Voici AnaĂŻs qui est accompagnĂ©e au quotidien par Mozart, un beau Saint-Pierre de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne. C’est suite Ă  la perte brutale de sa vue encore très jeune qu’AnaĂŻs a dĂ©couvert les chiens guides et en tant qu’amoureuse des chiens, elle a tout de suite su qu’elle en voulait un pour l’accompagner. Mais comment ĂŞtre guidĂ©e par un chien guide dès l’âge de 12 ans ? Et quels chamboulements cette compagnie lui a-t-elle apportĂ©e en plus de l’aide au guidage ? Que ce soit avec sa première chienne guide Iffy ou Mozart aujourd’hui, AnaĂŻs nous raconte la confiance en soi et l’ouverture au monde que lui ont permis ses deux chiens guides alors que l’absence brutale de sa vue lui avait fait perdre tous ses repères… Elle revient aussi sur les moments forts et la grande famille que reprĂ©sente pour elle la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne qui remet tout spĂ©cifiquement des chiens Ă  des enfants de 12 Ă  18 ans.

Retrouvez la transcription intégrale en fin de page.

Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Je m’appelle AnaĂŻs, j’ai 19 ans, je suis non voyante depuis 9 ans, j’habite près de Rennes et je suis Ă©tudiante en BTS agricole et je suis accompagnĂ©e par mon chien guide Mozart.

Comment as-tu découvert les chiens guides d’aveugles et comment sont-ils entrés dans ta vie ?

Pour revenir à la perte de ma vue, c’est arrivé pendant notre expatriation en famille au Maroc, j’ai fait une encéphalite virale aiguë post-inflammatoire, une maladie auto-immune qui a détruit mes nerfs optiques. C’était tellement douloureux qu’ils m’ont plongé dans le coma, et en me réveillant j’étais non-voyante, donc à 9 ans je suis passée de voyante à non-voyante. En plus j’ai dû passer dans un centre de rééducation car j’avais perdu l’usage de mes membres, mais les autres avaient plutôt des handicaps moteurs et je n’avais personne à qui me confier sur le fait d’être aveugle… Quand je suis rentrée au centre pour non-voyants à Rennes, j’ai enfin pu échanger avec d’autres jeunes qui avaient aussi des problèmes de vue et on se comprenait !

Lors de ma première fête de l’école au centre de Rennes en juin 2013, j’ai rencontré la Fondation Frédéric Gaillanne qui était venue présenter les chiens guides d’aveugles. Etant fan des animaux, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir et j’ai pu tester le guidage avec le chien présent et son éducatrice, j’ai tout de suite dit à mes parents que j’en voulais un. L’éducatrice m’a proposé de venir passer une journée en février 2014 afin de me rendre compte de ce qu’était d’être guidée et de vivre avec un chien. Puis je suis revenue pour la pré-classe d’une semaine aux vacances de la Toussaint 2014, ça s’est très bien passé : j’ai juste adoré !

Retrouvez l’épisode 28 avec Bérénice et Opium, de la Fondation Frédéric Gaillanne

Ayant 12 ans en février 2015, on m’a proposé de participer à la classe de juillet 2015 où j’ai eu ma première chienne guide, Iffy, une labernois (labrador croisée bouvier bernois) sable. Je suis rentrée en 5ème avec Iffy, j’avais prévenu mon collège qui avait un peu d’appréhension sur le fait qu’elle perturbe les cours, un mot a été fait pour donner les consignes aux élèves, et une éducatrice de la Fondation a fait une réunion d’information pour tous les élèves du collège.

Iffy a eu un fort impact sur moi, car j’avoue que je m’étais beaucoup renfermée sur moi-même et pas très sociable. J’ai vraiment appris à m’ouvrir aux gens, à oser aller leur parler et leur parler du handicap, parce qu’il venait parler du chien ce qu’il ne faisait pas avec ma canne. D’ailleurs je ne me sentais pas à ma place avec la canne, le regard des gens était malaisant. Au contraire avec le chien, j’étais contente de sortir, de montrer que ma chienne savait bien travailler, que j’étais autonome, j’étais très fière de ma chienne, même pas de moi au final.

Retrouvez l’épisode 13 avec Keren et Miami, et la canne blanche à strass

Iffy m’a accompagnée tout mon collège depuis la 5ème, puis tout début du lycée puisqu’elle est décédée en 15 jours à la Toussaint du fait d’un cancer fulgurant de la rate… ça a été très dur, je l’emmenant vraiment de partout avec elle, et clairement je n’ai pas pu aller en cours pendant une semaine, j’ai perdu des kilos, ne mangeais plus, ne dormais plus. C’était violent pour moi.

Grâce au soutien de ma famille, de mes amis et de la Fondation, j’ai pu remonter plus facilement la pente, de retrouver le sourire, et de me remettre sur le chemin pour avoir un nouveau chien ce qui n’était pas possible dans ma tête… Je suis allée faire une pré-classe en avril 2019, les trois premiers jours ont été très durs vis-à-vis de l’absence d’Iffy depuis 6 mois. J’ai craqué sur l’une des chiennes que j’ai testé qui m’a fait me rendre compte que je ne pouvais pas continuer sans chien, et ai dit à la Fondation que j’étais partante pour un nouveau.

Je suis allée à la classe de juillet 2019, j’ai testé plusieurs chiens dont Mozart avec qui j’ai eu un peu de mal au départ car nous avons tous les deux notre caractère ! Mais il m’a vite donné tout son amour et on est devenus inséparables. Mozart est un Saint-Pierre (croisement de deux labernois) tout noir avec le poitrail et le bout des pattes et de la queue bien blanc. J’ai ensuite fait ma rentrée en 1ère à ses côtés, tout le monde le connaissait comme la mascotte.

Actuellement je suis en 1ère annĂ©e de BTS ACSE – Analyse Conduite et StratĂ©gie de l’Entreprise agricole – avec comme projet de monter un Ă©levage de chèvres pour faire du fromage fermier, avec si possible un Ă©levage Ă©quin. On a donc ces deux passions chiens guides et chèvres en commun, et on est ensemble ces jours Ă©tant ta stagiaire !

D’ailleurs, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as découvert avec les chiens guides ?

J’ai trouvé une vraie famille dans la Fondation, je m’attendais à ce que ça soit dur d’être 3 semaines loin de chez moi par exemple, mais j’ai été très entourée et je le suis encore. Que ce soient les familles d’accueil, l’équipe de la Fondation, les amis de promo, les parrains etc.

Quels ont été pour toi les avantages ou au contraire les inconvénients à avoir un chien guide si jeune ? Et quels sont les éléments à prendre en compte ?

Inconvénient ? Moi j’en trouve pas, et je pars du principe que si tu n’acceptes pas mon chien, tu ne m’acceptes pas, parce qu’il fait partie de moi et que tu m’aimes pas assez pour l’accepter. C’est sûr qu’il y en a pour certaines personnes (ramasser les déjections, ne plus aller à la piscine), je peux voir les inconvénients pour les autres, mais je ne les vois pas pour moi.

Et dans les avantages, c’est un réel soutien au quotidien, au niveau de la fluidité dans les déplacements c’est sans mesure de comparaison ! Pour cette semaine de stage à Paris, sans lui je ne pourrais pas venir ce serait trop compliqué. Mais aussi en autonomie et en confiance en soi, si Mozart n’est pas là, je ne m’en sens pas capable, je ne peux pas.

Mes parents ont été assez investis pour m’emmener et me ramener du stage, il faut vraiment que ce soit un projet familial car le chien en plus va vivre avec la famille à la maison.

Est-ce que tu as été bluffée par Mozart et/ou Iffy ?

Avec Mozart, c’est sa mémoire, je reste toujours impressionnée : je fais une fois un trajet, il peut me le refaire même un mois après ! A chaque fois, comme hier soir avec le trajet du matin qu’il a su refaire à l’envers. Je suis toujours autant épatée de sa mémoire, et il le sait !

Chez Iffy, sa capacité d’apprendre était bluffante. Elle comprenait très vite ce que je lui demandais : fais le beau, salut, saute dans les bras, le 8 entre les jambes, et plein de tours !

As-tu fait une rencontre exceptionnelle grâce aux chiens guides ?

Il y a beaucoup de personnes, sans ordre d’importance, notamment mes deux parrains de classe de la Fondation (Thierry Jouan et Jean-Pierre Jeunet), trois amies proches, l’équipe de la Fondation, la famille d’accueil de Mozart, et encore d’autres !

Pour finir, quel est ton pire et ton meilleur moment avec les chiens guides ?

Le pire moment était avec le départ d’Iffy, c’est la pire chose qui ait pu m’arriver…

Un grand moment, en dehors de mes deux remises de chien, c’était la grande randonnée qu’on a faite l’été dernier avec Mozart et mon copain dans les Pyrénées. On est montés tellement haut qu’il y avait de la neige, et Mozart était tellement heureux, c’était merveilleux !

Merci à Anaïs qui a enchainé une journée de stage avec notre enregistrement dans nos bureaux, une grande première également pour moi, avec un montage express en quelques jours !

Transcription intégrale

 

E.

Bonjour et bienvenue sur le podcast futur chien guide, le seul podcast sur l’univers des chiens guides d’aveugles soutenu depuis cette annĂ©e par la FFC et l’ANM’s Chiens Guides. Je m’appelle Estelle. Je suis passionnĂ©e par les chiens guides d’aveugles et bĂ©nĂ©voles pour cette cause Ă  Paris. Je suis d’ailleurs persuadĂ©e que l’univers des chiens guides d’aveugles mĂ©rite d’ĂŞtre mieux connu. En tant qu’amoureux des chiens, futurs bĂ©nĂ©ficiaires ou autres curieux comme moi, vous croisez parfois des chiens guides d’aveugles et leurs maĂ®tres en vous demandant : « Mais comment font-ils pour se dĂ©placer dans nos rues toujours plus agitĂ©es ? ». Ce podcast est le seul qui vous propose, au fil de rencontres enrichissantes, de dĂ©crypter l’univers des chiens guides d’aveugles pour comprendre par qui et comment ils sont Ă©duquĂ©s, mais aussi de dĂ©couvrir leur rĂ´le dans le quotidien de leurs maĂ®tres et les bouleversements Ă  leur arrivĂ©e, ou encore comment agir quand vous croisez un tel binĂ´me. Après un Ă©pisode au format inĂ©dit, en immersion, que je vous encourage Ă  foncer Ă©couter (si ce n’est pas dĂ©jĂ  fait), voici un nouvel Ă©pisode oĂą je vous prĂ©sente AnaĂŻs, qui est accompagnĂ©e au quotidien par Mozart, un beau St-Pierre de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillane. C’est suite Ă  la perte brutale de sa vue, encore très jeune, qu’AnaĂŻs a dĂ©couvert les Chiens Guides. Et en tant qu’amoureuse des chiens, elle a tout de suite su qu’elle en voulait pour l’accompagner. Mais comment ĂŞtre guidĂ©e par un chien guide dès l’âge de 12 ans ? Et quel chamboulement cette compagnie lui a t-elle apportĂ©e, en plus de l’aide au guidage ? Que ce soit avec sa première chienne guide Iffy ou Mozart aujourd’hui, AnaĂŻs nous raconte la confiance en soi et l’ouverture au monde que lui ont permis ces deux chiens guides, alors que l’absence brutale de sa vue lui avait fait perdre tous ses repères. Elle revient aussi sur les moments forts et la grande famille que reprĂ©sente pour elle la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, qui remet tout spĂ©cifiquement des chiens Ă  des enfants de 12 Ă  18 ans. Et maintenant, place Ă  l’Ă©pisode !

E.

Eh bien, bonjour AnaĂŻs.

A.

Bonjour Estelle.

E.

Je suis hyper ravie d’Ă©changer avec toi ce soir. Parce que du coup, c’est un contexte un peu particulier, mais d’abord, est ce que tu peux te prĂ©senter ?

A.

Donc, je m’appelle AnaĂŻs, je suis non-voyante depuis 9 ans. J’habite près de Rennes et je suis Ă©tudiante en BTS Agricole. Et avec moi, du coup, j’ai mon chien guide, Mozart.

E.

D’accord, donc, tu nous dit si on veut reprendre un peu le fil de l’histoire : tu es non-voyant depuis que tu as 9 ans ? Oui « depuis » il y a 9 ans ?

A.

Il y a 9 ans.

E.

Et alors, comment ça s’est passĂ© les premiers pas pour toi ? Comment tu as, du coup, dĂ©couvert ta mal-voyance, peut ĂŞtre ?

A.

Alors moi, c’est un peu compliquĂ© parce que du coup, en fait… Mon papa travaillait dans les chantiers maritimes.

E.

Ouais.

A.

Du coup, on Ă©tait en expatriation au Maroc et lĂ -bas, j’ai fait une encĂ©phalite virale aiguĂ« post-inflammatoire ou une maladie Ă  se tirer les cheveux. En fait, c’est une maladie auto-immune qui a dĂ©truit mes nerfs optiques. Et comme c’Ă©tait une maladie très douloureuse, ils m’ont plongĂ© dans le coma et en me rĂ©veillant j’Ă©tais non voyante. Donc je suis passĂ©e de voyante complète, Ă  non-voyante complète.

E.

Donc, tu Ă©tais voyante pendant ces neuf premières annĂ©es…

A.

Et je suis non-voyante depuis 9 ans.

E.

D’accord. Et comment ça s’est passĂ© pour toi, les premiers temps de cette non-voyance ? J’imagine que ça a dĂ» ĂŞtre un peu rude quand mĂŞme ?

A.

Ben en fait, surtout, ce qui Ă©tait compliquĂ©, c’est que dĂ©jĂ , au dĂ©part, j’Ă©tais Ă  l’hĂ´pital, donc un peu loin de tout le monde. Et puis, Ă  9 ans quand les mĂ©decins expliquent que tu as perdu la vue, c’est pas très comprĂ©hensible. Enfin, tu ne comprends pas trop. En plus « nerf optique », c’est clairement un mot…

E.

Que tu n’avais jamais entendu ?!

A.

VoilĂ , c’est ça. Et après, en plus, le fait d’ĂŞtre alitĂ© et tout, j’ai dĂ» passer dans un centre de rĂ©Ă©ducation parce que je ne pouvais plus marcher. Sauf que lĂ -bas, c’est plutĂ´t des handicaps moteurs qu’il y a. Donc,  je n’avais personne Ă  qui me confier sur le fait d’ĂŞtre aveugle, c’Ă©tait un peu compliquĂ©. Donc, ce qui m’a fait un peu du bien, c’est quand je suis rentrĂ© Ă  l’Ă©cole au Centre Angèle Vannier, Ă  Rennes, pour non-voyants/malvoyants. Et du coup, j’ai pu enfin rencontrer des gens qui avaient des problèmes visuels et avec qui, j’ai pu enfin Ă©changer et comprendre que je n’Ă©tais pas la seule touchĂ©e par ça. Et que, du coup, il y avait des jeunes de mon âge avec qui je pouvais en parler et jouer avec. On se comprenait, quoi, parce que -ce qui est normal mais- mes amis qui Ă©taient voyantes au dĂ©part, elles ne savaient pas trop comment s’y prendre et trouver des jeux adaptĂ©s : c’est compliquĂ©. Après quand on est petits, on trouve toujours des solutions.

E.

Oui ! Ha ! Ha !

A.

Clairement !  Dès qu’on pouvait ĂŞtre Ă  deux, du coup, mes amis m’emmenaient : il n’y avait aucun souci. C’Ă©tait juste le temps de rencontrer des gens dans la mĂŞme situation pour pouvoir en parler, c’Ă©tait dur.

E.

Après, oui, tu t’es rendu compte du coup que tu as pu avoir des Ă©changes tout simplement avec d’autres personnes. Et donc lĂ , ça a commencĂ© Ă  ouvrir un peu le champ des possibles pour toi. Et avec cette nouvelle composante, on va dire dans ta vie qui n’Ă©tait pas forcĂ©ment prĂ©vue.

A.

MĂŞme pas du tout. Ha !

E.

Ha ! Ha ! Et comment ça s’est passĂ© ? Du coup, tu nous a parlĂ© de ce centre Ă  Rennes oĂą tu allais. Mais je crois aussi que dans tes jeunes annĂ©es, tu t’es rapprochĂ© des Chiens Guides. Comment t’as dĂ©couvert ? Est-ce que tes parents connaissaient le mouvement Chiens Guides ? Ou est-ce que toi, tu en avais dĂ©jĂ  entendu parler ? Comment c’est arrivĂ© dans ta vie ?

A.

Ben alors, mes parents ont dĂ©couvert clairement le handicap en mĂŞme temps que moi puisque du coup, ça n’a pas du tout Ă©tĂ© progressif. Ça a Ă©tĂ© un peu une dĂ©couverte pour tout le monde. Du coup, je suis arrivĂ©e au centre en novembre 2012. Et en fait, du coup, Ă  la fĂŞte de l’Ă©cole en juin 2013. Du coup, la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillane est venue pour prĂ©senter les Chiens Guides. Donc il y avait une Ă©ducatrice avec un chien et du coup, bah moi, fan des animaux, j’ai pas pu m’empĂŞcher d’aller voir !

E.

Ouais.

A.

Ce qui fait que j’ai pu tester un peu de marche avec. Et lĂ , j’ai regardĂ© mes parents en disant : « J’en veux un ! ». On en a discutĂ© avec l’Ă©ducatrice qui m’a dit que je pouvais venir faire un stage dĂ©couverte dĂ©jĂ  pour faire une journĂ©e avec un chien et me rendre compte de ce que c’Ă©tait. Parce que, pour le coup, j’Ă©tais vraiment jeune, j’avais 10 ans. C’est quand mĂŞme pas rien d’avoir un chien Ă  10 ans !

E.

Oui. Et puis on rappelle qu’on a dĂ©jĂ  fait un Ă©pisode (l’Ă©pisode28 avec BĂ©rĂ©nice) sur la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne. Et on le rappelle la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne remet des chiens Ă  des enfants entre 12 et 18 ans. Ce qui ne veut pas dire qu’on commence avant la sensibilisation, l’approche du Chien Guide auprès de la Fondation. Et c’est ce que toi tu as fait, du coup, dès tes 10 ans on t’a dit : « Tu peux venir faire une journĂ©e pour apprendre un peu plus si ça pourrait convenir. ». C’est ça l’idĂ©e ?

A.

C’est ça. Bah, dĂ©couvrir et puis me rendre compte ! Parce que moi, Ă  10 ans, je voyais un chien ; c’Ă©tait un chien. Enfin, on ne voit pas derrière tout ce qu’il y a. Le temps, quand mĂŞme, qu’on doit lui consacrer Ă  aller jouer… Et puis, c’est quand mĂŞme un chien de travail, c’est-Ă -dire qu’il faut avoir des dĂ©placements et il faut aussi prĂ©voir de se dĂ©placer. Et, Ă  10 ans, tu te dĂ©places rarement seule. Enfin c’est plein de choses comme ça. Et puis mĂŞme t’as une histoire de ramasser les besoins ; pour moi, c’Ă©tait un peu mes parents qui aillaient le faire.

E.

Ha ! Ha ! Ha !

A.

C’est pas le truc oĂą tu rĂ©alises tout de suite. J’ai fait mon premier stage qui s’est très bien passĂ© en fĂ©vrier 2014. Puis, ils m’ont dit que je pouvais revenir pour faire du coup une prĂ©-classe d’une semaine, donc aux vacances de la Toussaint 2014. Du coup, j’ai retestĂ© un chien avec qui ça s’est très bien passĂ©. Clairement, j’ai juste adorĂ© ! Ha !

E.

Ouais.

A.

Donc tout de suite, ça a a Ă©tĂ©. Comme j’allais avoir 12 ans en mars 2015, je pouvais venir Ă  la classe de juillet 2015 pour avoir, du coup, ma première chienne guide que j’ai eue le 19 juillet 2015.

E.

Donc, Ă  tes 12 ans (et quelques ha ! ha !), on t’a remis en tout cas ta première chien guide.

A.

Oui.

E.

Qui Ă©tait de quelle race et qui s’appelait comment ?

A.

Alors, c’Ă©tait un labernois, donc le labrador croisĂ© bouvier bernois. Il s’appelait Iffy et elle avait 2 ans.

E.

Donc Labernois, en termes de couleurs, c’est du noir et du blanc. Ça ressemble quand mĂŞme pas mal au bouvier bernois.

A.

Alors moi, c’Ă©tait mĂŞme pas ça. Elle Ă©tait sable ! Elle ne tenait vraiment que du Labrador.

E.

C’est ce qui me semblait. J’ai vu des photos d’elle et toi, on en remettra sur l’article de l’Ă©pisode. On imagine souvent plus noir et blanc. Mais non, la tienne, Iffy, Ă©tait complètement sable !

A.

Oui, mais après, ils sont gĂ©nĂ©ralement noirs. Parce que je vois, par exemple, on Ă©tait 9 et sur les 9 il n’y avait, quand mĂŞme, que du sable. Donc, c’est quand mĂŞme beaucoup plus frĂ©quent des noirs avec la tache blanche au niveau du poitrail plutĂ´t que sable.

E.

Donc toi, tu as Iffy Ă  12 ans. Tu en Ă©tais oĂą au niveau scolaire, du coup ?

A.

Je rentrais en 5e.

E.

Donc, tu as fait Ă  rentrer en 5ème avec Iffy. Comment ça s’est passĂ© les premiers temps ? Est-ce que t’avais fait un peu de prĂ©paration au niveau du collège ? Comment ça s’est organisĂ© ?

A.

Du coup, j’avais prĂ©venu mon collège. Eux, ils n’avaient aucun souci, juste un peu d’apprĂ©hension que le fait que ça fasse un peu de perturbations en classe. Ce que je peux comprendre, ils ne connaissaient pas du tout le monde des Chiens Guides non plus. Je les ai prĂ©venus. Ils ont aussi fait un mot pour la rentrĂ©e suivante oĂą j’arrivais avec Iffy, pour prĂ©venir tous les Ă©lèves qu’il ne fallait ni la toucher, ni la caresser, ni l’appeler, ni lui donner Ă  manger. Que c’Ă©tait un chien de travail et qu’elle m’accompagnerait, mais qu’Ă  aucun moment, c’Ă©tait clairement un animal de foire, quoi. Il y a aussi Ă  la rentrĂ©e, une Ă©ducatrice de la Fondation qui est venue pour le redire, pour que tous les Ă©lèves le sachent.

E.

D’accord.

A.

Par contre, dans ma classe, le premier jour, je l’ai lâchĂ©e pour que, quand mĂŞme, elle aille voir un peu tous les gens qui allaient ĂŞtre dans ma classe et qui allaient m’accompagner toute l’annĂ©e. Pour que eux puissent quand mĂŞme la voir. Surtout que dans ma classe, il y avait quand mĂŞme trois personnes qui avaient une phobie des chiens. Bon y en a une, c’est passĂ©. Il y en a une, pas du tout. Ça a vraiment Ă©tait une rentrĂ©e oĂą les Ă©lèves Ă©taient vraiment hyper contents et oĂą on respectait franchement super bien.

E.

Donc, tu as fait une rentrée en bonne compagnie.

A.

C’est ça !

E.

Il y a eu, quand mĂŞme, – tu nous disais- une prĂ©sentation, une sensibilisation un peu officielle avec une personne de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillane.

A.

Oui.

E.

Je pense que ça a dĂ» aussi, un peu, officialisĂ© le fait que c’Ă©tait dans un cadre, un processus. Et c’est vrai que l’apprĂ©hension – alors moi j’ai la mĂŞme quand j’ai des chiens en relais – mais les gens pensent toujours que ça va perturber. Bon, lĂ , on a Mozart, on en parlera après qui dort allĂ©grement et qui ne nous perturbe pas nos journĂ©es en ce moment. On peut comprendre que cette apprĂ©hension lĂ , en tout cas, qui, au final, n’est pas justifiĂ©e. Je pense que ça, s’est prouvĂ© dans le reste de l’annĂ©e avec Iffy Ă  tes cĂ´tĂ©s. Ça n’a pas forcĂ©ment bouleversĂ© l’ambiance de la classe, ça n’a pas mis trop le bazar. Ha ! Ha !

A.

Ha non, non ! MĂŞme au bout d’un mois, ils me l’ont dit clairement et ont fait : « Bah, on est dĂ©solĂ©s pour tout ce qu’on a pu dire au niveau apprĂ©hension. ». Ils Ă©taient mĂŞme contents qu’elle soit lĂ , parce qu’au final, elle dĂ©tendait la classe. Par exemple, quand elle soupirait ou des choses comme ça : c’Ă©tait des choses au dĂ©but auxquelles on n’est pas habituĂ©s, donc tout le monde rigolait. Ça dĂ©tendait vraiment la classe ! Et ils Ă©taient mĂŞme plutĂ´t contents de ce que ça pouvait apporter Ă  la classe plutĂ´t qu’au final, les perturbations sur lesquelles on pensait que ça allait avoir quoi (et qui en avait pas du tout).

E.

Ouais, donc ça avait un effet positif. C’est ce que je dis. Je crois que je l’ai dĂ©jĂ  racontĂ© une ou deux fois, mais bon, je vais radoter alors… Les premières fois oĂą mon copain avait emmenĂ© des chiens en relais dans l’open space (puisqu’il Ă©tait Ă  l’Ă©poque), ça avait un peu Ă©tĂ© la mĂŞme chose parce que le chien dormait. Et puis, au final, ça avait un peu calmĂ© les collègues parce que la première balle que d’habitude ils se lançaient les uns les autres… Au premier rebond, tu imagines la situation ? Il y avait la miss qu’on avait en relais qui Ă©tait intervenue et qui alors dormait normalement derrière ClĂ©ment. Et ça avait Ă©tĂ© assez rigolo. Et finalement, ça avait un peu calmĂ© le jeu de balle, on va dire. Parce qu’il y avait quelqu’un de plus rĂ©actif, tout simplement ! Ha ! Ha !  Et ça avait Ă©tĂ© assez rigolo de voir comment ça se faisait, etc. Et qu’est ce que ça va changer ? Tu as vu une diffĂ©rence entre ta classe de 6e non-accompagnĂ©e d’un chien guide et ta classe de 5e ? Dans ton quotidien, par exemple ?

A.

Alors sur ma classe, non, mais sur mon comportement Ă  moi, oui. Parce que au dĂ©part, quand mĂŞme… MĂŞme si ça m’a fait du bien d’avoir du coup eu des Ă©changes avec des personnes non-voyantes. Mais je m’Ă©tais vraiment beaucoup renfermĂ©e sur moi et… Je n’Ă©tais pas très sociable clairement, il faut le dire. J’Ă©tais un peu : dès qu’on me proposait de l’aide, je repoussais les gens. Parce que pour moi, c’est en mode : « Bah OK, il veut m’aider, soit-disant parce que je ne peux rien faire ». Alors que, c’Ă©tait gentiment et que clairement, quand on non-voyant, on ne peut pas tout savoir faire du premier coup. Donc, en fait, c’est surtout sur moi que ça a eu vraiment un gros impact. On peut le dire parce qu’en fait, j’ai vraiment rĂ©appris Ă  m’ouvrir aux gens, Ă  oser aller leur parler. MĂŞme oser parler du handicap parce qu’ils venaient me parler du chien. Je me suis rendue compte que, de toute façon, il fallait bien que j’apprenne Ă  vivre avec mon handicap parce que je l’aurai Ă  vie. Et du coup, c’est vraiment sur moi que ça a eu un impact vraiment très positif parce que j’ai appris Ă  me rĂ©ouvrir aux gens, Ă  oser en parler, Ă  oser me balader clairement puisqu’avant – en plus avec la canne-, je n’aimais pas du tout, mais pas du tout le regard.

E.

C’est ce qu’allais te demander.

A.

C’est ça.

E.

Parce que tu as eu quand mĂŞme une canne, une prĂ©-canne ? Comment ça s’est passĂ© pour toi quand tu as perdu la vue ? Est-ce que c’Ă©tait plutĂ´t : « non, pas du tout »? En gĂ©nĂ©ral, c’est plutĂ´t ça, mais comment tu l’as vĂ©cu, toi ?

A.

C’Ă©tait non, pas du tout, mais en mĂŞme temps, pas le choix. Donc bon… Ha !

E.

Ha ! Ha ! C’est un peu ça en gĂ©nĂ©ral, hein.

A.

Bah ouais, c’est un peu le souci parce que je disais : « non, pas du tout », mais je voulais continuer Ă  voir mes amis et voir des amis sans pouvoir se dĂ©placer, ça devient quand mĂŞme compliquĂ©… Donc, le « non, pas du tout » a fait que je n’ai pas eu le choix. Mais par exemple, si j’allais en magasin, je la rangeait. Je n’osais pas, je me sentais mal : les gens je trouvais qu’ils ne me regardaient pas bien. Je me sentais vraiment Ă  ma place, donc je la sortait pas. Alors que lĂ , vraiment, avec le chien, j’Ă©tais contente de sortir, de montrer que ma chienne savait bien travailler et que je pouvais faire des trajets, me dĂ©placer toute seule, que j’Ă©tais autonome, de montrer Ă  mes parents que j’en Ă©tais capable. Alors qu’Ă  la canne, je ne l’aurais jamais fait parce que d’une je n’aimais pas le regard, je ne me sentais pas du tout rassurĂ©e toute seule. Alors que lĂ , le chien, en fait, il me rassurait Ă©normĂ©ment. Alors que pourtant, c’est nous qui donnons les directions… Donc si on se goure de direction, dans tous les cas, on sera perdus ! Ha !

E.

 Ha ! Ha !

A.

Mais sauf que vraiment, d’avoir ma chienne, elle a appris Ă  me donner confiance et du coup, Ă  me montrer que j’en Ă©tais capable. Donc ça a vraiment Ă©tĂ© un gros effet positif pour moi parce que j’ai vraiment appris Ă  me faire confiance, et puis Ă  accepter le handicap alors qu’avant… vraiment, pour moi, c’Ă©tait non. Le nombre de personnes que j’ai repoussĂ©, mais vraiment mĂ©chamment… Il y a mĂŞme des gens qui m’ont dit : « Il y a vraiment eu un gros changement entre le avant et le après du chien. C’Ă©tait vraiment. C’est vraiment flagrant. »

E.

C’est vrai que lĂ , parmi les invitĂ©s, jeunes ou moins jeunes d’ailleurs, la canne, c’est vraiment quelque chose qui peut ĂŞtre une hantise. Et de toute façon, le regard de la sociĂ©tĂ© sur quelqu’un avec une canne n’est pas le mĂŞme que sur quelqu’un avec un chien. Tu l’as vu et tu es passĂ©e, peut-ĂŞtre, de la fille Ă  la canne, Ă  la fille au chien ?! Ha ! Ha !

A.

C’est exactement ça !

E.

Oui, je crois que BĂ©rĂ©nice m’avait tĂ©moignĂ© la mĂŞme chose en disant qu’au final, ça prend le pas sur le handicap, alors que c’est du fait du handicap que tu Ă©tais accompagnĂ©e.

A.

Oui et je dirais mĂŞme qu’en fait, j’osais sortir parce que j’Ă©tais fière de ma chienne. C’est mĂŞme pas de moi au final, mais vraiment fière de ma chienne, de ce qu’elle sait faire, ce qu’elle pouvait m’amener. Enfin, pour moi, c’Ă©tait une fiertĂ© de l’avoir, elle. Parce qu’elle Ă©tait mais… J’Ă©tais vraiment impressionnĂ©e. Alors que pourtant elle me montrait un passage piĂ©ton et tout. Mais Ă  chaque fois qu’elle me le montrait, j’Ă©tais trop contente parce que « wow, elle sait le faire ! ». Alors que c’est quand mĂŞme impressionnant, je trouve, et du coup, mĂŞme moi, j’Ă©tais fière d’elle. Et il y a vraiment une fille avant et après. Puisqu’en fait, c’est d’elle dont j’Ă©tais fière et du coup, ça a vraiment changĂ©. Du coup, j’osais en parler, enfin quand les gens venaient me parler d’elle, ça ouvrait vraiment la discussion. Alors que la canne c’est un peu compliquĂ© d’aborder, quand mĂŞme…

E.

Ouais, Karen nous disait dans l’Ă©pisode 13, qu’elle avait essayĂ© de mettre des strass un peu sur sa canne, mais que ça n’avait pas du tout le mĂŞme effet que sa jolie Miami, son berger allemand qui l’a guidait, sa chienne guide. Mais bon, elle avait tentĂ©. Donc, au final, Ă  12 ans, tu es rentrĂ©e en cinquième. Du coup, est-ce que tu as peut ĂŞtre fait les trajets de manière beaucoup plus autonome ?

A.

Ben alors, les trajets beaucoup plus autonomes. Après moi, j’habite en campagne donc je n’avais pas le choix que de prendre un taxi pour y aller. Mais il y a quand mĂŞme des trajets, par exemple pour aller de mon collège au centre pour des rendez-vous. Du coup, j’ai pu les faire seule. Puis ça rassurait aussi mes parents de savoir que j’avais la chienne avec moi et que je n’Ă©tais pas toute seule, lâchĂ©e en pleine nature. VoilĂ , ça les a quand mĂŞme beaucoup rassurĂ©s aussi. Donc, c’est vrai que dĂ©jĂ , ça m’a permis de faire ce dĂ©placement que je n’avais jamais fait auparavant. Je ne me sentais pas capable et je ne voulais pas le faire, du coup. Ça m’a permis de faire certains trajets, puis mĂŞme du coup, accompagnĂ©e de mes amis, de pouvoir me dĂ©placer vraiment seule et pas de les tenir au bras comme je faisais avant.

E.

Oui, d’ĂŞtre autonome dans ton dĂ©placement grâce au guidage de Iffy, qui faisait ça magnifiquement bien.

A.

C’est ça !

E.

Donc, vous avez passĂ© 12 annĂ©es avec Iffy. Comment ça s’est passĂ© ? Elle t’a accompagnĂ©e pendant le collège, peut-ĂŞtre un peu après?

A.

Alors elle m’a accompagnĂ©e dans tout mon collège et elle m’a accompagnĂ©e vraiment au tout, tout, tout dĂ©but de mon lycĂ©e. Parce qu’Iffy est dĂ©cĂ©dĂ©e le 3 novembre 2018 et je suis rentrĂ©e en seconde en septembre 2018. donc c’Ă©tait vraiment tout au dĂ©part. Parce qu’elle m’a fait un cancer fulgurant de la rate. Donc, elle est dĂ©cĂ©dĂ©e en quinze jours.

E.

Mon Dieu !

A.

Donc, c’est pour ça. Ça a Ă©tĂ© un arrĂŞt un peu brutal. En gros, elle m’a guidĂ©e pendant les deux premiers mois, et pendant les vacances de la Toussaint, tout s’est stoppĂ© d’un coup !

E.

Ça a dĂ» ĂŞtre très, très dur, cette Ă©preuve…

A.

Ça a Ă©tĂ© très dur parce qu’en plus, Ă©tant ma première chienne, j’avais une très, très forte relation avec elle. Je l’emmenais partout. Le seul endroit oĂą elle ne me suivait pas, c’est Ă  l’Ă©quitation, puisque je voulais pas lui faire prendre le risque de justement se faire botter par un cheval ou des choses comme ça. Donc, c’est vraiment le seul endroit oĂą elle ne me suivait pas. Sinon, elle faisait tout avec moi et je n’allais mĂŞme plus Ă  la piscine parce que je pouvais pas l’emmener. Je faisais vraiment, je faisais tout pour ĂŞtre avec elle ! Pendant une semaine, clairement, je n’ai pas pu aller en cours. J’ai perdu des kilos. Je ne mangeais plus, je ne dormais plus. C’Ă©tait vraiment violent. Limite, on a du me mettre sous mĂ©dicaments pour vraiment essayer de me faire remonter la pente. Du coup, j’avais des carences. Enfin c’Ă©tait un peu catastrophique.

E.

Mais en mĂŞme temps, c’est normal. C’est une Ă©preuve qui n’est pas facile.

A.

C’est ça.

E.

Tu Ă©tais quand mĂŞme jeune – et jeune ou moins jeune, ça reste une Ă©preuve compliquĂ©e -. Comme tu dis, c’est la première chienne guide. Et puis tu l’as si bien dit, il y a eu un avant et un après.

A.

 Vraiment, la chance que j’ai eue, c’est que j’ai eu un très, très gros soutien et de ma famille et de mes amis et de la fondation qui m’a vraiment permis de… Alors ce n’est pas une Ă©preuve moins douloureuse parce que ce n’Ă©tait pas possible, mais qui m’a permis de remonter plus facilement la pente et qui m’a permis de retrouver le sourire quand mĂŞme plus rapidement et de me remettre sur le chemin pour avoir un nouveau chien. Parce que clairement, dans ma tĂŞte, ce n’Ă©tait pas possible. Et sans leur soutien Ă  tous, de toute façon, je n’en aurais pas Ă©tĂ© capable parce que dans ma tĂŞte, c’Ă©tait Iffy et personne d’autre, quoi. Donc, franchement, leur soutien Ă©tait vraiment indispensable pour que je remonte la pente et que ça aille mieux. Parce que en plus, en quinze jours, c’est vraiment très brutal donc c’est… Enfin, et puis, Ă  15 ans, c’est un peu difficile de voir sa chienne souffrir comme ça. Vous savez, de toute façon que vous ĂŞtes inutile, un cancer on sait très bien qu’on ne peut rien faire. Ça a vraiment Ă©tĂ© une dure Ă©preuve. Mais enfin, je remercie vraiment la Fondation, ma famille, mes amis, d’avoir Ă©tĂ© lĂ  parce que c’est vraiment ce qui m’a permis de remonter après son dĂ©cès.

E.

Donc ça, c’Ă©tait au dĂ©but de ton lycĂ©e ?

A.

C’est ça !

E.

Grosse Ă©preuve Ă  l’entrĂ©e du coup pour toi. Tu as remontĂ© la pente en quelques mois quand mĂŞme, parce que je pense que ce n’est pas forcĂ©ment quelque chose qui se fait du jour au lendemain.

A.

Non.

E.

Ça a Ă©tĂ© sur le parcours scolaire, ça t’as un peu perturbĂ© aussi, peut-ĂŞtre?

A.

Il n’Ă©tait pas ‘fameux’ on va dire. Il valait mieux prendre exemple sur quelqu’un d’autre on va dire ça comme ça !

E.

Mais c’est normal.

A.

Oui.

E.

C’est une situation de deuil de toute façon, c’est vrai qu’on parle pas souvent des deuil vis-Ă -vis des animaux, mais ça reste quand mĂŞme, surtout avec la relation hyper fusionnelle que tu avais avec Iffy.

A.

C’est ça !

E.

Et qu’est ce qui s’est passĂ© du coup pour toi ensuite ? Donc, tout le monde t’a remis un peu le pied Ă  l’Ă©trier ?

A.

C’est ça ! Parce que du coup, moi, je leur disais que je ne voulais pas de chiens.

E.

Oui c’est souvent ce qu’on entend que le premier souvent… « Est-ce qu’il est irremplaçable ou pas ? » c’Ă©tait un peu ta question, j’imagine Ă  l’Ă©poque ?

A.

C’Ă©tait mĂŞme pas une question, elle Ă©tait irremplaçable ! Il n’y avait pas de questions Ă  se poser, c’Ă©tait non ! Et du coup, oui, mes amis, ma famille m’ont dit clairement : « AnaĂŻs, de toutes façons, tu ne peux pas vivre sans chien. C’est clair, c’est net, tu vis pour les animaux. Donc va falloir que tu t’y remettes ». Et puis la fondation m’a appelĂ©e, m’a beaucoup soutenue, m’a dit: « Tu sais, AnaĂŻs, on ne t’oblige pas Ă  en reprendre un, mais viens au mois faire une prĂ©-classe : revoir des chiens, remarcher avec, après, on verra ce que tu en dis. On ne t’obliges pas, mais tu devrais tester. » Puis, Ă  force de parler avec la Fondation, ils ont quand mĂŞme rĂ©ussi Ă  me convaincre.

E.

D’accord !

A.

Ce qui fait que je suis allĂ©e faire une prĂ©-classe au mois d’avril, du coup 2019. Les trois premiers jours : très durs… Parce que forcĂ©ment, mĂŞme si ça faisait six mois que ma chienne Ă©tait dĂ©cĂ©dĂ©e, revoir un autre chien, je n’en avais pas revus entre temps, je n’avais pas remarchĂ© au harnais entre temps. Donc forcĂ©ment j’avais Iffy en tĂŞte, donc ça a Ă©tĂ© très dur et j’ai craquĂ© sur l’une des chiennes que j’ai testĂ©es et qui m’a fait me rendre compte que oui, effectivement, ça allait ĂŞtre difficile de vivre sans chien. Donc, j’ai dit Ă  la Fondation que j’Ă©tais partante pour revenir, pour avoir un nouveau toutou qui partage ma vie de nouveau jusqu’Ă …  le plus longtemps possible, jusqu’Ă  temps qu’ils peuvent. C’est pour ça que je suis allĂ©e Ă  la classe de juillet 2019.

E.

Donc lĂ , t’Ă©tais un peu Ă  nouveau ouverte en espĂ©rant trouver un peu le coup de coeur qui prendrait la suite, mĂŞme si on n’oublie pas les premiers dans tous les cas. Et donc, qu’est ce qui s’est passĂ© Ă  cette classe de juillet 2019 ?

A.

Du coup, j’ai testĂ© plusieurs chiens. Il y avait Mozart dans le lot.

E.

Que nous avons Ă  nos pieds !

A.

Qui Ă©tait lĂ . Et donc, du coup, avec Mozart, on a eu un peu de mal au dĂ©part parce que bah, lui a un petit peu de caractère. J’ai aussi mon caractère, mais ça c’est vite fait. Franchement, c’est une vraie boule d’amour qui est très tĂŞtu, donc faut lui tenir tĂŞte. Mais c’est vraiment une vraie boule d’amour qui m’a donnĂ© son amour tout de suite, qui m’a montrĂ© qu’il Ă©tait lĂ . C’est vite devenu insĂ©parable de nouveau. J’ai eu mon premier chien, j’ai eu mon deuxième chien et chacun c’est des histoires diffĂ©rentes. Mais les deux comptent Ă©normĂ©ment, c’est mes deux gros doudous.

E.

Et donc, ce gros doudou, Mozart, pour le coup, il est pas de couleur sable.

A.

Pas du tout.

E.

C’est un Saint-Pierre ?

A.

Oui.

E.

Donc, Saint-Pierre, on reprend un peu la filiation du Saint-Pierre : c’est deux labernois croisĂ©s ensemble.

A.

C’est ça.

E.

Et donc, on disait labernois, si on remonte encore, les grands parents étaient, du coup, un labrador et un bouvier bernois de chaque côté.

A.

C’est ça.

E.

Et donc, il est… C’est un gros nounours, comme tu dis, un gros doudou tout noir, avec le poitrail et le bout des pattes mĂŞme, pour Mozart, bien blanc.

A.

Et la queue, le bout de la queue.

E.

Et le bout de la queue, en effet, bien blanc. Ça a été une nouvelle aventure. Tu as fait ta rentrée de première ?

A.

C’est ça !

E.

Avec lui en 2019. Comment ça s’est passĂ© ? Est-ce que c’Ă©tait diffĂ©rent ?

A.

DĂ©jĂ , c’Ă©tait diffĂ©rent parce que la mentalitĂ© est diffĂ©rente du collège. Elle l’est complètement… Puis c’Ă©tait un plus grand Ă©tablissement parce qu’au collège, on Ă©tait 500, lĂ  on Ă©tait 1200. Donc, forcĂ©ment au niveau prĂ©sentation, ce n’Ă©tait pas pareil. Mais il n’y a pas eu une aussi grande prĂ©sentation comme au collège.

E.

Parce que ça ne s’y prĂŞtait pas forcĂ©ment ?

A.

Non, et puis, ils avaient quand mĂŞme, ils avaient quand mĂŞme connus Iffy, mĂŞme si c’Ă©tait que deux mois. Et il y avait un chien d’assistance pour une personne en fauteuil roulant, donc ils savaient ce que c’Ă©tait un chien de travail, qu’il ne fallait pas le caresser, l’appeler… Je n’ai pas du tout eu de soucis et il a mĂŞme plutĂ´t Ă©tĂ© bien accueilli parce que Mozart, c’Ă©tait la mascotte. Tout le monde lui disait « Salut » de loin, donc ils disaient : « Salut Moz’ ! ». Ils savaient que c’Ă©tait lui mais après ils disaient juste ça, donc Mozart ne se retournait pas. Mais tout le monde connaissait son prĂ©nom, j’Ă©tais un peu ‘optionnelle’ Ă  cĂ´tĂ©… Ha ! Ha ! Mais du coup non c’Ă©tait une vraie mascotte. C’Ă©tait ‘la’ mascotte du lycĂ©e.

E.

*Il est venue se coucher à coté de moi.* Ha ! Ha ! Gros doudou vient chercher des caresses. Donc, cette rentrée, finalement en première, plutôt douce, en bonne compagnie ?

A.

Oui.

E.

Et donc, tu a poursuivis tes études : première, terminale ?

A.

C’est ça !

E.

Qu’est-ce que tu veux faire dans la vie alors ? On va le dĂ©voiler un peu après, mais j’en sais un peu… Parce que tu as poursuivis après ton bac, du coup, vers des Ă©tudes supĂ©rieures, quand mĂŞme ?

A.

C’est ça, donc actuellement, je suis en première annĂ©e de BTS ACSE : Analyse, conduite et stratĂ©gie de l’entreprise agricole. Et du coup, mon souhait, ça serait de monter un Ă©levage de chèvres pour faire du fromage fermier. Si possible, j’aimerais aussi dĂ©velopper un Ă©levage Ă©quin.

E.

VoilĂ , donc on est ensemble aujourd’hui, mais aussi les quelques jours qui arrivent, puisque tu es rentrĂ©e dans ma vie aussi professionnelle il y a quelques mois. Puisque je t’avais croisĂ©e… Je t’avais ‘manquĂ©e’ d’abord sur un salon oĂą j’ai eu l’occasion d’avoir une photo d’une collègue qui m’a dit : « Il y a un chien guide sur le stand ! ». Mais j’avais dĂ©jĂ  quittĂ© le salon pour d’autres obligations professionnelles… Et nous ne nous sommes pas manquĂ©es au deuxième rendez-vous oĂą tu Ă©tais aussi avec ta classe et donc j’avais eu l’occasion de te rencontrer, de rencontrer Mozart. Et puis du coup, après, on a Ă©changĂ© et c’est vrai que c’est rigolo de voir que la croisĂ©e de ma passion ‘Chien Guide’ et de ma passion profession existe. Aujourd’hui, elle s’appelle AnaĂŻs. Ha ! Ha ! Et elle est accompagnĂ©e de Mozart. Mais en tout cas, c’est très rigolo. D’ailleurs, faudrait qu’on prenne une photo avec les chèvres en polystyrène qu’on a dans le bureau avec Mozart et toi parce que je pense qu’Ă  cĂ´tĂ©, ça doit faire une belle impression.

A.

Oui, ça peut être pas mal. Et puis voir sa réaction : « Des copines ?! »

E.

Bin des copines oui ! Pour l’instant, il dort… C’est vrai donc que ce parcours un peu scolaire en bonne compagnie, qu’est-ce que tu en retiens, toi ? Est-ce qu’il y a des choses dĂ©jĂ  qui t’ont marquĂ©es ? Est ce qu’il y a quelque chose que tu as appris ou que tu as dĂ©couvert dans cette aventure auxquelles tu ne t’attendais pas quand tu as fait ta première demande de chien guide?

A.

Auxquelles je ne m’attendais pas…? DĂ©jĂ , franchement, j’ai trouvĂ© une vraie famille dans la fondation. C’est vraiment une Ă©quipe formidable sur qui j’ai pu compter de A Ă  Z. Et vraiment, pour moi, c’est une famille. Parce que quand tu passes les classes lĂ -bas et tout (surtout Ă  l’âge de mes 12 ans), passer 3 semaines lĂ  bas sans mes parents, c’est comme une Ă©preuve parce que je l’avais jamais fais. Sinon, j’Ă©tais chez ma grand mère donc quand c’est dans le cadre familial, c’est pas encore pareil. Je m’attendais Ă  ce que ça soit dur, mais du fait d’avoir Ă©tĂ© entourĂ©e par eux, d’avoir les loulous qui sont lĂ  et tout ça, ça m’a vraiment fait du bien. Le fait d’avoir trouvĂ© une vraie famille dans la fondation et de savoir qu’ils seront toujours lĂ , et bien c’est gĂ©nial. Merci voilĂ  !

E.

Il y a eu aussi, quand tu parles de la famille, la famille Fondation Frederic Gaillanne, c’est toutes personnes confondues, parce que je crois savoir que il y a des parrains qui sont très prĂ©sents.

A.

C’est ça !

E.

Il y a des familles bĂ©nĂ©voles. Du coup, je fais un clin d’Ĺ“il Ă  quelques unes avec qui je parle souvent qui sont du coup familles d’accueil pour la Fondation. Il y a le service com avec qui je discute souvent. Il y a toute l’Ă©quipe de la Fondation. Et puis, je pense qu’il y a aussi les collègues ou je ne sais pas comment vous les appelez, les camarades de classe peut-ĂŞtre? Les promos ? Comment ça se dit ?

A.

Les amis !

E.

Les amis tout simplement !

A.

Oui, vraiment, la fondation, c’est tout le monde. C’est toute personne en relation avec la Fondation. C’est vraiment tout le monde confondu, oui. Autant du coup, les amis, que l’Ă©quipe, que la famille d’accueil, que les parrains, c’est vraiment l’ensemble de la Fondation qui est vraiment une famille et avec qui on peut vraiment partager tout.

E.

Et du coup, on fait aussi un clin d’Ĺ“il aux autres. On a dĂ©jĂ  parlĂ© de BĂ©rĂ©nice, mais je sais que Marine et puis d’autres ont tout de suite captĂ©s, quand j’ai mis une petite photo en dĂ©but de semaine de Mozart en disant que j’avais un nouveau collègue pour les quelques jours qui arrivaient. Certains ont reconnu Mozart, d’autres ont supposĂ©s Mozart et d’autres ont dit : « Mais c’est qui ? ».  Parce qu’en effet, c’est aussi un rĂ©seau et comme tu dis, une belle famille et vous partagez beaucoup entre vous. Et puis, quand on a 12 ans et qu’on rentre comme ça en prĂ©-classe, je pense que ça doit ĂŞtre aussi un peu particulier. C’est pas comme quand on est adulte et qu’on fait une remise chez soi. Justement, ça fait quoi pour toi ? Quels Ă©taient les inconvĂ©nients ou au contraire, les avantages Ă  avoir un chien guide si jeune ?

A.

InconvĂ©nients ? Franchement, moi, j’en trouve pas. Après, je sais que moi, j’ai une relation : mes chiens, c’est tout. Je vis pour les chiens et donc j’avoue que inconvĂ©nient, je n’en trouve pas. Après moi, je pars du principe que tu n’acceptes pas mon chien, tu ne m’acceptes pas, il fait partie de moi. Donc si tu veux pas de lui, c’est que tu ne veux pas de moi. Ou en tout cas, tu ne m’aimes pas assez pour l’accepter. Je pars vraiment de ce principe lĂ . Après, c’est sĂ»r que tout ce qui est piscine et tout, certes, tu ne peux pas rentrer, mais je dirais pas que c’est un inconvĂ©nient. Enfin, moi, ça ne me gĂŞne pas du tout de ne pas y aller parce que et bien il est lĂ  et que je n’ai pas le choix. Donc après, forcĂ©ment qu’il y en a parce que je me doute que pour quelqu’un, ramasser les dĂ©jections, ça peut ĂŞtre compliquĂ© quand on est sensible. Donc je sais qu’il y en a pour certaines personnes et je le dis bien quand je parle avec des non-voyants qui me demandent les inconvĂ©nients, je peux les voir pour les autres, mais pour moi, je ne vois pas. Et avantages, c’est un rĂ©el soutien au quotidien qui est toujours lĂ . On sait qu’il sera lĂ  autant dans les moments, quand ça ne va pas que quand ça va. Au niveau de fluiditĂ© des dĂ©placements clairement, il n’y a pas de diffĂ©rence. Enfin lĂ  je vois Ă  Paris, il ne serait pas lĂ , je ne pourrais pas venir au stage, ça serait trop compliquĂ©. Et après, vraiment en autonomie, puis en confiance en soit, moi, Mozart est lĂ , je m’en sens capable, il n’est pas lĂ , je ne peux. Seule Ă  la canne, je ne peux pas. J’ai vraiment besoin de lui pour avoir confiance en moi et pouvoir faire le dĂ©placement.

E.

Il approuve. Ha !

A.

Oui, c’est ce que j’allais dire : il acquiesce.

E.

Ha ! Ha ! Oui, c’est vrai que lĂ  le quotidien de ces quelques jours Ă  Paris, bon, mĂŞme si tu n’es pas tout Ă  fait en totale autonomie – parce que Paris reste trop compliquĂ© Ă  prendre en main, on va dire en quelques jours -, ça reste un indispensable, mĂŞme lĂ  dans les bureaux. Pour avoir ton autonomie, pour te dĂ©placer, c’est sĂ»r que c’est plus sympa. Et puis, le regard, aussi, des gens est peut-ĂŞtre diffĂ©rent, j’en suis sĂ»re mĂŞme, qu’avec la canne, etc. Et tu nous expliquais que tu avais eu Iffy quand tu avais 12 ans ? Comment ça c’Ă©tait organisĂ© au quotidien ? Parce que bon aujourd’hui, je parle avec toi, mais j’imagine que c’est un projet qui est un peu familial quand mĂŞme. Parce que quand on a 12 ans, mĂŞme si on est autonome et volontaire, il y a peut-ĂŞtre des implications du cĂ´tĂ© de tes parents. Comment ils ont vĂ©cu tout ça ? Est-ce qu’ils Ă©taient Ă  fond dans le projet ? Je pense un peu, oui, mais Ă  quel point ils Ă©taient investis au final, dans ton accompagnement avec un chien guide ?

A.

Ils ont Ă©tĂ© investis dĂ©jĂ  Ă  chaque stage parce qu’il fallait m’emmener, venir me chercher. Ils m’appelaient tous les soirs pour savoir comment ça se passait. Ils Ă©taient vraiment investis pour savoir comment ça allait, comment ça se dĂ©roulait et tout ça. Après, une fois qu’Iffy est arrivĂ©e, de toute façon, ils avaient Ă©tĂ© clairs avec moi, c’est moi qui ai voulu le chien, donc c’Ă©tait Ă  moi de m’en occuper. Et de toutes façons c’est ce que dit la Fondation : le chien, c’est Ă  nous de nous en occuper. Après, c’est vrai que je n’ai pas eu beaucoup de changements parce que j’ai une petite chienne domestique en plus et en fait, c’est dĂ©jĂ  moi qui m’en occupait puisque pareil, c’est moi qui l’avait voulu. En fait, c’est juste qu’au lieu de brosser un chien, j’en brossais deux, au lieu de donner Ă  manger Ă  un chien, je donne Ă  deux, au lieu d’en sortir un, j’en sortais deux. J’ai juste dĂ©doublĂ© tous mes gestes du quotidien, mais en soit, ça n’a pas Ă©tĂ© quelque chose de nouveau Ă  rentrer…

E.

Dans l’Ă©quation, ouais.

A.

C’est ça ! Donc, du coup franchement, moi, ça c’est très bien fait et je n’ai pas du tout eu de soucis. C’est juste qu’il fallait dĂ©doubler donc forcĂ©ment, le brossage au lieu de mettre 10 minutes tu en mets 20 ou 30 minutes en plus selon, si en plus, bien sĂ»r, les deux ne veulent pas coopĂ©rer ce jour lĂ . Ça prend un peu plus de temps ! Franchement, ça n’a pas Ă©tĂ© du tout difficile. Et mes parents Ă©taient lĂ  toujours pour me soutenir. Mais je savais que c’Ă©tait mon chien, donc c’est Ă  moi de m’en occuper. *Quoi qu’est-ce qu’il ya ?*

E.

*Ha ! Ha ! Il veut parler au micro lui aussi !*

 

*Tu veux dire bonjour ? »

E.

*Ha ! Ha ! Ha !* Oui, donc, au final, dans les Ă©lĂ©ments Ă  prendre en compte avant de se lancer dans l’aventure, d’ĂŞtre accompagnĂ© très jeune par un chien guide, c’est qu’il faut que ce soit quand mĂŞme un minimum, un projet familial. Parce que mĂŞme si tu t’en es occupĂ©e, sans le soutien de tes parents, l’accompagnement de tes parents, tu n’aurais pas pu faire tous les stages, etc, par exemple ?

A.

Ah bah non, parce qu’il fallait… (interruption de Mozart *Ouf ! Oui gros câlin,oui mon lou*). Du coup, la Fondation… *Non, ne fait pas un bisou micro*

E.

Ha ! Ha !

A.

*Oui mon doudou*. La fondation, elle est quand mĂŞme Ă  L’Isle-sur-la-Sorgue. Moi, j’habite Ă  Rennes pour y aller il y avait quand mĂŞme beaucoup de route. De 10 Ă  12 ans prendre le train seule, seule et non-voyante, c’est quand mĂŞme… ForcĂ©ment que les parents sont un peu stressĂ©s, mĂŞme moi ! Moi, je ne me voyais pas faire seule, donc forcĂ©ment qu’il fallait m’y emmener. Donc, si mes parents n’avaient pas voulu me suivre, de toute façon, je n’aurais pas pu me rendre au stage. Donc pas possible d’avoir un chien.

E.

Donc, c’est pour ça que je dis quand mĂŞme aujourd’hui je te parle Ă  toi, mais dans l’Ă©quation aussi. Il y a certes toute l’implication, quand mĂŞme familiale, derrière.

A.

Ah oui !

E.

Un petit peu d’organisation. MĂŞme si, au quotidien, c’est toi maintenant qui gères le chien dans la mise en place, en tout cas. Et pour l’arrivĂ©e du chien guide, tu n’as pas Ă©tĂ©… MĂŞme avec toute la volontĂ© du monde, tu aurais eu besoin d’un appui quand mĂŞme.

A.

Oui.

E.

On va dire ça comme ça, mais du coup, ça, c’est Ă  prendre en compte. C’est un projet qui doit ĂŞtre collectif, un minimum au sein du noyau familial.

A.

Bah oui, parce qu’en plus, le chien est quand mĂŞme dans la maison, lĂ . Donc, si c’est pour qu’il embĂŞte tout le monde et que tout le monde soit en train de râler, après et tout… Ça n’a pas non plus d’intĂ©rĂŞt. Enfin, le chien ne se sentira pas Ă  sa place aussi. Donc s’il n’est pas bien mentalement, on n’y fera pas bien son travail.  Donc forcĂ©ment qu’il faut que tout l’entourage familial proche soit d’accord et soutienne la personne et le projet pour que ça puisse bien se faire et que ça se passe bien au quotidien.

E.

Et je me demande toujours s’il y a un moment oĂą tu as Ă©tĂ© bluffĂ©e du coup par Iffy ou par Mozart ?

A.

Alors Mozart, je dirais : sa mĂ©moire. Et mais je reste toujours impressionnĂ©e de sa mĂ©moire, mais de dingue, il n’y a pas d’autre mot. Je fais une fois un trajet, il peut me le refaire vraiment. Mais une semaine après. Une fois, un mois après, je leur fais ; il s’en souvient. C’est vraiment : sa mĂ©moire. Mais c’est Ă  chaque fois ! MĂŞme hier soir, il l’a fait le matin Ă  l’envers il a su me le refaire.

E.

Oui, mĂŞme dans le sens inverse, c’est ça que tu veux dire.

A.

C’est non, je ne sais pas… il a une mĂ©moire, c’est vraiment, ça m’impressionne ! Mais Ă  chaque fois, c’est Ă  chaque trajet, du coup Ă  chaque fois je suis : « Wow ! ». C’est vraiment impressionnant et je suis toujours autant Ă©patĂ©e de sa mĂ©moire parce que franchement, je suis Ă  chaque fois impressionnĂ©e. Et ça il le sait, donc il est toujours très content de montrer qu’il a retenu. Ha !

E.

Ha ! Ha !

A.

Il sait que c’est vraiment quelque chose qui m’impressionne. Et après chez Iffy, je dirais que c’est sa capacitĂ© Ă  apprendre. Elle comprenait très vite ce que j’attendais. Enfin, dès que je voulais lui apprendre un nouvel ordre – parce que j’aime beaucoup apprendre des ordres, en plus, Ă  mes chiens – des petits tours (fait le beau, salut, fin des choses comme ça) elle les comprenais vraiment très vite. C’Ă©tait très rapide ; tu expliquais une fois et ça venait tout seul. C’Ă©tait assez impressionnant, du coup, la vitesse de…

E.

D’apprentissage ?!

A.

D’apprentissage, ouais !

E.

Donc, tu lui avais appris plein de choses en plus ?

A.

Oui.

E.

Qu’est ce que tu avais appris, par exemple ?

A.

Le 8 entre les jambes, fais de la belle.

E.

Ouais.

A.

Salut, sauter dans les bras…

E.

Wow ! Ha ! Ha ! T’arrivais Ă  la rĂ©ceptionner ? Ou juste les pattes avant ?

A.

Oui, non, que les pattes avant !

E.

Ha ! Oui !

A.

Mais elle sautait les pattes arrière, mais fallait dĂ©jĂ  que je chope les pattes avant donc euh… Donc, on n’allait pas trop en demander non plus ! Donc : passer entre les jambes et donner la patte… c’est plein de petits tours comme ça que j’inventais, en fait, selon ce qui me passait par la tĂŞte. Et comme ça, j’Ă©tais contente de, par moments, lui demander puis qu’elle me le refasse. Du coup, c’est plus un jeu que du travail.

E.

Oui.

A.

Mais c’est amusant, quoi. Et pour le chien et pour son maĂ®tre ! Donc, c’est vrai que j’apprends plein de tours comme ça Ă  mes chiens, dès que ça me vient. Ha !

E.

 Et c’est chouette ! En tout cas, tu nous parlais de la grande famille de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillane. J’ai rigolĂ©, j’ai bien souri l’autre jour parce que, c’Ă©tait il y a un mois ou deux, ma maman (elle me garde toujours des trucs quand ça parle des chien guide), elle m’a ressorti la photo pour la FĂ©dĂ©ration Française des Ă©coles de Chiens guides (l’Association de Chien Guide/la FFC), oĂą il y avait eu une campagne oĂą tu Ă©tais justement avec Iffy. Si je ne me trompe pas ?

A.

Oui !

E.

Et du coup, c’est rigolo parce que sur la photo, tu Ă©tais avec deux autres bĂ©nĂ©ficiaires. Et elle me l’a donnĂ©e en disant : « Ah, peut-ĂŞtre que ça t’intĂ©resse ? ». Je dis : « Mais surtout, ça m’intĂ©resse et puis je connais ! » He ! C’Ă©tait très rigolo ! Mais dans cette grande famille, est-ce que tu as fait une ou plusieurs rencontres peut ĂŞtre exceptionnelles, que tu n’aurais pas forcĂ©ment faite si tu n’avais pas eu de chien guide dans ta vie ?

A.

Du coup, il y a beaucoup, beaucoup de personnes. On va commencer… Alors ça n’a pas d’ordre de…

E.

D’importance ?

A.

VoilĂ  ! Alors que si les personnes Ă©coutent, elles ne m’en veuillent pas. DĂ©jĂ  mes deux parrains de classe, parce que c’est vraiment des personnes avec qui j’ai gardĂ© contact et avec qui je m’entends très bien. On discute rĂ©gulièrement, ils sont vraiment avec un grand coeur chacun. Donc franchement, mes deux parrains de classe, c’est vraiment des personnes que je n’aurais pas rencontrĂ©s Ă  part Ă  la Fondation.

E.

Parce que les parrains de classe du coup, c’est les parrains de promo ? Ça peut ĂŞtre des personnalitĂ©s…

A.

C’est des personnalitĂ©s. Donc moi, il y a Thierry Jouant qui est un Ă©crivain. Et il y a Jean-Pierre Jeunet, qui est le rĂ©alisateur de films et en particulier du Fabuleux destin d’AmĂ©lie Poulain. Après, j’ai aussi trois amis en particulier, avec qui je suis encore très proche, que j’ai rencontrĂ©s lĂ  bas, en tout cas, avec la Fondation. Pareil, je ne pense pas que je les aurais rencontrĂ©s autrement parce que nos chemins se sont croisĂ©s lĂ -bas. Ou, en tous cas, par la Fondation, donc… Sinon, peut-ĂŞtre qu’on se serait rencontrĂ©s autrement ? Mais je ne vois pas comment se seraient rencontrĂ©s, sachant qu’on habite chacun dans des villes diffĂ©rentes.

E.

Très éloignées, ouais.

A.

C’est ça. Et, il y a quand mĂŞme la fondation avec : la prĂ©sidente, le prĂ©sident, les Ă©ducateurs, la famille d’accueil de Mozart avec qui je garde des très, très bons liens aussi, avec qui on des photos rĂ©gulièrement. C’est prĂ©vu que je retourne Ă  la Fondation aussi pour leur faire un coucou. Mais bon, c’est la porte Ă  cĂ´tĂ©, donc euh…

E.

Ha ! Ha ! Ça va se faire, ça va se faire.

A.

Mais en tout cas, c’est vraiment les personnes avec qui j’ai gardĂ© de très bons rapports et avec qui je communique rĂ©gulièrement pour donner des nouvelles, savoir comment eux vont, comment ça se passe, de pouvoir parler et rester en contact.

E.

On voit que, vraiment, le mot famille s’illustre beaucoup pour cette fondation avec des membres plus ou moins proches, des amis, comme tu dis, et puis plein  de personnes très investies. C’est vraiment remarquable et je trouve que la fondation fait un boulot de fou. Et puis surtout, avec cette particularitĂ©, je le redis de remettre des chiens guides Ă  des jeunes de 12 Ă  18 ans. Et on parle de 12 Ă  18 ans, mais au final, la prise en charge entre guillemets et les premiers contacts peuvent se faire largement avant 12 ans. Toi, comme tu le disais, les premiers contacts, tu les as eu autour de 10 ans pour justement prĂ©parer, pour ceux qui le souhaitent, avoir un chien aux plus jeunes. J’ai une petite question de fin que je pose toujours. C’est un peu rituel. Est-ce que tu peux nous raconter quel est ton pire et ton meilleur moment ? Ton meilleur souvenir avec les Chiens Guides, avec Iffy ou avec Mozart.

A.

Un grand moment que je dirais qui est vraiment un très beau moment que je garde en mĂ©moire. Bon alors, dĂ©jĂ  il fait savoir qu’il y a mes 2 remises de chiens…  Mais en dehors de ça, avec Mozart et mon copain, l’Ă©tĂ© dernier, on est allĂ©s dans les PyrĂ©nĂ©es et on a fait une très grande randonnĂ©e, très difficile – dont je me souviendrais toute ma vie, je pense-. Et en fait, en haut, on est montĂ©s tellement haut qu’il y avait de la neige. Vraiment, de voir Mozart voir de la neige… Je ne l’avais jamais vu comme ça… vraiment, ses yeux se sont mis Ă  briller, tellement il Ă©tait heureux ! On s’est mis tous les trois Ă  jouer dans la neige, du coup – un peu comme des gamins, clairement, ha !-. Mais ça a tellement est un moment fort ! Parce que j’avoue que la randonnĂ©e, en plus, Ă©tait très dur, très belle – il n’y a franchement pas d’autre mot Ă  dire -, mais de voir Momo, qui a pu suivre tout le long de la randonnĂ©e alors que moi j’Ă©tais quand mĂŞme très longue, avec beaucoup de dĂ©nivelĂ©. Clairement, je ne pensais pas qu’il allait pouvoir tenir. C’est une très belle randonnĂ©e que je garde et puis ce moment de neige. Et puis, il a rĂ©ussi Ă  traverser une cascade ! Enfin, il m’a fait des choses pendant cette randonnĂ©e qui Ă©tait vraiment merveilleuses. Quand j’ai vu sur place, je me suis dit mais il va jamais pouvoir la finir, eh bah, encore une fois il m’a Ă©patĂ©e. Mais du coup, c’est vraiment un très beau moment que je garde de nous trois. Et le pire moment…

E.

Tu nous en as sûrement déjà raconté un je pense avec Iffy.

A.

Oui…

E.

Et je pense que c’Ă©tait un moment assez dur ?

A.

C’est le plus dur, mais… C’est le plus dur on va dire vraiment au niveau douleur/sentiment, je ne sais pas comment on peut dire ?

E.

Émotionnel ?

A.

C’est ça parce que c’est vraiment la pire chose qui a pu m’arriver avec les Chiens Guides. Parce que sinon…

E.

C’est plutĂ´t des bons moments, sinon ?

A.

C’est ça ! J’ai mon chien, moi, tout me va, tout va bien. Il y a toujours les petites bĂŞtises habituelles, mais bon, c’est pas grave : c’est drĂ´le.

E.

Ha sinon, on ne s’ennuie pas !

A.

 On prend ça Ă  la rigolade. C’est ça, sinon s’ennuierait, ça n’irait pas. Donc non, j’avoue que sinon, c’est que des bons moments.

E.

Bon, bah Ă©coute, tant mieux. On t’en souhaite encore de nombreux, on ne te souhaite vraiment que du bon. Et puis que ton avenir aussi professionnel soit  aussi bien chargĂ© et bien dans ce que tu souhaites (aussi caprin que tu le souhaites). Et puis on attendra de goĂ»ter les fromages. Moi, j’ai hâte de goĂ»ter les fromages que tu produiras un jour. Tu as encore le temps : petite parole de professionnelle hein !

A.

Ha ! Ha ! Ha !

E.

Prend le temps aussi de t’installer et de rĂ©flĂ©chir Ă  tout ça. Et je voulais vraiment te remercier parce qu’on fait ça un peu en fin de journĂ©e, après une grosse journĂ©e de stage pour toi aussi. Et c’Ă©tait vraiment l’occasion de le faire en vrai, parce que je trouvais ça plus sympa vu qu’on passe quelques jours ensemble au lieu de faire ça Ă  distance – comme on aurait aussi pu le faire – mais de profiter de l’occasion de se voir pour enregistrer en face Ă  face. Merci Ă  toi, merci pour ces confidences et j’espère que ça va t’emmener encore plus loin que ça !

A.

Merci Ă  toi aussi, du coup, d’avoir pris ce temps pour le faire parce que c’Ă©tait quand mĂŞme une grosse journĂ©e aujourd’hui. Voila, j’ai Momo qui a participĂ© aussi.

E.

Eh oui ! On va mettre des petites photos comme ça vous pourrez voir le gros doudou comme il est. Et puis je te dis à bientôt, du coup !

A.

Oui.

E.

Et voilĂ , c’est la fin de cet Ă©pisode. Merci Ă  vous de l’avoir Ă©coutĂ© en espĂ©rant qu’il vous aura plu. En tout cas, un grand merci Ă  AnaĂŻs qui a enchainĂ© une journĂ©e de stage avec moi et notre enregistrement dans nos bureaux. Une grande première pour moi d’enregistrer lĂ -bas et un montage express en quelques jours. Pour complĂ©ter votre Ă©coute, vous pouvez retrouver sur mon site tout rĂ©novĂ© futurchienguide.fr des photos d’AnaĂŻs avec Iffy et Mozart et bientĂ´t, grâce Ă  mes complices, la transcription intĂ©grale de cet Ă©pisode. D’ailleurs, n’hĂ©sitez pas Ă  m’envoyer vos retours sur mon Instagram @futurchienguide ou via des Ă©toiles sur Apple Podcasts ou – nouveautĂ© – sur Spotify. J’ai vraiment hâte de dĂ©couvrir ce que vous en avez pensĂ©. Alors, Ă  bientĂ´t pour un prochain Ă©pisode sur l’univers mĂ©connu des Chiens Guides d’Aveugle !

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