, vraiment envie de partager. Et donc je me suis dit, si j’avais envie de vĂ©hiculer, de transmettre quelque chose, qu’est-ce que ce serait, de raconter quelque chose, qu’est-ce qui me paraĂ®trait important ou sympa ? Ou qu’est-ce que j’ai envie de dire ? Et donc je me suis posĂ©e pour Ă©crire.

E.

Oui parce que je l’ai vu paraĂ®tre et je l’ai achetĂ© bien sĂ»r. C’est un ouvrage oĂą tu parles beaucoup, alors, sport d’Ă©quipe, c’est pas uniquement le sport sportif, c’est aussi…

L.

C’est au sens large. C’est la rĂ©alitĂ© de mon quotidien et de la vie quand on n’y voit pas. On a besoin des autres, mais dans le bon sens du terme. Et c’est le fameux ‘seul, on va très vite, mais ensemble, on va plus loin’, quoi.

E.

Oui, c’est vraiment ça, le fait que ce n’est pas uniquement dans le sport qu’on trouve cette valeur d’Ă©quipe, mais que tu l’as aussi dans toutes, dans tout au quotidien.

L.

Ah ben oui, au travail notamment. Ah oui, oui, bien sûr.

E.

Que c’est ça qui te permet aussi de continuer Ă  avancer.

L.

Et c’est ce que j’aime aussi. Oui, j’aime beaucoup, j’aime beaucoup fonctionner en Ă©quipe.

E.

Et justement, oĂą tu en es dans ta rĂ©flexion par rapport au chien guide, est-ce que c’est quelque chose… tu nous a quand mĂŞme partagĂ© le fait que tu comprenais quelques Ă©lĂ©ments maintenant que tu n’avais pas forcĂ©ment compris dans ta jeunesse, on va dire, est-ce que c’est quelque chose que tu Ă©cartes dĂ©finitivement ou il ne faut jamais dire jamais ?

L.

Ouais, voilĂ , il faut jamais dire jamais, très franchement. Je sais pas, lĂ  comme ça, je ne suis pas plus dĂ©cidĂ©e qu’avant.

E.

Je ne suis pas là pour ça, je ne suis pas là pour te convaincre.

L.

Par contre, lĂ  ou par rapport Ă  il y a quelques annĂ©es, lĂ  ou j’ai avancĂ©, je vois vraiment Ă  quel point ça peut aider. Ça peut vraiment aider. Il y a encore dix ans j’aurais dit ‘oh il y a pas besoin’, mais en fait si bien sĂ»r, bien sĂ»r. Et puis après, c’est vraiment des chiens exceptionnels. Je vois les relations qu’ils ont aussi avec leur maĂ®tre. Elles sont, elles sont vraiment chouettes et vraiment, oui, le chien guide… Bien sĂ»r que mĂŞme, je le vois, moi, en tant que femme, quand je me balade le soir, etc. Ă  Paris, je me fais aborder plein de fois. Je me dis c’est vrai que si j’avais un chien, il y aurait un cĂ´tĂ© sĂ©curisant qui ne serait pas dĂ©sagrĂ©able par exemple. Mais c’est un choix dans le sens oĂą il ne faut pas prendre un chien juste comme un outil, enfin pas comme un robot, mais…

E.

Oui, il faut que ce soit un partenaire.

L.

Ouais, c’est ça. Il faut vraiment une… que je ressente pas trop ces contraintes parce que j’ai pas du tout envie de les faire ressentir au chien. J’ai beaucoup trop de respect aussi pour ce qu’ils font. Donc c’est vraiment moi dans ma façon de vivre. C’est marrant, mais je me vois pas me rĂ©veiller Ă  3 ou 4 heures et rĂ©veiller le chien et dire viens, on va Ă  la radio. C’est bĂŞte parce que dans l’absolu, je pense que le chien, il s’en ficherait. Mais juste, moi, je me vois pas trop faire ça. Et pourtant, pourtant, franchement, j’adore marcher. J’habite pas très loin de Radio France, mais si j’avais un chien, j’irais Ă  pied. Mais lĂ , je n’y vais pas Ă  pied parce qu’il y a des… C’est un peu galère, les traversĂ©es. Il y a des gens, des magasins partout, etc. Donc je prends le bus. Mais c’est vrai que si j’avais un chien, je marcherais beaucoup plus dans Paris, et moi qui adore marcher Ă  pied, des fois je me dis c’est Ă©tonnant que je reste quand mĂŞme sur ce cĂ´tĂ© ‘ben oui mais non, je prĂ©fère pas’. Donc c’est un choix.

E.

C’est ton choix.

L.

Oui, voilĂ . Mais avec toutes les parts de doute qui existent dans les choix.

E.

Oui et puis l’Ă©volution comme tu dis de… tu n’Ă©cartes pas un jour le fait d’en avoir un ou pas. C’est pas un refus. C’est ça aussi qui m’intĂ©ressait d’Ă©changer avec toi, tu n’es pas anti chien.

L.

Non, pas du tout. Vraiment pas, mais au contraire, je vois vraiment… Ah non, non, non, je trouve ça gĂ©nial. Il y a des gens qui sont très heureux et je le comprends. Au contraire, non non.

E.

Mais c’est juste que c’est vraiment un choix individuel et aujourd’hui, ce n’est pas le choix que tu as fait. Mais ça ne veut pas dire que t’en auras jamais dans ta vie.

L.

Non, je sais pas, ouais ouais.

E.

Et justement, souvent, je pose la question, la chose que tu as apprise ou dĂ©couverte avec les chiens guides d’aveugles, pour le coup, toi, t’as pas de chien Ă  tes cĂ´tĂ©s. Mais je comprends quand mĂŞme que tu as appris et dĂ©couvert dans ta proximitĂ© intellectuelle avec le chien guide, tout ce que ça pouvait faire, quoi ? Tout ce que ça pouvait apporter, c’est quelque chose que tu n’avais pas…

L.

Franchement, j’hallucine sur des trucs, j’en ai mĂŞme vu qui arrivent Ă  guider deux personnes, c’est-Ă -dire que quand moi je tiens le bras de l’autre personne aveugle, je me prends aucun poteau, aucun… Enfin, c’est hallucinant. Je suis quand mĂŞme en admiration devant ce qu’ils savent faire, quoi. Et la sagesse, la fiabilitĂ©, c’est vrai que c’est… Trouver les stations de mĂ©tro, trouver les chemins, quand vous ĂŞtes dans une foule, dans un salon oĂą il y a plein de monde, salon type salon de l’autonomie ou salon de l’agriculture. Mais il va vous trouver l’axe pour passer, l’axe pour sortir du bâtiment. Je trouve ça dingue, dingue. Je trouve ça très fort.

E.

Et puis tu en cĂ´toies quand mĂŞme. C’est pas parce que tu n’en a pas toi que tu ne cĂ´toies pas de chien guide du coup, si je comprends bien.

L.

Oui, puisque je côtoie quand même des personnes non-voyantes ou malvoyantes qui ont des chiens guides, il y en a beaucoup quand même. Et oui donc je vois, je vois vraiment comment ça va, comment ça marche.

E.

Est-ce qu’il y a quand mĂŞme un moment, parce que c’est une question que je pose aussi, on tâtonne dans cette interview, mais oĂą tu as Ă©tĂ© bluffĂ©e par un chien guide justement, mĂŞme si c’Ă©tait pas le tien ?

L.

Ben ouais, je te dis, c’est que quand il arrive Ă  nous guider Ă  deux quoi. Franchement, qu’on arrive Ă  faire dans un quartier que je connais pas du tout, d’une station de mĂ©tro Ă  un endroit, je sais pas oĂą, peu importe, mais un immeuble oĂą le chien, il gère les deux, sans problème. Et oĂą on est posĂ©s et on peut discuter tranquille, alors que quand on marche en canne Ă  deux, on peut discuter mais bon, il y a des heurts, il y a des interruptions des fois.

E.

C’est plus compliquĂ©, du coup, faut ĂŞtre focus.

L.

Ouais, c’est vraiment ça qui me… ça et le cĂ´tĂ© aussi libertĂ© pour marcher, je vois le nombre de copains qui viennent Ă  pied d’un point A Ă  un point B, ils sont Ă  une demi-heure de marche Ă  pied ou moi, en canne, je mettrais trois quarts d’heure ou une petite heure, vraiment, et oĂą j’arriverais… j’en aurais marre parce que j’aurais galĂ©rĂ© avec, je ne sais pas, douze poubelles, trois trottinettes, des vĂ©los, le passage piĂ©ton qui n’Ă©tait pas bien machin, tout ça, quoi.

E.

Je me rappelle, tu Ă©tais au bras d’un ami qui Ă©tait guidĂ© par son chien. Et c’est vrai que Jean-Pierre que j’ai eu dans l’Ă©pisode 30, me racontait justement que c’est comme ça en fait qu’il est arrivĂ© au chien guide. C’est un jour oĂą il a eu l’occasion de suivre un ami par le bras qui lui mĂŞme Ă©tait guidĂ© par un chien guide et que lĂ , il a Ă©tĂ© hyper bluffĂ© du fait qu’ils ne se sont pris aucun obstacle. Et en fait c’est ça qui lui a fait justement avancer dans cette dĂ©marche de chien guide qu’il n’avait pas du tout en tĂŞte en disant mais en fait, c’est beaucoup plus qu’un confort technique au final, parce que t’as beaucoup plus de choses Ă  partager. Mais c’est avant tout le confort technique du dĂ©placement qui lui avait fait rĂ©flĂ©chir, on va dire, Ă  cette possibilitĂ©-lĂ .

L.

Moi l’Ă©tape que je n’ai pas encore, mais je pense que ça va arriver, ils m’ont toujours dit les copains, mais prends un harnais et suis un chien et tu verras comment c’est. Ça je l’ai pas encore fait, mais c’est vrai, il faudrait que je le fasse. Mais lĂ , ça pourrait peut ĂŞtre me faire changer d’avis. C’est possible, ce n’est pas exclu.

E.

Mais ça, c’est aussi Ă  toi de voir dans ton expĂ©rience. Et Ă  l’inverse, je sais que j’en avais beaucoup parlĂ© avec Fabienne Haustant qui elle, fait beaucoup de danse, donc Danse les yeux fermĂ©s, son association. Et dans l’Ă©pisode 15, alors qu’elle venait juste d’annoncer la mise Ă  la retraite de son premier chien guide et unique pour l’instant, Finley, du coup, j’ai sautĂ© sur l’opportunitĂ© parce qu’on a beaucoup parlĂ© de la retraite et c’Ă©tait très bien. J’ai eu l’occasion d’avoir dans l’Ă©pisode 16 la famille de retraite qu’elle avait trouvĂ©, etc. avec l’Ă©cole et c’Ă©tait vachement bien parce qu’aujourd’hui il y a eu un avant chien guide pour elle, un après, mais il n’y a pas forcĂ©ment un après avec un second chien guide pour l’instant. Je l’ai eue lĂ , il n’y a pas longtemps, on a fait un live Instagram parce que c’Ă©tait les un an de notre Ă©pisode ensemble. Et c’est intĂ©ressant aussi de voir que c’est pas non plus ‘on a un chien guide et on en a toute sa vie’ ou ‘on a un chien guide très jeune parce que…’ enfin voilĂ  c’est… Vraiment la relation avec les chiens guides est vraiment très personnelle et dĂ©coule beaucoup du choix aussi que vous vous faites en fait tout simplement. Et ce n’est pas un automatisme, tu peux en avoir un, plus en avoir, et c’est un choix de continuer ou pas encore avec un chien guide, de faire une pause, de commencer plus tard. Enfin j’ai envie de dire voilĂ , c’est un parcours de vie qui n’est pas juste ben ‘t’es dĂ©ficient visuel, tu vas faire ta demande de chien guide’, quoi.

L.

Ah ben non, il y a mĂŞme des personnes, je pense, qui pourraient pas, parce que c’est une responsabilitĂ© aussi, le chien, faut quand mĂŞme faire attention. Il y a tout le cĂ´tĂ© logistique, faut le sortir tous les soirs, mĂŞme si on est crevĂ©s. Tu connais ça, lui donner Ă  manger, respecter telle consigne par rapport au dressage etc., donc c’est vachement important. C’est aussi une responsabilitĂ©, c’est un engagement. Le chien, il nous donne tout et il faut s’engager vis-Ă -vis de lui aussi. Des choses Ă  donner de notre cĂ´tĂ©, il faut que chacun fasse une part du chemin et c’est très chouette. Mais il y a aussi des gens qui n’ont pas cette appĂ©tence-lĂ , tout simplement, et c’est un droit, et je pourrais dire il n’y a pas de jugement de valeur, mais c’est vraiment une question de personnalitĂ©, une question de phase de vie, de moments de vie, d’envie, de choix.

E.

Exactement. C’est ça avoir un chien guide, ne pas avoir un chien guide, c’est un choix. On pourrait rĂ©sumer ça comme ça. Et je me demandais si tu avais fait une ou plusieurs rencontres exceptionnelles du coup, via les chiens guides quand mĂŞme ou pas du tout.

L.

Moi j’allais dire c’est l’inverse, c’est-Ă -dire que c’est des personnes non-voyantes qui m’ont fait rencontrer des chiens exceptionnels. Ouais, c’est plutĂ´t des chiens auxquels je me suis Ă©normĂ©ment attachĂ©e. Je me souviens, quand j’Ă©tais ado, quand je faisais mes premières compĂ©titions d’Ă©quitation, qu’il y avait la nana de l’Ă©quipe de France, enfin la nana, c’est une amie, maintenant, Caroline. Je me souviens encore de son chien. Il s’appelait Graf. Je l’adorais ce chien, il Ă©tait trop sympa. Et pourtant, voilĂ , malgrĂ© cette rencontre, je me souviens, je me disais ‘ah si, c’est Ă  essayer’. J’Ă©tais Ă©patĂ©e, mais il Ă©tait hyper câlin, il Ă©tait tout doux. Vraiment j’ai le souvenir, moi, j’avais quoi, quinze ans. Et pourtant, malgrĂ© cette rencontre, je n’ai pas eu envie d’avoir un chien pour moi. LĂ  plus rĂ©cemment, le chien guide d’un ami, c’est un chien, il est intelligent pour douze quoi. Je n’ai jamais vu une telle intelligence, j’ai jamais vu…

E.

C’est quoi son petit nom ?

L.

Groove. Jamais vu une telle personnalitĂ© aussi. C’est dingue, j’adore ce chien. Donc c’est dans l’autre sens, moi, c’est les gens qui m’ont fait rencontrer des super chiens, des chiens magiques.

E.

Mais c’est vrai que je n’avais jamais imaginĂ© dans ce sens-lĂ , mais moi aussi j’en ai rencontrĂ© des super chiens guides. Et c’est fou de voir aussi l’impact qu’ils ont eu dans la vie de leur maĂ®tre, mais pas uniquement dans le guidage, dans la vie sociale, dans tout le reste.

L.

ça traduit aussi la relation entre le maĂ®tre et le chien, si elle est Ă©quilibrĂ©e, si chacun y trouve son compte, si elle est saine, si elle est vivante. C’est hyper intĂ©ressant.

E.

Du coup je n’avais jamais vu ça dans l’autre sens. Mais tu as raison, je pourrais poser la question aussi dans l’autre sens. Est-ce que grâce Ă  des personnes, vous avez rencontrĂ© des chiens guides exceptionnels ? Je vais quand mĂŞme te poser la question si tu as eu un pire et un meilleur moment Ă  proximitĂ© d’un chien guide ou pas du tout.

L.

Alors ce n’est pas un chien guide, mais je m’en rappelle pas, mais il paraĂ®t que quand j’avais un an, enfin quand je commençais Ă  peine Ă  marcher, il y a un chien qui a mis les deux pattes sur les Ă©paules pour me lĂ©cher le visage et que ça m’a terrorisĂ©e. C’est ma mère qui m’a racontĂ© ça il y a quelques annĂ©es en me disant si ça se trouve c’est pour ça que t’as pas envie d’avoir un chien. C’est restĂ© lĂ , ça relève de la psychanalyse, si ça se trouve c’est restĂ© marquĂ©. Moi je m’en souviens plus, et puis bon c’Ă©tait pas un chien guide. VoilĂ , après non, un pire moment avec un chien guide…

E.

PlutĂ´t des bons moments.

L.

Ouais, ouais, oh ben oui, ils sont cools les chiens guides.

E.

Et le meilleur moment, du coup.

L.

C’est le cĂ´tĂ© pouvoir ĂŞtre serein et parler avec l’autre personne non-voyante avec laquelle on est et sans trop se concentrer sur le trajet. C’est vrai que c’est très apaisant et c’est quelque chose d’assez incroyable, de très positif.

E.

Le fait de dĂ©lĂ©guer le dĂ©placement, on va dire, au chien, parce que c’est vrai que par rapport Ă  ça, quand toi tu as la canne, tu focus, t’analyses.

L.

Je suis concentrĂ©e, je ne peux pas… enfin si je le fais d’ailleurs, j’ai tendance Ă  penser Ă  autre chose. J’ai mes pensĂ©es qui tournent donc je fais des conneries, des fois. Mais des fois je me retrouve tellement pas au bon endroit. J’ai tournĂ©, j’ai pas fait gaffe. Normal. Et justement, ça, quand on a le chien, c’est gĂ©nial, parce qu’on peut penser, quoi, on peut faire comme vous, comme les voyants quand ils se baladent, flâner, il y a un cĂ´tĂ© balade qui va ĂŞtre plus agrĂ©able, en tout cas au moins une dĂ©pense d’Ă©nergie en moins.

E.

Et inversement. Tu vois, par mon expĂ©rience, quand on a un Ă©lève chien guide, je pense qu’on retombe au stade oĂą on ne peut pas tenir une conversation. Je le fais très bien avec des gens qui connaissent les chiens guides parce qu’en fait, ou avec des gens qui ont des chiens guides, pareil. LĂ , tu vois, je te parlais de Lauriane, quand on parle dans la rue et qu’en mĂŞme temps je lui dis ‘les lignes – Ă  gauche’ etc. et qu’elle elle redit Ă  son chien, on le fait assez naturellement et on reprend lĂ  ou on Ă©tait dans notre conversation sans problème. Mais ça, c’est quelque chose, au tout dĂ©but, je sais que mon conjoint a encore du mal quand on a des Ă©lèves chiens guides, c’est le fait de ne pas pouvoir tenir une conversation parce que les gens qui ne connaissent pas les chiens guides ou qui n’ont pas cette expĂ©rience eux-mĂŞmes de famille d’accueil ou famille relais, ils vont s’interrompre et ils vont pas savoir s’ils ont le droit de reprendre la conversation, etc. Et du coup c’est vrai que c’est quelque chose qui est assez gĂŞnant. Alors quand on est entre familles d’accueil par contre c’est pas très grave puisque on se comprend tellement qu’au final il y a du ‘assis – les lignes’ au milieu des conversations, il y a ‘Ă  droite – Ă  gauche – la descente’, etc. Alors qu’avec des gens qui connaissent pas, ça peut ĂŞtre un peu perturbant, rien que le fait de s’arrĂŞter au passage piĂ©ton. C’est un peu bizarre de dire ‘assis – les lignes’ Ă  son chien et de se rendre compte que la personne est un mètre devant. Parce que oui, le feu est vert, oui, on est bien sur un passage piĂ©ton, mais non le chien doit s’asseoir. Au stade de famille d’accueil.

L.

C’est un sacrĂ© rĂ´le pĂ©dagogique.

E.

Ben ouais, ouais. Et pour le coup la conversation, ça sera fluide plus tard. On est Ă  ce stade-lĂ . Donc après je dis entre familles d’accueil, on se comprend. Et puis, avec mon conjoint, entre nous, ça va, mĂŞme si ce n’est pas toujours Ă©vident de reprendre la conversation, etc. Des fois, faut reprendre le chien aussi, il y a des choses qu’on n’avait pas vues, etc. Donc c’est assez rigolo de voir le parallèle. Donc nous avec un chien guide, un Ă©lève chien guide on n’est pas forcĂ©ment les plus autonomes dans notre conversation, mais vous, une fois que vous l’avez, c’est quand mĂŞme chouette d’avoir cette concentration que tu peux mettre ailleurs. En fait, tu peux dĂ©dier ton cerveau ailleurs qu’au dĂ©placement.

L.

Oui, ou juste il y a un cĂ´tĂ© confortable. SĂ©cure, oui un peu sĂ©curisant. Il y a aussi ça, oui, car effectivement, on peut discuter, mais il y a aussi… La canne, on n’est jamais Ă  l’abri de n’avoir pas touchĂ© un truc ou de se mettre un petit peu en danger ou de se cogner sur un truc. Le chien, il y a ce petit stress en moins qui est quand mĂŞme agrĂ©able.

E.

Et puis, comme me disent beaucoup de dĂ©ficients visuels, au final, les obstacles, tu les sens mĂŞme pas avec le chien puisqu’il slalome. Enfin, tu sens que tu marches pas forcĂ©ment loin. Bon c’est pas un slalom droite, gauche, droite, gauche, c’est juste que… Quand je dis ça les gens imaginent…

L.

Mais moi j’ai vu Groove sortir de travaux, il y avait des travaux, il arrive Ă  piger le petit chemin avec l’espèce de dalle en planches de bois. Il emmène au bon endroit. C’est quand mĂŞme… c’est rassurant, c’est vachement bien.

E.

Mais en tout cas c’est très intĂ©ressant et merci de partager avec nous, avec moi, avec nous, ton expĂ©rience et ton point de vue lĂ -dessus. Parce que voilĂ , comme je le disais, ce n’est pas parce qu’on est dĂ©ficient visuel qu’on doit obligatoirement nous coller un chien guide. Et je pense que ça aussi, ça peut ĂŞtre un dĂ©faut des proches parfois. J’ai des gens dans mon entourage ou dans l’entourage de mes proches qui deviennent dĂ©ficients visuels au fur et Ă  mesure, qui perdent un peu la vue. Et les gens disent tout de suite ‘Non mais tu devrais prendre un chien guide’, etc. Et je pense qu’il y a quand mĂŞme un cheminement pour savoir si on en veut un ou pas.

L.

Oui, il y a un cheminement. Oui, je suis d’accord.

E.

Et j’ai des proches avec qui… Moi c’est l’occasion, quand j’ai un Ă©lève chien guide, on va les voir, on parle et après… Mais je ne suis pas lĂ  Ă  pousser Ă  la consommation, j’ai envie de dire. On comparait ça aussi avec le dĂ©sir de parentalitĂ© ou le dĂ©sir d’avoir une voiture, un bolide ou quoi que ce soit. C’est un peu la mĂŞme chose, ou de faire de l’Ă©quitation, on disait…

L.

Ben c’est des questions de goĂ»t aussi.

E.

VoilĂ . De choix de vie et de choix d’ĂŞtre accompagnĂ© ou non par un chien guide.

L.

D’avoir cette responsabilitĂ© ou de s’engager aussi auprès du chien guide, de s’investir. Je ne sais pas si c’est le terme, mais, et par respect pour le chien aussi, ce qu’ils font, c’est vraiment super. Donc moi, parce que je respecte aussi, je ne veux pas faire n’importe quoi avec un chien. Clairement pas.

E.

Mais on voit en tout cas que c’est une dĂ©cision mĂ»rement rĂ©flĂ©chie, dans un sens ou dans un autre, ce qui est, ce qui est important pour moi aujourd’hui de mettre en avant. Parce que c’est vrai que dans mes interviews, on fonce tĂŞte baissĂ©e, on est tous passionnĂ©s par les chiens guides en gĂ©nĂ©ral, donc on est Ă  fond dans le truc, comme si les dĂ©ficients visuels Ă©taient forcĂ©ment accompagnĂ©s d’un dĂ©sir d’un chien guide.

L.

On peut se dĂ©brouiller sans aussi, on peut avoir une vie très Ă©panouissante, mais avec aussi hein, ce n’est pas du tout… voilĂ .

E.

C’est une question de choix. Bon, ben Ă©coute Laetitia ou est-ce qu’on peut te retrouver, du coup ? On peut te retrouver sur Instagram ?

E.

Ah oui.

E.

Sur d’autres, d’autres Ă©vĂ©nements. On a parlĂ© du HandĂ©bat, je remettrai le lien. On peut retrouver ton livre de partout, donc ‘Ma vie est un sport d’Ă©quipe’, il est de partout aux Ă©ditions Stock. Et puis on peut te suivre donc, ton Instagram, c’est… ?

L.

C’est Laetitia tiret Bernard tiret journaliste. J’ai le mĂŞme sur Facebook. Oui, après j’ai les journaux des sports sur Inter et Info le samedi et le dimanche matin. Pour l’instant, parce que ça va changer ça encore. Mais oui, pour l’instant c’est ça.

E.

ça va changer, tu veux dire que tu changes de…

L.

Ouais, de poste en septembre.

E.

Tu vas aller sur quel type de chroniques ?

L.

Je sais pas. Ce n’est pas encore dĂ©terminĂ©.

E.

OK, tu restes sur la délégation sportive ou pas forcément ?

L.

C’est pas encore dĂ©terminĂ©.

E.

Ben Ă©coute, plein de teasing pour eux, pour ton futur, on te souhaite en tout cas une super continuation. Et puis on se reparlera peut-ĂŞtre un jour avec un chien guide, sans chien guide, seul l’avenir nous le dira.

L.

On se reparlera, ça c’est sĂ»r.

E.

Ça c’est sĂ»r. Et merci beaucoup en tout cas pour ton temps. A très bientĂ´t.

L.

Au revoir.

E.

Et voilĂ , c’est la fin de cet Ă©pisode. Merci Ă  vous de l’avoir Ă©coutĂ© en espĂ©rant qu’il vous aura plus. Merci Ă  Laetitia d’avoir pris le temps d’Ă©changer avec moi sur cette question Ă©pineuse du choix d’avoir ou non un chien guide. Pour complĂ©ter votre Ă©coute, vous pouvez retrouver sur Futurchienguide.fr des photos de Laetitia dans son quotidien de journaliste et cavalière notamment. Et très bientĂ´t la transcription intĂ©grale de cet Ă©pisode. Pour envoyer vos retours, Ă©crivez-moi sur Instagram ou Facebook. J’adore vraiment Ă©changer sur vos ressentis suite aux Ă©coutes, voire mĂŞme pendant. Alors Ă  bientĂ´t pour un prochain Ă©pisode sur l’univers mĂ©connu des chiens guides d’aveugles.

 

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