DĂ©couvrez le rĂ´le de Christelle dans l’accompagnement des jeunes Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne. Au cĹ“ur de l’accompagnement des jeunes dĂ©ficients visuels et de leurs familles, Christelle assure le suivi des dossiers des enfants, les accompagnant lors des stages Ă  la fondation, et agissant comme un soutien et une oreille attentive pour les enfants.

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Transcription intégrale

 

Transcription générée automatiquement par Happy Scribe

E.
Salut Ă  tous, je m’appelle Estelle et je suis passionnĂ©e depuis toujours par les chiens guides d’aveugles. BĂ©nĂ©vole pour cette cause Ă  Paris depuis des annĂ©es et aujourd’hui Ă  Lyon, j’ai lancĂ© le podcast Se dire chien guide Ă©tant persuadĂ© que l’univers des chiens guides d’aveugles mĂ©rite d’ĂŞtre mieux connu par tous afin que chacun puisse y trouver sa place. Mais savez-vous que seuls 1% des dĂ©ficients visuels sont accompagnĂ©s d’un chien-guide ? Alors, pour mieux comprendre par qui et comment ils sont Ă©duquĂ©s, mais aussi pour dĂ©couvrir leur rĂ´le dans le quotidien de leur maĂ®tre et les bouleversements Ă  leur arrivĂ©e, je vous partage deux fois par mois mes Ă©changes avec un invitĂ© issu de cet univers, maĂ®tre de chien-guide, bĂ©nĂ©vole et tant d’autres. Pour en savoir encore plus, n’oubliez pas de vous inscrire Ă  ma newsletter mensuelle pour dĂ©couvrir les coulisses du podcast, les actualitĂ©s des Chiennes Guides et bien sĂ»r, des nouvelles de mes invitĂ©s. La demande d’un chien guide est toujours un cheminement en soi, et d’autant plus quand on est encore un enfant. En pleine Ă©volution et pendant son adolescence. Alors, accompagner ces jeunes sans les infantiliser, c’est l’Ă©quilibre dĂ©licat que rĂ©ussit Ă  maintenir la Douce Christelle Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric-Gaillane.

E.
En parallèle de l’Ă©ducation des Chiennes Guides, elle m’a confiĂ© en toute humilitĂ© comment elle jongle entre ces nombreuses casquettes afin de guider ces jeunes et leurs familles dans leurs doutes comme dans leurs jours. Et maintenant, place Ă  l’Ă©pisode.

C.
Bonjour Christelle.

E.
Bonjour Esther. Merci d’avoir acceptĂ© de passer Ă  mon micro. Avec plaisir. Cette journĂ©e de visite pour moi Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, dans le Sud. J’ai profitĂ© en effet d’un petit week-end dans le coin pour venir vous rendre visite et on m’a dit: Il faut absolument que tu entendes Christelle du PĂ´le enfants. Parce qu’elle a plein de choses Ă  raconter, mĂŞme si elle reste discrète. Et je crois que ça fait partie, comme tu me l’as dit juste avant, de tes mots pour te caractĂ©riser. Est-ce qu’avant tout ça, tu peux te prĂ©senter rapidement, nous dire un petit peu ce que tu fais dans la vie ?

C.
Oui, je m’appelle Christelle Arnault. Je travaille Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne depuis 2016. Aujourd’hui, je suis l’assistante au pĂ´le enfants, assistante de la directrice du pĂ´le enfants, Madame Rupot.

E.
Justement, je t’ai demandĂ© de prĂ©parer, on a fait ensemble juste avant, quelques petits mots pour te dĂ©crire trois. Est-ce que tu peux te dĂ©crire en trois mots et dĂ©crire les chiens aussi que tu cĂ´toies en trois mots ?

C.
Comme tu l’as dit, je me dĂ©crirai comme quelqu’un d’assez discret, mais aussi d’organisĂ© et de plutĂ´t polyvalent. Ok. Pour les chiens, je les dĂ©crirais avec ces trois mots: fidĂ©litĂ©, bienveillance et protection.

E.
Protection, carrĂ©ment. Qu’est-ce qui t’amène Ă  donner ce troisième mot ?

C.
Parce que ce sont un peu Ă  mon sens, des protecteurs des enfants. Ils les protègent dans les dĂ©placements, mais aussi, ils les protègent du monde qui les entoure. Ils sont vecteurs de lien social, ils deviennent souvent leur meilleur ami. Et pour moi, c’est une sorte de protection, un peu une barrière contre le monde extĂ©rieur.

E.
Oui, qui n’est pas toujours joli. Pas toujours. Notamment ces jours-lĂ , quand on enregistre mi-octobre. Est-ce que tu peux revenir pour nous sur un peu ton histoire. Qu’est-ce qui t’as amenĂ© Ă  travailler Ă  la Fondation ? Comment tu es arrivĂ©e en 2016 Ă  la Fondation ? DĂ©jĂ , tu connaissais les chiens guillets de la Fondation ? Pas du tout.

C.
Je connaissais la Fondation deux noms seulement. Moi, je travaillais avec des enfants. J’ai fait une reconversion professionnelle, mais j’avais toujours envie de travailler d’Ĺ“uvrer avec les jeunes. Et ma passion première Ă©tait les animaux et notamment les chiens. Donc, lorsque j’ai voulu changer de profession, je me suis directement tournĂ©e vers la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, puisque ça faisait sens pour moi.

E.
Donc, tu connaissais la Fondation ? Tu étais déjà venue aux portes ouvertes ?

C.
Non, je n’Ă©tais jamais venue au Porte Ouvert, mais je la connaissais de nom parce que je vis sur l’Ă®le, sur la Sorgue, et forcĂ©ment, la Fondation est connue.

E.
Oui, ça fait partie des petits joyaux de l’Ă®le sur la Sorgue. Tout Ă  fait. Il y a des joyaux architecturaux, il y a de l’art Et puis, il y a la fondation cachĂ©e au bout d’un petit chemin. C’est ça. Du coup, le poste d’assistante que tu as aujourd’hui, dans ton histoire, tu as approchĂ© la fondation, ce poste Ă©tait dĂ©jĂ  ouvert ? Comment ça s’est passĂ© ?

C.
Non, pas tout de suite. Je suis d’abord rentrĂ©e Ă  la fondation en tant que secrĂ©taire d’accueil, hĂ´tesse d’accueil. Je suis restĂ©e au poste d’accueil pendant un an, un an et demi. Et ensuite, le poste au pĂ´le enfance est ouvert.

E.
D’accord. Et toi, avec ton historique pour les enfants, tu as sautĂ© dessus.

C.
VoilĂ , c’Ă©tait l’occasion rĂŞvĂ©e.

E.
Du coup, tu avais connu ce poste via quelqu’un d’autre ou le poste a Ă©tĂ© crĂ©Ă© ?

C.
Les deux postes ont été créés à mon arrivée.

E.
Ok, donc tu as inaugurĂ©. VoilĂ , et deux fois. Tu as ouvert le bal. Tu as crĂ©Ă© ton poste deux fois, on va dire. Comment ça s’est passĂ©e pour toi la première mission que tu avais en tant qu’accueil ? C’Ă©tait quoi tes activitĂ©s au quotidien ?

C.
Ă€ l’accueil ? Mmm-hmm. C’Ă©tait rĂ©pondre au tĂ©lĂ©phone, accueillir les visiteurs, la gestion du courrier, l’achat des billets de train, des collaborateurs, des billets d’avion, ce genre de choses.

E.
Qui est indispensable ?

C.
Qui est indispensable. C’est un mĂ©tier qui est rarement mis en valeur et pourtant combien essentiel.

E.
Oui, sans ça, on ne va pas très loin.

C.
Non.

E.
Et donc, après un an et demi, dĂ©jĂ  pendant cette première annĂ©e, tu avais dĂ©couvert un peu l’activitĂ© de la police ?

C.
VoilĂ , ça m’a permis de connaĂ®tre les acteurs de la Fondation, tous les postes, les collaborateurs, le fonctionnement de la fondation. C’Ă©tait un peu un tremplin.

E.
Et donc, le poste a Ă©tĂ© ouvert pour avoir une assistante, du coup, elle n’en avait pas Ă  Chantal avant ? Non. Elle a eu besoin ? C’est ça. Et donc la personne Ă©tait toute trouvĂ©e ou comment ça s’est passĂ© ? De ton cĂ´tĂ©, de ton point de vue.

C.
Je pense qu’Ă©tant donnĂ© que Chantal travaillait aussi dans le milieu scolaire comme moi, je pense qu’il qu’il y a eu des affinitĂ©s communes et que c’Ă©tait un peu une Ă©vidence.

E.
C’est chouette aussi. Donc, au bout d’un an et demi, tu es passĂ©e assistante de Chantal ? Tout Ă  fait. Tu l’es toujours aujourd’hui, comme tu nous l’as dit. Ça fait de longues annĂ©es maintenant que vous avez un binĂ´me.

C.
Oui, c’est ça.

E.
Chantal t’a confiĂ© Ă  moi pour enregistrer en disant: Tu vas voir, Christelle va tout te raconter. Parce que justement, tu parlais de cette petite carte discrète: ton boulot en tant qu’assistante aujourd’hui pour Chantal. DĂ©jĂ , est-ce que tu peux nous dĂ©finir le de Chantal ? Parce que tout le monde ne connaĂ®t pas Chantal encore.

C.
Oui, donc Chantal, c’est la directrice du pĂ´le enfants. C’est elle qui va gĂ©rer tout le fonctionnement du premier accueil des enfants jusqu’Ă  la remise des chiens. Elle va gĂ©rer toutes les prises en charge. Elle va ĂŞtre le lien, tout comme moi, avec les familles lorsqu’elles nous contactent pour la première fois. Ce premier appel tĂ©lĂ©phonique qui, pour elle, est dĂ©terminant. Jusqu’Ă  la remise du chien. Et entre, il y a toutes ces prises en charge, ce cheminement pour chaque enfant.

E.
Quand tu dis ce premier appel tĂ©lĂ©phonique, ça fait partie du processus pour vous ? C’est avoir un Ă©change avec Chantal pour un peu connaĂ®tre l’histoire du jeune, j’imagine ?

C.
Alors, le premier Ă©change, c’est Chantal ou moi. Et c’est le premier appel durant lequel les parents vont demander des renseignements parce qu’ils connaissent la fondation, mais ils ne savent pas comment cela fonctionne et ce que l’on peut faire pour leur enfant, parce que chaque cas est particulier. Donc, lors de ce premier appel, on va leur expliquer ce qu’il peut se passer, le dossier de candidature, le premier stage, que l’on appelle le stage de dĂ©couverte, l’après-classe, la visite au domicile de l’Ă©ducateur et enfin la classe de remise.

E.
Donc, en fait, tout ça, ils le savent au premier appel. Et ensuite, toi, ces premiers appels-là, tu en as fait tout de ou peut-être avec Chantal au début ?

C.
Au dĂ©but, avec Chantal. Et puis c’est rapidement venu.

E.
Tu en fais combien de ces appels ? Est-ce que c’est plutĂ´t par pĂ©riode, par vague ?

C.
Ça dépend. En moyenne par an, nous avons environ une cinquantaine de demandes de jeunes guides.

E.
Et donc toi, c’est… Est-ce que c’est la partie que tu prĂ©fères ou pas ?

C.
Moi, j’aime bien, oui. J’aime bien rassurer, expliquer aux gens qu’il y a des solutions, qu’il y a… C’est souvent des gens qui sont sont malheureux. C’est quand mĂŞme compliquĂ© pour ces familles qui sont touchĂ©es par le handicap. Et finalement, nous, on leur propose un peu de lumière. On leur propose un peu de bonheur. Et oui, j’aime bien ce premier contact et ce lien qui commence Ă  naĂ®tre avec les familles.

E.
Et du coup, c’est que le dĂ©but en plus ?

C.
C’est que le dĂ©but.

E.
Est-ce que ça arrive que parfois, ce soit aussi la fin ?

C.
Ça arrive, oui, parce qu’on a parfois des appels de familles pour lesquelles les enfants n’ont pas encore l’âge de venir Ă  la fondation, ils sont trop jeunes.

E.
Donc en dessous de huit ans, en dessous de dix ans ?

C.
Dix ans plutĂ´t. Oui, dix ans.

E.
Donc, justement, ceux qui ont entre huit et dix ans, ceux qui sont très impatients.

C.
Eh bien, On leur dit de pas s’enter un petit peu s’ils le peuvent. Après, il y a des cas particuliers oĂą on peut de temps en temps, exceptionnellement, proposer des journĂ©es de dĂ©couverte pour ces jeunes enfants. Mais essentiellement, on va accueillir les enfants Ă  partir de leur 10 ans en sachant qu’ils pourront bĂ©nĂ©ficier du chien guide uniquement Ă  partir des 12 ans.

E.
Oui, donc ça permet de faire un premier contact.

C.
C’est un premier contact, malgrĂ© tout. Ça permet de faire connaĂ®tre la fondation et les gens savent qu’il y a des solutions.

E.
Oui, qu’ils ne sont pas seuls.

C.
Ils ne sont pas seuls et puis on peut les aider. Ça, c’est chouette.

E.
Et justement, dans tout ce procĂ©dĂ©, lĂ , c’est que le dĂ©but, l’appel. Ensuite, quel est ton rĂ´le auprès des enfants, auprès des familles ?

C.
Comme je le disais, je suis un peu polyvalente et je peux tout faire. C’est-Ă -dire que comme je suis le lien, une fois que les enfants ont le chien, ils peuvent rappeler et on peut me donner des renseignements pour, je ne sais pas, des lieux dans lesquels ils aimeraient aller et que finalement, il leur manque un papier, il leur manque une attestation, ils ont oubliĂ© un T-shirt lorsqu’ils sont venus au JPO. Il faut Ce genre de choses. Ça peut ĂŞtre aussi deux fois par an, les chiens guides qui ont Ă©tĂ© remis vont chez le vĂ©tĂ©rinaire et les familles doivent nous renvoyer le bilan vĂ©tĂ©rinaire. Ça, c’est moi qui le rĂ©cupère, qui vĂ©rifie le poids du chien. C’est assez variĂ©. Sinon aussi, lorsque nous accueillons les enfants, je reste avec eux toutes les soirĂ©es, Ă  partir de 16h30, 17h00, lorsque les Ă©ducateurs ont fini leur journĂ©e de travail. C’est moi qui prends la relève sur ce temps off. Et c’est donc moi qui aide les enfants Ă  s’occuper de leur chien s’ils ont besoin de moi. Nous mangeons tous ensemble, nous faisons un temps de calme ou de jeux ou de musique en fonction des groupes.

E.
Oui, j’ai entendu de la musique ce matin. Le piano en ce moment.

C.
Mais voilĂ , c’est des moments assez privilĂ©giĂ©s avec les jeunes. Une relation qui se crĂ©ent et qui sera par la suite bĂ©nĂ©fique lorsqu’ils seront repartis avec leur chien.

E.
Oui, parce qu’au final, toi, tu les vois grandir un petit peu.

C.
Je les vois Ă©voluer, changer Ă  chaque prise en charge.

E.
Et lĂ , tu disais que tu passes la soirĂ©e. Il y a des jeunes qui sont arrivĂ©s hier soir pour trois semaines. Donc c’est la colo, entre guillemets. Comment tu vois les choses ? Parce que les Ă©ducateurs font vraiment un travail avec le chien et le jeune toute la journĂ©e. Toi, comme tu disais, c’est un peu les moments de de off, de relâche, j’ai envie de dire.

C.
Alors, ce n’est pas colo parce que les enfants, ils en viennent lĂ  pour une chose et ils ont tellement travaillĂ© dur pour arriver jusque-lĂ  qu’il n’y a pas vraiment de relâchement. Comme tu me le dis, on ne peut pas dire que ce soit du relâchement. Ils sont quand mĂŞme sĂ©rieux. Souvent, ils attendent le chien depuis toujours. Donc, ils sont très vigilants quant au bien-ĂŞtre de leur animal. Ils aiment passer du temps avec lui. Ils aiment aussi Ă©changer avec leurs camarades parce qu’ils s’aperçoivent qu’ils ne sont pas seuls devant leurs difficultĂ©s.

E.
Qu’ils partagent.

C.
Et ça crée des beaux moments.

E.
Oui, j’imagine que moi, j’en ai vu un mini… J’en J’ai entendu un mini aperçu avec le piano en arrivant ce matin et c’est vrai qu’on sent qu’il y a une ambiance. J’ai visitĂ© aussi la partie hĂ©bergement. Et c’est vrai que ce n’est pas une colo au sens, ça part Ă  volo, etc. Mais Ce que je voulais dire par relâchement, c’est qu’ils sont concentrĂ©s toute la journĂ©e pour atteindre leur objectif. Le soir, c’est un petit peu moins de pression, on va dire.

C.
C’est plus du temps ensemble. Oui, c’est vrai. Sans pour autant faire n’importe quoi.

E.
Non, bien sûr.

C.
J’ai bien compris. MalgrĂ© tout, c’est un temps oĂą ils vont jouer, oĂą ils vont Ă©changer, oĂą ils vont papouiller leur chien. Ils vont rire, ils vont Ă©couter de la musique. C’est le temps off.

E.
C’est Si on peut dire. Et donc toi, tu as sur la streinte un petit peu jusque toute la soirĂ©e. Je me demandais, ces jeunes-lĂ , toi, tu les as vus arriver très jeunes, souvent deux ans, trois ans peut-ĂŞtre avant ?

C.
Ça dĂ©pend les enfants. Il y a des jeunes pour lesquels ça va très vite ou le chien peut ĂŞtre remis assez rapidement et d’autres pour lesquels on a besoin d’un peu plus de temps. Donc c’est vraiment au cas par cas.

E.
Et pendant toute cette attente, tu es J’essaie d’ĂŞtre fidèle au poste. Comment vous fonctionnez avec Chantal, justement, dans ce binĂ´me, comme tu disais, assez fluide ? Est-ce que vous faites beaucoup de choses toutes les deux ou vous avez des familles qui vous sont attribuĂ©es Ă  l’une, Ă  l’autre ?

C.
Non, on fonctionne en binôme et on communique énormément. On fait une réunion par semaine pour savoir qui a eu qui, ce qui se passe. On fait un point chaque semaine.

E.
Et ensuite, ça vous permet de prendre le relais l’une de l’autre ?

C.
Tout Ă  fait.

E.
Puisque toi, tu restes jusqu’Ă  tard, mais pas forcĂ©ment Chantal.

C.
Elle prend le relais le matin. Mais par contre, elle vient très tĂ´t le matin. VoilĂ , c’est ce que j’allais dire. Ce qui n’est pas mon cas.

E.
Vous vous de tirer le relais, justement, sur la présence auprès des jeunes.

C.
Exactement, pour couvrir le maximum.

E.
Comment vous vous présentez aux jeunes, ce binôme-là ?

C.
C’est fluide. Les jeunes savent que Chantal est la directrice que moi, je suis son assistante.

E.
Qu’il y en a une du soir et une du matin. Et ça suffit. Ça suffit. En tout cas, aller voir Ă©voluer avec leur chien, comme j’ai vu sur le parcours d’essence. On voit qu’ils sont vraiment consciencieux. Est-ce que toi, tu as aussi ce constat de leur Ă©volution et de ce que leur apporte leur chien au quotidien, en dehors du guidage, peut-ĂŞtre ?

C.
Oui, on le voit notamment Ă  la fin de la classe de remise oĂą Ă  chaque fois que les parents reviennent viennent les chercher et ils nous disent: Mais ce n’est plus mon enfant, il a changĂ©. Effectivement, les enfants, lorsqu’ils ont enfin leur chien, oĂą ils ont vĂ©cu aussi trois semaines en compagnie d’autres jeunes, ils ont Ă©voluĂ©. Ils sont davantage sur deux. Ils ont retrouvĂ© le sourire. Il y a tout qui semble plus facile et plus fluide pour eux.

E.
Oui, parce qu’au final, pour certains, c’est peut-ĂŞtre la première fois qu’ils quittent le domicile pour trois Tout Ă  fait. Pour la majoritĂ©.

C.
La majoritĂ©, les trois semaines, effectivement, c’est la première fois. C’est parfois aussi le cas pour les petits stages, le stage de dĂ©couverte de deux jours. On a parfois des enfants qui dĂ©couchent pour la première fois.

E.
Oui, puisque ce n’est pas Ă©vident.

C.
Parce qu’ils sont jeunes et c’est une première expĂ©rience importante.

E.
Oui, c’est le dĂ©but de leur parcours, comme on disait tout Ă  l’heure. Sur ce stage de trois semaines, justement, puis sur tous les autres stages, on parle de trois semaines, est-ce qu’ils sont lĂ  ? Mais sur les autres expĂ©riences, comment ça se passe la relation avec les familles ? Est-ce que toi, en tant qu’assistante du pĂ´le enfants, vous donnez des nouvelles ou c’est plutĂ´t les jeunes qui passent en direct ? Comment ça se passe ?

C.
Souvent, les enfants appellent quand mĂŞme leur famille plus ou moins tous les soirs. Nous, on va au moins les contacter deux, trois fois quand mĂŞme durant les trois semaines parce qu’il y a toujours des informations Ă  leur communiquer, parce qu’il y a parfois aussi des interrogations que nous avons et nous avons besoin d’Ă©changer avec les familles. Et alors, pendant les trois semaines, Ă  chaque fois que j’ai une famille, je leur dis: C’est Christelle, mais ne vous inquiĂ©tez pas, tout va bien. Parce que souvent, ils ont peur.

E.
Je comprends.

C.
Pourquoi ils appellent ? Que s’est-il passĂ© ? Non, tout va bien.

E.
Ok, c’est la première phrase Ă  dire. Et ensuite, on dĂ©veloppe.

C.
Et ensuite, on développe.

E.
Oui, j’imagine. Si on m’appelait… Et d’ailleurs, c’est la première chose Ă  dire. Moi, je dis toujours: Si vous appelez des parents Ă  un moment incongru. Dites d’abord que tout va bien et ensuite dĂ©veloppez, parce que c’est trop prenant. On a beaucoup d’imagination en tant que parents. C’est ça.

C.
Le cerveau va très vite.

E.
Et donc tu les appelles, tu donnes des nouvelles.

C.
VoilĂ , on donne des nouvelles. Chantal aussi Souvent, on voit des petites photos, des petits messages qui font plaisir.

E.
Ça, c’est cool. En mĂŞme temps, je pense que c’est vrai qu’ils doivent les voir changer. 23 semaines, je trouve ça beaucoup dans une vie d’ados. C’est long.

C.
C’est long pour ces jeunes.

E.
Et puis pour ses parents aussi.

C.
Et pour sûr, peut-être même plus pour les parents que pour les jeunes.

E.
Ça arrive que les parents t’appellent ?

C.
Dans ce sens-lĂ , non. C’est moins frĂ©quent.

E.
Ils essaient d’appeler les enfants directement.

C.
Ils ont tous un tĂ©lĂ©phone. Sauf s’il y a vraiment quelque chose… Qui sentait que ça allait pas bien. Si ça va pas très bien, on va nous contacter nous. Mais pour la classe de remis, c’est assez rare quand mĂŞme.

E.
Oui, peut-ĂŞtre pour les premiers saisirs.

C.
C’est surtout pour les petits stages, les premiers.

E.
En tout cas, on voit que tu as plongĂ© dans ce monde des chiens guides Ă  fond. Justement, est-ce que tu avais envisagĂ© un petit peu tout ce qui se passait Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, oĂą il y a des choses… Est-ce que tu as dĂ©couvert des choses ou appris des choses, justement, que tu n’avais pas forcĂ©ment envisagĂ© avant ?

C.
Oui, j’ai Ă©tĂ© assez bluffĂ©e par la complicitĂ© qui se crĂ©e rapidement entre l’enfant et le chien. Pour avoir des chiens Ă  la maison, je pensais qu’il Ă©tait difficile qu’il change comme ça d’une première famille Ă  une seconde. Et en fait, les premières fois oĂą j’ai vu la rencontre famille d’accueil enfants, j’ai Ă©tĂ© assez Ă©tonnĂ©e de voir qu’Ă  la fin de l’entretien, le chien suit son jeune maĂ®tre sans presque un regard pour sa famille d’accueil qui pourtant l’a eu pendant deux ans. Et ça, ça m’a assez scotchĂ©.

E.
Oui, parce qu’en ayant des chiens Ă  la maison, parfois, on pourrait se dire qu’il faut du temps.

C.
Qu’il faut du temps. Et lĂ , en trois semaines, le chien a compris que c’Ă©tait cet enfant, que c’est pour cela qu’il a travaillĂ© et a pris un mĂ©tier. Et oui, j’ai vu des chiens qui emboĂ®taient le pas de leur jeune maĂ®tre et OK, c’est parti pour une nouvelle vie, je te fais confiance.

E.
Parce que pendant les classes de remises, au dĂ©but de la classe, comme aujourd’hui, on est le deuxième jour, mĂŞme le premier, ils sont arrivĂ©s hier, ils n’ont pas de chien encore attitrĂ©. Ils sont en plein essai, on les a vus. Par contre, ça se fait rapidement au dĂ©but de la classe.

C.
Oui, dans les premiers jours.

E.
Dans les premiers jours et après, ils vont faire le reste de la classe de remise avec ce chien. Donc, quand ils retournent dans leur famille, ça fait deux semaines et demi qu’ils ont dĂ©jĂ  leur chien.

C.
Le chien, deux semaines et demie, oui. Et c’est comme s’ils se connaissaient depuis de longs mois. C’est assez Ă©patant Ă  voir.

E.
Autant le chien que l’enfant. Je crois que c’est dans les deux sens. Tout Ă  fait. Et par rapport Ă  ces classes de remises, Ă  ton rĂ´le, est-ce que tu avais envisagĂ©… Tu pensais que tu allais ĂŞtre plus proche des chiens ou plus proche des enfants ?

C.
Des enfants ? Oui. Par rapport au poste ?

E.
Oui.

C.
C’est le cas quand mĂŞme.

E.
Et tu as des chiens Ă  la maison ? Oui. Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu as vu ces gros nounours ?

C.
Une grande confiance. Ce sont vraiment des pattes, ce sont des chiens qui n’ont aucune once de mĂ©chancetĂ©, qui se donnent corps et âme. VoilĂ , ils se sont vraiment des boules d’amour.

E.
Et toi, dans ton poste, est-ce que tu es amenée les côtoyer en dehors de quand ils sont avec leur jeune ?

C.
Lorsque nous avons des prises en charge, effectivement, comme je suis lĂ  jusqu’Ă  21h00, c’est moi qui prends la relève des Ă©ducateurs. Donc, je vais simplement vĂ©rifier que les enfants gèrent correctement les repas des chiens, la mise au les moments de dĂ©tente.

E.
Tu es garante un petit peu.

C.
VoilĂ , mais normalement, les Ă©ducateurs ont donnĂ© toutes les consignes et moi, j’ai simplement Ă  vĂ©rifier qu’elles soient respectĂ©es. Les enfants sont responsables de leur chien. Moi, j’ai juste le rĂ´le de la surveillante, mais en gĂ©nĂ©ral, tout se passe très bien.

E.
Et par rapport Ă  ça, tu as reçu une petite formation d’accĂ©lĂ©rer des Ă©ducateurs ou tu as appris sur le tas ? Les deux.

C.
Mais il est nĂ© par Je demande quand mĂŞme conseil aux Ă©ducateurs quand il y a un comportement d’un chien pour lequel je ne sais pas trop comment rĂ©agir. On a toujours une petite question, un petit conseil Ă  rĂ©cupĂ©rer par ci, par lĂ .

E.
Oui, ils sont juste Ă  cĂ´tĂ©. Vous partagez quand mĂŞme pas mal de temps ensemble, je crois, dans l’Ă©quipe.

C.
Oui.

E.
Justement, par rapport Ă  ton planning hebdomadaire, comment ça s’organise ? Tu es plutĂ´t avec les enfants, plutĂ´t avec les chiens, plutĂ´t avec les Ă©ducateurs, plutĂ´t avec le tĂ©lĂ©phone ?

C.
Ça dépend si nous avons des prises en charge ou pas. Lorsque nous avons des prises en charge, je suis plutôt avec les enfants.

E.
Comme en ce moment ?

C.
Comme en ce moment. Lorsque nous n’avons pas de prise en charge, je suis plutĂ´t avec l’ordinateur et mon tĂ©lĂ©phone OK.

E.
LĂ , c’est des tâches plutĂ´t administratives ?

C.
Administratives. LĂ , c’est tout ce qui est gestion des dossiers des enfants, mise Ă  jour, rapport tĂ©lĂ©phonique, rapport du suivi, ce genre de choses.

E.
Ok. Donc, tu as vraiment deux types de semaines, on va dire.

C.
C’est pour cela que je disais que j’Ă©tais assez polyvalente.

E.
Oui, parce que si tu es capable de faire des semaines entières avec les enfants, enfin entières, quand les enfants sont lĂ , en tout cas, tu es d’astreinte le soir. Oui. Donc, tu arrives en milieu de journĂ©e comme aujourd’hui.

C.
13h30, 21h00.

E.
Et tu fais un peu d’administratif ?

C.
Oui, jusqu’au dĂ©part des Ă©ducateurs, je fais de l’administratif.

E.
Et ensuite, tu passes sur la partie enfants.

C.
Et ensuite, je change de casquette.

E.
Oui, donc polyvalente, ce mot te va très bien. Est-ce que par rapport Ă  ton mĂ©tier d’avant, comment tu vois le lien que tu as avec les enfants ?

C.
Il est tout autre. LĂ , c’est plus une relation basĂ©e sur la confiance.

E.
Tu faisais quoi déjà avant ?

C.
J’Ă©tais enseignante. Oui. Donc, de temps en temps, il y avait des relations assez conflictuelles avec certains Ă©lèves.

E.
Tu Ă©tais de quel niveau ?

C.
Collège et lycĂ©e. Donc, c’est assez diffĂ©rent.

E.
Donc, tu as quittĂ© l’Éducation nationale pour rejoindre…

C.
La Fondation.

E.
La Fondation. Ok. Donc lĂ , tu as un peu les mĂŞmes âges. Enfin, pas lycĂ©e, ils sont…

C.
Oui, ça dépend. Oui, un peu plus petit, 12-18 ans. Collégien. Plutôt collégien.

E.
Mais du coup, tu as un autre rĂ´le dans leur vie ?

C.
Oui, c’est ça. Je ne sais pas trop comment dĂ©finir ça, mais c’est plus… Je veux pas dire une amie, mais presque une confidente, en fait. Le soir, c’est le moment oĂą ils vont relâcher un peu toute la pression de la journĂ©e, etc. Et puis, ils vont avoir davantage envie de discuter, d’Ă©changer, de se confier. Et voilĂ , je peux aussi ĂŞtre cette oreille attentive, cette personne qui va aider.

E.
Moi, j’ai connu quand j’Ă©tais en internat au collège. Ça me fait beaucoup penser Ă  ton rĂ´le auprès d’un enfant, Ă  ce que moi, j’ai pu connaĂ®tre avec d’autres adultes quand j’Ă©tais jeune. Justement, d’avoir un peu ce moment off, musical. Moi, j’Ă©tais en plus en chant-Ă©tudes, donc on avait beaucoup de musique autour de nous. Mais vraiment, oui, ce n’est pas la mĂŞme figure que l’enseignant, en tout cas.

C.
Tout Ă  fait, c’est plus accessible ici par rapport Ă  l’enseignant. En plus, en collège et lycĂ©e, c’est peut-ĂŞtre une dizaine d’enseignants par Ă©lève. Donc, le lien n’est pas du tout le mĂŞme.

E.
Et puis, tu as un lien avec une classe.

C.
Avec une classe, pas avec un Ă©lève. LĂ , c’est diffĂ©rent. Sur cette classe de remise, ils sont cinq. Donc, je vais dire…

E.
Pour trois semaines.

C.
C’est un moment bien plus privilĂ©giĂ© que pour trois semaines.

E.
Oui, du coup, ce n’est pas la gestion d’une classe, la discipline d’une classe. Pas du tout. Tu enseignes Ă  quelle matière ?

C.
Le français. Le français.

E.
Je vais faire attention Ă  mes mots, alors.

C.
C’est passĂ©. C’est une autre vie. C’est une autre vie.

E.
Et justement, la prĂ©sence des chiens autour de toi. Toi, tu en avais chez toi. Tu as voulu te rapprocher de la fondation parce qu’il y avait les chiens, pour la cause. Qu’est-ce qui t’a amenĂ© Ă  te dire: Je veux je veux ĂŞtre Ă  la fondation ?

C.
Je pense les deux. Ă€ la base, c’Ă©tait cette passion pour les chiens, cette passion pour les animaux. C’est ce qui manquait dans mon ancien emploi, la prĂ©sence de l’animal. Et ici, j’ai aussi trouvĂ© un but. Ici, on Ĺ“uvre pour amĂ©liorer la vie de certaines personnes et ça a du sens. On contribue Ă  rĂ©pandre du bonheur. Je veux dire, ce n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde de pouvoir travailler dans un endroit comme celui-ci.

E.
Et puis on sent le cadre bienveillant, en tout cas, on s’y sent bien comme Ă  la maison, j’ai envie de dire.

C.
Oui, c’est un peu ça.

E.
C’est une grande famille, la famille de la fondation. J’arrive un petit peu vers mes questions de fin. Je me demandais s’il y a un moment oĂą tu as Ă©tĂ© bluffĂ©e par un chien de la fondation qui reste un peu un souvenir marquant pour toi.

C.
Oui, j’ai Ă©tĂ© bluffĂ©e par une chienne qui s’appelle Raphia, qui a Ă©tĂ© remise Ă  une jeune fille parce que cette chienne a tout de suite compris combien cette jeune fille avait de difficultĂ©s Et c’est tout de suite… Comment expliquer ? Elle s’est rendue disponible et malgrĂ© peut-ĂŞtre ses 40 kilos, c’Ă©tait une peluche. Et Lucie, la jeune fille, a Elle a pu tout de suite en faire ce qu’elle voulait, c’est-Ă -dire que Raphia, 40 kilos, s’arrĂŞtait dès que Lucie ressentait une faiblesse et avait besoin de prendre le temps. Elle s’est tout de suite rendue compte que Lucie avait besoin de calme, de tranquillitĂ©, alors qu’elle aurait pu, pas la faire tomber loin de lĂ , aller plus vite ou la bousculer un petit peu, mais pas du tout. Raphia, elle s’est mise… Ă€ la hauteur de… Ă€ la hauteur, elle s’est mise sur la mĂŞme vitesse que Lucie, elle attendait. Et le lien s’est crĂ©Ă© tout de suite, comme si c’Ă©tait une Ă©vidence. Et ça, C’Ă©tait lors d’une prĂ©-classe oĂą Raphia avait Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  Lucie pour la semaine. Et Ă  la fin de la prĂ©-classe, CĂ©line a dit Ă  la famille, Ă  Lucie: Mais en fait, tu vas revenir en classe, mais ce sera pour Raphia.

C.
Parce que parce que c’est une Ă©vidence, ce sera elle.

E.
Oui, alors que d’habitude, la prĂ©classe, c’est un chien pour la prĂ©classe et ce n’est pas forcĂ©ment le chien dĂ©finitif.

C.
Tout Ă  fait, ce n’est quasiment jamais le chien dĂ©finitif. Le principe. Mais lĂ , c’Ă©tait comme si elle s’attendait depuis toujours.

E.
Leurs chemins se sont enfin croisĂ©s. C’est ça.

C.
Et Ă  la fin de cette prĂ©classe, j’ai mĂŞme dit Ă  Lucie en bilan: Ton visage, il a changĂ©. Tu es arrivĂ© lundi, tu Ă©tais crisp. FrappĂ©. Et lĂ , le vendredi, ton visage est devenu tout lisse. Tu es apaisĂ©. Et c’est un peu le chien miracle.

E.
On me parlait ce matin aussi avec Marina d’une jeune qui Ă©tait arrivĂ©e en disant pour la stageouverte. Je n’aime pas les chiens. Je ne suis pas lĂ  pour les chiens, je suis lĂ  pour faire plaisir Ă  mes parents.

C.
Oui, je vois très bien de qui vous parlez.

E.
Qui justement avait pleuré dans la voiture pour ne pas venir.

C.
Et qui a apparemment pleurĂ© dans la voiture en repartant pour ne pas partir. Tout Ă  fait. C’est notre petite Marseillaise qui aujourd’hui est accompagnĂ©e d’une formidable chienne qui s’appelle Swing. Et toutes les deux forment un binĂ´me Ă©patant aussi.

E.
Et c’est ça que toi, tu dois… En voyant les enfants Ă©voluer du premier contact, on va dire, parce qu’il y a quand mĂŞme souvent quelques annĂ©es qui se passent entre le premier contact et la remise, c’est de les voir Ă©voluer. Bien sĂ»r, ils grandissent, ils mĂ»rissent parce que ce sont des enfants. Et en en mĂŞme temps, ils s’Ă©panouissent auprès de leur chien. Ça, ça doit ĂŞtre particulier. Et comme tu disais, tu leur fais un bilan aussi en fin de… C’est toi qui fais le bilan avec Chantal ? Comment ça se passe ?

C.
Alors, soit c’est Chantal et les Ă©ducateurs, soit c’est moi et les Ă©ducateurs. Ok.

E.
Selon qui est disponible, vous prenez le relais toujours. C’est ça. L’objet de ce bilan, c’est de leur faire un retour ?

C.
VoilĂ , un retour sur le stage. Comment ils l’ont vĂ©cu, ce qu’ils ont ressenti, est-ce qu’ils se sont sentis Ă  l’aise, est-ce qu’ils ont envie d’ĂŞtre accompagnĂ©s par un chien guide. Et on Ă©coute l’enfant, on Ă©coute la famille. Et ensuite, nous, nous faisons aussi un retour, ce qui s’est passĂ© durant le stage. Est-ce qu’il y a des points Ă  approfondir ? Est-ce qu’il y a des choses, au contraire, qui sont acquises ? Et enfin, qu’est-ce que l’on peut proposer pour l’avenir ?

E.
Donc, c’est l’occasion de reproposer une classe de dĂ©couverte. Ça peut. De reproposer une prĂ©-classe.

C.
Une pré-classe ou directement une visite au domicile de la famille.

E.
Pour poursuivre le chemin vers la classe de remise.

C.
Pour poursuivre tranquillement. Oui, oui.

E.
Donc oui, c’est un moment… J’imagine que les familles retrouvent leur jeune et sont un peu dans un moment d’hĂ©sitation.

C.
Oui, il y a un petit moment de doute, de flottement, parce qu’ils arrivent et ils passent rapidement en bilan. Donc, ils vont dĂ©couvrir en direct comment le jeune a vĂ©cu le stage et ce qu’il a pensĂ© de cette expĂ©rience.

E.
Ça doit ĂŞtre vraiment… Ils doivent tellement attendre ça depuis longtemps. Oui, tout Ă  fait. C’est sĂ»r que d’avoir vraiment… Et puis en plus, eux, ils savent pas forcĂ©ment tout ce qui s’est passĂ©. J’imagine que le jeune, quand il les appelle durant les classes, ils disent pas tout.

C.
Je pense Ça, je ne le sais pas parce que les enfants, souvent, passent leur appel tĂ©lĂ©phonique en chambre. Mais j’imagine bien que les parents ne savent pas tout.

E.
Mais oui. Et du coup, dĂ©couvre… Moi, j’imagine que de toute façon, ça se passe assez bien. Il n’y a jamais eu de mauvaises prises en charge ?

C.
Non, toute prise en charge est une expérience, même si elles sont différentes.

E.
Il me reste à te poser quelques questions. Est-ce que tu peux nous confier ton pire et ton meilleur moment que tu as passé au sein de cette fondation ?

C.
Je vais commencer par le pire pour finir sur le meilleur.

E.
Exactement, c’est ce que je propose Ă  chaque fois.

C.
Le pire, encore, c’est un…

E.
Un doux pire.

C.
Un doux pire, un gentil pire. C’est de temps en temps, il arrive que les chiens soient malades. Et lorsque c’est le cas, il y a des petites surprises en chambre qu’il faut rapidement nettoyer avant que le jeune marche de dents. Il faut ĂŞtre rĂ©actif quand cela arrive, mĂŞme si cela arrive rarement.

E.
Ça peut arriver.

C.
Ça peut, c’est dĂ©jĂ  arrivĂ©. Comme nous, ils sont des ĂŞtres vivants, donc il leur arrive d’ĂŞtre malades. Il y ce petit dĂ©sagrĂ©ment, parfois.

E.
Il faut intervenir, tu disais, juste avant que les jeunes qui ne voient pas forcĂ©ment ce qui se passe…

C.
VoilĂ , parce que les jeunes vont sentir, vont entendre qu’il y a parfois un problème, mais par exemple, ils peuvent ne pas voir et marcher dedans, renverser quelque chose ou ouvrir la porte dedans, ce qui Ă©tale bien. Oui. BientĂ´t. VoilĂ , donc ça, ce n’est pas très agrĂ©able, mais Ça reste un doute, Pierre.

E.
Et pour le meilleur moment ou les meilleurs moments ?

C.
C’est plutĂ´t les meilleurs moments et ça va ĂŞtre souvent le jour de la remise, le dernier jour, lorsque les parents viennent rĂ©cupĂ©rer leur enfant au bout des trois semaines et le nouveau membre de leur famille. Ça, c’est magique. C’est un moment oĂą on pleure beaucoup. Il y a beaucoup de moments oĂą on pleure beaucoup, en fait. Celle-ci. Il y a aussi un très beau moment, c’est la remise officielle lors des journĂ©es portes ouvertes. Ça, c’est magique. C’est une magnifique cĂ©rĂ©monie oĂą on va remettre officiellement le chien guide Ă  l’enfant avec la famille d’accueil aussi qui monte sur scène, qui Ă©change avec les familles. Et ça, c’est toujours un grand moment d’Ă©motion.

E.
Je l’ai encore manquĂ© cette annĂ©e, mais promis. L’annĂ©e prochaine. L’annĂ©e prochaine, en plus, Marina m’a bien rappelĂ© que c’Ă©tait les 10 ans, je serai lĂ .

C.
C’est obligatoire. C’est vraiment des journĂ©es qui restent en mĂ©moire. Et ensuite, il y a des moments aussi d’Ă©motion. C’est, par exemple, ça peut ĂŞtre le soir, lorsque la journĂ©e est terminĂ©e, tout le monde est parti. Et je vois qu’il y a un enfant qui reste un peu au salon et qui fait un câlin Ă  son chien. Et ça, c’est des moments de douceur. Et un chien, peut-ĂŞtre, qui pose sa tĂŞte dĂ©licatement sur le pied de son jeune maĂ®tre. Mais c’est beau. C’est une relation qui est naissante, mais qui est bel et bien lĂ .

E.
Qui existe. Qui existe. Et on le sait qu’ils l’attendent. Je pense que tu dois sentir aussi chez ces jeunes cette impatience.

C.
Chez les jeunes, Ă©normĂ©ment. Dès le premier stage. Parfois, c’est un rĂŞve qu’ils ont depuis longtemps, mais ils attendent leur 10, 11 ans pour pouvoir enfin venir. Et c’est un rĂŞve Ă  concrĂ©tiser.

E.
C’est sĂ»r qu’elle est bien cette barrière de l’âge qui est brisĂ©e grâce Ă  la fondation. On peut avoir son chien en Ă©tant mineur. Et Ă  la fois, il faut ĂŞtre assez grand mineur pour pouvoir y avoir le droit. Je sais qu’il y a beaucoup de jeunes enfants qui en rĂŞvent et qui n’attendent qu’une chose, c’est de grandir pour pouvoir s’Ă©panouir, mĂŞme s’il leur reste encore plein de choses Ă  apprendre avant. Ça fait partie de la perspective et de l’Ă©volution qu’ils souhaitent pour pouvoir gagner en autonomie, notamment.

C.
Tout Ă  fait, oui. C’est le chien guide, c’est un tremplin sur un avenir qui sera plus doux et qui sera meilleur pour eux. Peut-ĂŞtre faciliter avec l’arrivĂ©e du chien.

E.
Avec un garant de ne pas avoir de solitude aussi. Je crois que c’est très important.

C.
Un meilleur ami.

E.
Un meilleur ami, comme tu disais. Écoute, je te remercie Christelle pour toute cette histoire. Je suis ravie, en tout cas, d’avoir dĂ©couvert ta reconversion. Je pense que tu ne regrettes rien. Non, pas du tout.

C.
Si c’Ă©tait Ă  refaire, je le referai tout de suite.

E.
D’avoir trouvĂ© un rĂ´le un petit peu diffĂ©rent auprès de ses enfants et Ă  la fois beaucoup plus Ă©panouissant, il me semble. En tout cas, dans ton histoire.

C.
C’est le cas. Merci beaucoup. Merci Ă  toi, Estelle.

E.
Ă€ bientĂ´t. Ă€ bientĂ´t. Et voilĂ , c’est la fin de cet Ă©pisode. Et vous l’aurez devinĂ©, Christelle parle bien de LĂ©ana de l’Ă©pisode 71 prĂ©cĂ©dent en Ă©voquant la jolie Marseillaise et sa chienne Swing. Si vous avez apprĂ©ciĂ© cet Ă©pisode sur l’accompagnement des jeunes vers la remise de leur chien guide, je vous conseille d’Ă©couter l’Ă©pisode 53 avec Florine, qui nous explique comment l’association Acadia accompagne les jeunes diabĂ©tiques dans la remise de leur chien d’assistance. De mon cĂ´tĂ©, je vous dis Ă  très bientĂ´t pour le prochain Ă©pisode sur l’univers mĂ©connu des chiens guides d’Avray.

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