Nour-Eddine et Jamix – Être papa de jeunes enfants avec un chien guide

Dans cet épisode, je vous présente Nour-Eddine qui est guidé au quotidien par Jamix de l’école des chiens guides de Paris. Malvoyant de naissance, Nour-Eddine fait sa demande de chien guide dès son arrivée en région parisienne. En couple avec Tatiana, également déficiente visuelle et accompagnée par un chien guide, ils sont parents ensemble de deux petites filles, avec leurs deux chiens guides mais aussi leurs deux chats. Mais comment s’organiser avec des enfants en bas âge tout en étant déficient visuel et guidé par un chien guide ? Nour-Eddine nous raconte comment ils ont accueilli leur première fille, toutes les questions qu’ils se sont posées en tant que parents déficients visuels, et les astuces qu’ils ont pu trouver. Il revient aussi sur comment il s’organise dans ses déplacements et dans les moments de détente, en tant que papa avec ses filles de 1 et 6 ans, et son chien guide Jamix.

Retrouvez ci-dessous une retranscription synthétique avec plein de photos :

Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Je m’appelle Nour-Eddine, je suis travailleur social et j’habite à Bordeaux avec ma compagne Tatiana, et mes deux petites filles de 1 et 6 ans. Je ne travaille malheureusement pas n’ayant pas trouvé de travail sur Bordeaux que je puisse exercer sans permis de conduire, mais j’ai été tout d’abord assistant social dans les services départementaux en région parisienne, puis éducateur de rue en associatif, avant de déménager en 2018 à Bordeaux.

Pour bien comprendre, quand et comment les chiens guides d’aveugles sont entrés dans ta vie ?

Je suis malvoyant de naissance du fait d’une malformation cornéenne en lien avec une maladie qui touche les organes (yeux, cœur, poumons…) sans nom dessus pour l’instant. Malgré une greffe de la cornée, j’ai quand même une dégénérescence du nerf optique qui me rend aveugle de l’œil gauche, et malvoyant de l’œil droit. J’ai toujours connu les chiens guides par l’école de Louviers en Normandie (qui a fermée depuis) par ma tante qui m’y amenait régulièrement et me faisait rencontrer des chiens guides. Grâce à mon reste visuel, jusqu’à mes 15 ans je n’utilisais pas du tout de canne blanche. A mon arrivée en région parisienne j’ai pris une canne blanche pour affronter la densité, ce qui ne me convenait pas…

J’ai fait rapidement une demande de chien guide en 2007, et j’ai accueilli Bongo de l’école de Paris en 2008. Il était tout calme et guidait super bien, même s’il a fallu que je m’adapte sans devancer, ni anticiper les réactions du chien par mon reste visuel à l’œil droit. Bongo est parti à la retraite mi-2015 dans sa famille d’accueil avec qui j’ai gardé contact, il est mort en 2019.

En 2015, j’ai très vite accueilli Inko sans vouloir repasser à la canne blanche (ce qui a peut-être été une erreur au final). J’ai remarqué qu’il avait quelques peurs, et ma fille venait de naître aussi, donc on a attendu de voir comment ça évoluait pour Inko, puis on l’a réformé.

A l’arrivée de ma fille en 2015, ma compagne Tatiana (qui est aussi aveugle) et moi avions tous les deux nos chiens guides de l’école de Paris, et il n’y a pas eu beaucoup de changement. La seule interrogation qu’on avait c’était l’organisation lors des sorties avec la petite et les chiens, notamment avec une poussette par exemple alors qu’on a besoin d’avoir le harnais en main. Très vite on s’est dirigé vers des moyens de portage (porte-bébé ou écharpe), à l’extérieur mais aussi à la maison pour cuisiner par exemple.

Au final j’ai fait une pause entre Inko et mon chien guide suivant, pour voir comment je me débrouillais à la canne et le temps que l’école me trouve un chien plus adapté à mon profil. En juin 2017, l’école m’a remis Jamix, et Tatiana a eu Oswan fin 2020, de l’école de Paris aussi mais en remise mutualisée avec l’école de Bordeaux. On a aussi accueilli notre deuxième petite fille en mai 2020, elles ont ainsi 1 et 6 ans aujourd’hui !

Le quotidien s’organise assez simplement, on a réussi à s’arranger avec l’école et la crèche pour pouvoir accéder aux lieux d’accueil avec nos chiens guides d’aveugle. Ce qui peut paraître compliqué c’est dans les déplacements avec un jeune enfant qui marche seul, on a trouvé des sacs à dos peluches, et la queue de l’animal nous sert de lien avec l’enfant, et nous libérer aussi les mains (car j’ai toujours une main sur le harnais du chien guide).

C’est aussi un apprentissage pour l’enfant vis-à-vis du chien guide, que ce soit dans les déplacements (comme un enfant s’adapterait avec la canne blanche), ou bien à la maison. Et surtout apprendre à faire confiance à son enfant, en lui donnant très rapidement les règles de sécurité dans la rue surtout, car très jeune elle marchait toute seule, toujours en parlant.

A l’arrivée de ma deuxième fille en 2020, c’est surtout de la vigilance à avoir, et apprendre aux filles la place des animaux, des chiens guides d’aveugles à la maison aussi. Elles savent aussi que c’est des chiens qui sont amenés à partir à la retraite à un moment donné, j’ai emmené les filles aux portes ouvertes, et au départ à la retraite des précédents chiens. C’est très important de faire participer les enfants à la vie des chiens guides d’aveugles.

Nour-Eddine est d’ailleurs administrateur d’un groupe Facebook Parents Aveugles.

D’ailleurs, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as appris ou découvert avec les chiens guides ?

C’est surtout les gens qui se décalent en voyant notre binôme arriver, beaucoup plus que quand j’étais à la canne blanche, ce qui est très agréable et rend fluide le quotidien.

As-tu fait une rencontre exceptionnelle grâce aux chiens guides ?

Quand on a un chien guide, on fait toujours des rencontres, car les gens viennent nous parler et faire connaissance. J’ai aussi eu de belles rencontres avec les éducateurs de mes chiens guides, notamment avec Thibaut, qui a éduqué Jamix, avec qui j’ai eu un bon contact.

Pour finir, quel est ton pire et ton meilleur moment avec les chiens guides ?

Le pire moment c’était avec Jamix, quand il s’est fait agressé par un chien en errance…

Le meilleur moment avec Jamix était lorsque je faisais des aller-retour entre Paris et Bordeaux pour trouver un appartement, et on est rentré d’une grosse journée à cause de la neige, et on a dû rentrer à pied sur 2 kilomètres dans la neige, il m’a guidé sans problème !

Merci beaucoup à Nour-Eddine pour son temps et son témoignage, grâce à qui j’ai beaucoup appris et qui servira je l’espère aux parents ou futurs parents accompagnés d’un chien guide ! Au plaisir de se croiser sur Bordeaux avec toute la famille !

2 réflexions sur “Nour-Eddine et Jamix – Être papa de jeunes enfants avec un chien guide

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