Dans cet Ă©pisode, je vous prĂ©sente BĂ©rĂ©nice qui a 14 ans et est accompagnĂ©e depuis quelques mois par Opium, son chien guide de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne. Malvoyante de naissance, BĂ©rĂ©nice prend conscience dès ses essais Ă  la canne blanche, qu’elle serait plus Ă  l’aise avec un chien guide d’aveugle, surtout face au regard des gens. Elle dĂ©couvre alors l’existence de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, seule association en France et en Europe Ă  remettre des chiens guides Ă  des moins de 18 ans. Mais comment obtenir un chien guide auprès de la fondation ? Et comment gĂ©rer Opium dans son quotidien de lycĂ©enne ? De ses premiers pas Ă  la canne Ă  sa rentrĂ©e au lycĂ©e, BĂ©rĂ©nice nous raconte les diffĂ©rentes Ă©tapes qui lui ont permis d’ĂŞtre guidĂ©e aujourd’hui par Opium. Elle revient aussi sur l’autonomie que lui apporte son chien guide, mais aussi les Ă©lĂ©ments Ă  prendre en compte avant de se lancer dans l’aventure en tant qu’adolescente.

Retrouvez ci-dessous une retranscription synthétique avec pleins de photos :

Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Je m’appelle Bérénice, j’ai 14 ans, je suis malvoyante de naissance et je viens de rentrer en seconde au lycée avec mon chien guide Opium, un labrador noir de 2 ans qui a été éduqué par la Fondation Frédéric Gaillanne.

Pour bien comprendre, peux-tu revenir sur ton parcours jusqu’au chien guide ?

Malvoyante de naissance, on a détecté ça à mes 3 ou 4 mois, j’ai environ 1/20ème de vue, mais je ne vois pas les reliefs, ni précisément à un mètre car c’est toujours un peu flou, et tout ça dans une vision tubulaire comme dans un tube ou à travers des jumelles. J’ai longtemps tenu la main de mes parents sans sortir toute seule, puis j’ai voulu marcher toute seule avant d’essayer la canne que je n’ai pas appréciée du tout. Vers 12 ans, je voulais trouver un moyen de sortir seule sans tomber, et de me signaler afin que les autres piétons me laissent la place de passer. La canne ne m’a pas plu car tout le monde me regardait, ce qui me dérangeait, alors qu’avec le chien ce sont des regards d’étonnement et bienveillants.

Ainsi, j’ai appris à me déplacer à la canne au SIAM 92 grâce à des cours de locomotion (comme abordé dans l’épisode 27 avec Marion qui est instructrice de locomotion) dans l’optique de pouvoir être autonome et d’avoir un chien guide. C’est d’ailleurs au SIAM que j’ai croisé une psychologue accompagnée d’un chien guide, et je me suis dit que c’était génial ! Elle m’a indiqué que c’était uniquement pour les adultes, ce qui m’a déçue… Mais quelques mois après le SIAM 92 nous a parlé des chiens guides d’aveugles pour les mineurs avec la Fondation Frédéric Gaillanne, et j’étais vraiment contente !

J’ai envoyé mon dossier médical et de motivation, avec toutes les raisons pour lesquelles je souhaitais avoir un chien guide d’aveugle. S’il est accepté, on fait un stage dit “de découverte” le temps d’un week-end afin d’apprendre à marcher avec un chien et à s’en occuper. Je l’ai fait en janvier 2019, avec des chiens qui ont fini d’être éduqués, mais que la Fondation garde pour les stages et les sensibilisations/démonstrations, et qui retournent en famille d’accueil. J’ai eu Mooz, un Saint-Pierre qui est le croisement entre deux labernois, eux-mêmes issus d’un croisement entre un bouvier bernois et un labrador, une race qui vient de Mira (Canada).

J’ai ensuite fait le stage de prĂ©-classe qui dure une semaine avec hĂ©bergement et pendant lequel j’ai testĂ© 2 chiens : News puis Loft, afin de voir encore plus de chiens diffĂ©rents Ă  nouveau parmi les chiens prĂ©vus par la Fondation. On va apprendre Ă  marcher en ville, Ă  s’en occuper totalement (jouer avec lui, gĂ©rer ses besoins, lui donner Ă  manger, etc.). 

Après un an de dĂ©calage du fait de la crise sanitaire, j’ai fait mon stage de remise de trois semaines, appelĂ© “classe” en avril 2021. La première journĂ©e j’ai testĂ© 3 des 6 chiens prĂŞts Ă  ĂŞtre remis, et Ă  nouveau plusieurs le lendemain matin, puis la fondation nous attribue le nĂ´tre lors de cette deuxième journĂ©e. J’ai pu dĂ©finir mes envies et mes coups de cĹ“ur, mĂŞme si ce sont les Ă©ducateurs qui ont le dernier mot. J’ai encore eu deux semaines et demi avec Opium, pour crĂ©er du lien.

Bérénice et les autres jeunes de la classe de remise en avril 2021, chacun avec son chien guide de la Fondation Frédéric Gaillanne

Opium et moi avons Ă©tĂ© le 100ème binĂ´me crĂ©Ă© par la fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, ce qui a Ă©tĂ© un peu mĂ©diatisĂ© notamment en vidĂ©o par Brut, pendant la remise et ma première rentrĂ©e au collège avec Opium. D’ailleurs j’Ă©tais très stressĂ©e pour cette rentrĂ©e, notamment pour la cantine.

Dans un prĂ©cĂ©dent Ă©pisode, Capucine et sa maman GĂ©raldine nous racontaient au contraire que Many, son chien d’Ă©veil Handi’Chien n’accompagnait pas Capucine Ă  l’Ă©cole, pour ne pas la perturber. Du cĂ´tĂ© de Naya, la chienne d’assistance Acadia de Romain, jeune diabĂ©tique, il nous confiait espĂ©rer pouvoir l’emmener bientĂ´t au collège.

Depuis l’arrivĂ©e d’Opium, le plus gros changement est de pouvoir sortir, seule ou avec des amies ! Avant je stressais de tomber, mĂŞme d’une petite marche…

D’ailleurs, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as appris ou découvert avec les chiens guides ?

J’ai dĂ©couvert Ă  quel point les familles d’accueil Ă©taient impliquĂ©es dans l’Ă©ducation du chien guide ! Je pensais que ces familles gardaient juste le chien chez elles, je ne savais pas qu’elles les socialisaient autant. D’ailleurs Nadia, la famille d’accueil d’Opium, l’a vraiment bien socialisĂ© car il n’a peur de rien.

Est-ce qu’il y a des avantages et des inconvĂ©nients Ă  faire cette demande de chien guide d’aveugle très jeune ?

L’avantage est surtout qu’on devient autonome très jeune, et le fait de s’occuper d’un autre ĂŞtre vivant et d’en ĂŞtre responsable nous rend plus mâture. Il faut par contre vraiment ĂŞtre autonome, pas forcĂ©ment dans les dĂ©placements, mais aussi dans  la vie quotidienne (savoir s’habiller, se laver, s’occuper de soi), car on est seul pendant les stages.

Est-ce que dans ces quelques mois tu as été bluffé par Opium ?

Sa famille d’accueil m’avait dit lors de la remise qu’il avait peur des escalators, alors j’ai tentĂ© de voir sa rĂ©action dès notre retour Ă  Paris et il a gĂ©rĂ© en se donnant Ă  fond.

As-tu fait une rencontre exceptionnelle grâce aux chiens guides ?

Je me suis fait plusieurs amies dont Manon pendant mes stages Ă  la fondation, mais aussi Marine qui a Odor, un saint-pierre aussi de la fondation, que je n’ai jamais rencontrĂ© en vrai mais avec qui je discute beaucoup.

Pour finir, quel est ton pire et ton meilleur moment avec les chiens guides ?

Le meilleur moment c’est soit la remise d’Opium, soit quand je suis arrivĂ©e avec lui chez moi la première fois, je n’y croyais pas !

Le pire moment a Ă©tĂ© lorsqu’on a perdu de vue Opium au bois de Boulogne lors de notre premier week-end. On Ă©tait sur une pelouse et en un instant on ne savait plus oĂą il Ă©tait alors qu’il y avait une voie rapide Ă  cĂ´tĂ© ! J’ai cru que j’allais tomber dans les pommes, et il est revenu finalement assez vite, et n’Ă©tait pas du tout du cĂ´tĂ© de la route.

Comme nous en a parlé Bérénice, voici le lien vers sa chaîne YouTube “Bérébigleuse” où elle partage ses astuces et adaptation pour suivre en cours, ou comment elle voit dans le noir, etc.

Merci beaucoup Ă  BĂ©rĂ©nice pour sa persĂ©vĂ©rance dans nos pĂ©ripĂ©ties d’enregistrement et son temps en pleine rentrĂ©e au lycĂ©e ! Au plaisir de faire une belle dĂ©tente ensemble !

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One comment on “🦮28 – BĂ©rĂ©nice et Opium – Avoir un chien guide dès le collège