Demander un chien guide, c’est avant tout demander un chien, ça peut paraitre le rĂȘve de nombreux ados, mais sur ce point LĂ©ana faisait exception ! Pour elle, les animaux c’est sale, ça pue et ça n’a aucun intĂ©rĂȘt, alors c’est uniquement face au chantage de ses parents qu’elle se rĂ©signe Ă  rejoindre la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne en pleurs pour le tout premier week-end dĂ©couverte
qui ne sera que le dĂ©but d’une belle et longue aventure !

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Transcription intégrale

 

Transcription générée automatiquement par Happy Scribe

E.
Salut Ă  tous, je m’appelle Estelle et je suis passionnĂ©e depuis toujours par les chiens guides d’aveugles. BĂ©nĂ©vole pour cette cause Ă  Paris depuis des annĂ©es et aujourd’hui Ă  Lyon, j’ai lancĂ© le podcast Le dire chien guide Ă©tant persuadĂ© que l’univers des chiens guides d’aveugles mĂ©rite d’ĂȘtre mieux connu par tous afin que chacun puisse y trouver sa place. Mais savez-vous que seuls 1% des dĂ©ficients visuels sont accompagnĂ©s d’un chien guide ? Alors pour mieux comprendre par qui et comment ils sont Ă©duquĂ©s, mais aussi pour dĂ©couvrir leur rĂŽle dans le quotidien de leur maĂźtre et les bouleversements Ă  leur arrivĂ©e, je vous partage deux fois par mois mes Ă©changes avec un invitĂ© issu de cet univers, maĂźtre de chien guide, bĂ©nĂ©vole et tant d’autres. Pour en savoir encore plus, n’oubliez pas de vous inscrire Ă  ma newsletter mensuelle pour dĂ©couvrir les coulisses du podcast, les actualitĂ©s des chiens guides et bien sĂ»r, des nouvelles de mes invitĂ©s. Avoir peur des animaux et demander un chien guide, c’est tout Ă  fait contradictoire, mais c’est bien le cas de la LĂ©ana, dont les parents ont fait la demande de chien guide malgrĂ© elle. Et comme vous l’avez entendu dans l’épisode prĂ©cĂ©dent avec Marina et l’entendrez dans le prochain avec Christelle, cela donne une situation totalement incongrue, avec des pleurs pour aller Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne et des pleurs pour ne plus en repartir.

E.
Alors mĂȘme que notre enregistrement Ă©tait prĂ©vu avant qu’on me raconte doublement son histoire, j’étais encore plus impatiente de l’entendre pour vous la partager. Et maintenant, place Ă  l’épisode. Bonjour LĂ©ana. Bonjour. Merci d’avoir acceptĂ© mon invitation sur mon podcast, Futur Shinguid. Je suis ravie de t’avoir Ă  mon micro. On avait Ă©changĂ© dans l’étĂ© et Ă  la rentrĂ©e 2023. On s’était dit: Ce serait bien de faire un Ă©pisode ensemble. Et puis, j’ai eu l’occasion d’aller Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne il y a 15 jours et mes deux invitĂ©s que j’ai interviewĂ©s lĂ -bas m’ont parlĂ© de toi. On s’était dit: On enregistra pendant les vacances de la Toussaint. On y est, donc on enregistre, mais quand mĂȘme, tu es quand mĂȘme trĂšs connue Ă  la Fondation. Est Est-ce que rapidement, dĂ©jĂ , tu peux te prĂ©senter avant de nous dire pourquoi ?

L.
Je m’appelle LĂ©ana, j’ai actuellement 16 ans, je vais sur mes 17 ans. J’ai 17 ans lĂ  ce mois-ci. Je suis en Terminal, au lycĂ©e SĂ©vignĂ©, Ă  Marseille. Ça a Ă©tĂ© un peu compliquĂ© pour moi au niveau de l’intĂ©gration, mais depuis que j’ai mon chien, ça a beaucoup, beaucoup, beaucoup changĂ© pour moi.

E.
Oui, tu es un chien de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne. La Fondation, pour le rappeler, pour ceux qui nous Ă©coute peut-ĂȘtre pour la premiĂšre fois, c’est une association qui est assez particuliĂšre dans l’univers des chiens de guides d’aveugles en France, puisqu’elle remet des chiens Ă  des enfants, des ados, des jeunes adultes, puisque vous avez entre 12 et 18 ans, ce qui n’est pas le de toutes les associations Ă  cĂŽtĂ© qui remettent des chiens Ă  des majeurs. On en a dĂ©jĂ  parlĂ© d’ailleurs dans diffĂ©rents Ă©pisodes sur mon podcast et on en a aussi parlĂ© rĂ©cemment, dĂ©but 2024. Toi, comment ça s’est passĂ© ? Pourquoi on te connaĂźt comme le loup blanc Ă  la Fondation ?

L.
Tout simplement parce que je considÚre mon histoire comme un petit peu atypique, parce que je suis arrivée à la Fondation en octobre 2020 avec la boule au ventre aprÚs avoir pleuré deux heures entre Marseille et Lille, sur la Sorgue, dans la voiture. Pourquoi ?

E.
Pourquoi, pourquoi, pourquoi pleurer ?

L.
Tout simplement, pleurer parce que j’avais vraiment une phobie, une trĂšs, trĂšs grosse phobie des chiens. Je n’en avais jamais vraiment trop cĂŽtoyĂ©. Donc, c’était quelque chose que j’apprĂ©hendais. Et puis, mĂȘme si mes parents me disaient: LĂ©ana, tu vois bien qu’avec la canne, c’est trĂšs dur pour toi, que tu ne t’en sors pas, que tu n’arrives pas Ă  gagner en autonomie. Le chien, c’est super pour toi. Et je disais: Non, vraiment, je ne voulais pas. Et puis ensuite, pendant les deux heures, j’ai pleurĂ©. Quand je suis arrivĂ©e, je leur ai dit Ă  tous une phrase que madame Robault, la directrice de la fondation, ressort souvent. C’est: Moi, je suis lĂ  que pour ma mĂšre. Et alors cette phrase-lĂ , elle a marquĂ© vraiment tout le monde.

E.
Et tu leur as surtout dit que tu ne repartirais pas avec un chien, que ça ne t’intĂ©ressait pas.

L.
Oui, c’est clair. C’était un C’est impossible pour moi de repartir avec un chien, ni mĂȘme d’en toucher un durant le stage de dĂ©couverte. Et justement, cette phrase, elle m’a mĂȘme fait honte lors de la cĂ©rĂ©monie des journĂ©es portes ouvertes qui a eu lieu cette annĂ©e. Ça m’a fait honte de le rĂ©entendre parce que du coup, j’ai pu leur prouver tout le contraire.

E.
Parce que cette phrase, elle a été enregistrée ?

L.
Lors de la cĂ©rĂ©monie des journĂ©es portes ouvertes. Mais sinon, elle a bien Ă©tĂ© enregistrĂ©e dans la tĂȘte de tous les salariĂ©s, ça, c’est sĂ»r.

E.
C’est ce que j’allais dire. Moi, j’ai eu Marina Ă  mon micro, j’ai eu Christelle aussi, qu’on entendra bientĂŽt sur le podcast. C’est vrai que quand je leur ai demandĂ© des histoires un petit peu marquantes, elles m’ont parlĂ© de toi. Ce n’est pas courant d’arriver. DĂ©jĂ , pour qu’on en apprenne un peu plus sur toi, est-ce que tu peux nous choisir trois mots pour te dĂ©crire toi ? Si on devait prĂ©senter LĂ©ana en trois mots, tu dirais quoi ?

L.
Je suis vivante, je suis aussi serviable et je suis quand mĂȘme quelqu’un de trĂšs sensible.

E.
On va garder les trois mots pour dĂ©crire ton chien quand on en parlera. Je veux revenir d’abord sur ce week-end de dĂ©couverte. Le stage de dĂ©couverte nous a dit en octobre 2020: C’était donc Ă  2h00 des Chez toi, puisque la fondation Ă©tait Ă  2h00 de Marseille. Tu dĂ©barques lĂ -bas en me disant Ă  tout le monde: No way, les gars, je ne veux pas de chien. Je suis lĂ  pour mes parents. Le stage de dĂ©couverte, c’est quand mĂȘme deux jours et une nuit sur place, dont une nuit au milieu sur place.

L.
Avec un chien ?

E.
Oui. Le principe, c’est de voir si le chien, c’est quelque chose pour toi. Toi, tu y allais pour voir et dire à tes parents: C’est bon, lñchez-moi la grappe. C’est un peu ça ?

L.
Oui, j’y suis allĂ©e surtout pour leur faire plaisir parce qu’il y avait des choses qui Ă©taient en jeu. C’est plus de musique, plus de tournage. En plus, je devais faire un tournage dans une sĂ©rie la semaine d’aprĂšs. Donc, on m’a dit: Si vraiment tu ne fais pas cet effort-lĂ , on arrĂȘte tout et tout. Donc, je me suis dit: Si vraiment il me force, c’est qu’il y a quelque chose d’incroyable, mais je n’arrive pas encore Ă  le voir. Puis surtout quand j’ai appelĂ© aprĂšs ma mĂšre Ă  17h00 en FaceTime avec un chien Ă  cĂŽtĂ© de moi, elle en revenait pas. Elle me disait: Ma fille, tu as touchĂ© un chien ? Je n’y crois juste pas.

E.
Alors Ă  17h00, tu Ă©tais en FaceTime avec un chien. Comment ça s’est passĂ© ? Moi, je suis hyper curieuse quand mĂȘme.

L.
En fait, ça s’est On a commencĂ© que la matinĂ©e du stage de dĂ©couverte, on a appris Ă  utiliser le matĂ©riel, se servir de la laisse, du harnais. Ils nous ont appris un petit peu quelques ordres de base pour le chien. Puis ensuite, on a mangĂ©. J’ai pu un petit peu dĂ©compresser avec les amis, faire connaissance. Et j’avais ce besoin, durant ce petit moment d’échange, de me mettre en valeur, de faire savoir qui j’étais et que vraiment, j’avais peur, j’insistais sur ma peur. Puis ensuite, on m’a dit: LĂ©ana, maintenant, tu n’as plus le choix, tu vas devoir aller au chenil. Tu n’es quand mĂȘme pas venu pour rien, donc tu vas devoir faire ce premier pas. Donc, on m’a assise et on m’a remis mon chien en dernier. Et puis ensuite, j’ai commencĂ© Ă  lui toucher le dos. Mon Ă©ducateur m’a mis la main sur le dos du chien. Puis j’ai rĂ©alisĂ© que c’était doux, que ce n’était pas un animal auquel je pourrais avoir peur. Je n’ai pas voulu quand mĂȘme toucher sa truffe. Durant beaucoup de temps, beaucoup de stages, tout ce qui Ă©tait le museau, la tĂȘte, la truffe me faisait assez peur.

L.
Mais du coup, je n’ai pu que lui toucher le dos. Donc c’est vrai qu’on ne pouvait pas dire qu’il y avait une superbe complicitĂ© parce que je n’arrivais pas moi-mĂȘme Ă  le dĂ©couvrir. Mais c’était quand mĂȘme dĂ©jĂ  beaucoup. Je trouve que j’avais fait beaucoup d’efforts et que pour, justement, remercier mes parents, j’ai appelĂ© ma mĂšre avec mon chien en FaceTime et mes parents Ă©taient Ă©mus et je les ai vraiment remerciĂ©s de tout mon cƓur parce que j’avais enfin compris que le chien, ça pouvait m’aider et que ça allait m’apporter beaucoup plus de choses qu’une simple canne blanche.

E.
Ça, c’est quelque chose que tes parents avaient compris avant toi ?

L.
Oui, ils avaient compris avant moi parce qu’on Ă©tait dans un rassemblement Il y a un monsieur qui a interpellĂ© mes parents et qui leur a dit: Vous savez, je suis donateur pour la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, ça peut ĂȘtre super pour votre fille. Et puis moi, je me suis interposĂ©e en disant que c’était non, que je n’aurais pas de chien et que je n’en toucherai jamais de ma vie. Et puis mes parents ne m’ont pas Ă©coutĂ©e. D’ailleurs, dĂšs que je suis rentrĂ©e du stage DĂ©couverte, je leur ai dit que maintenant, c’était mon projet, que c’était Ă  moi de mener ce projet de chien guide et que ce n’était plus leur projet, c’était dĂ©sormais le mien.

E.
Oui, parce que quand Quand on se remet un petit peu dans la situation, on est dans le chenil, lĂ . Quand tu dis qu’on te remet un chien, tu le mets la main sur le dos, Ă  ce moment-lĂ , ce n’est pas ton chien guide dĂ©finitif. Non. C’est le chien qu’on te confie pendant la classe dĂ©couverte, qui te permet un peu d’apprĂ©hender, et c’est vraiment le cas pour toi, d’apprĂ©hender la prĂ©sence d’un chien et ce que c’est qu’un chien. Cette peur un petit peu que tu avais, on en a parlĂ© quand on s’est appelĂ© avant l’épisode, tu me racontais qu’en fait, depuis toujours, les animaux, en gĂ©nĂ©ral, pas que le chien, pour toi, ce n’était pas intĂ©ressant, voire repoussant au final.

L.
Oui, c’était trĂšs repoussant. Je trouvais ça bĂȘte et pas forcĂ©ment trĂšs intelligent. Je n’arrivais pas Ă  voir comment un animal pouvait accompagner une personne, ni mĂȘme quand Quand on entendait des gens, par exemple, avec des chats ou des chiens, ĂȘtre complĂštement, je dirais un peu, gaga avec leurs animaux, Ă  les caliner, Ă  les papouiller, Ă  leur parler, limite, je trouvais ça fou et bĂȘte un peu. Je me disais: Mais moi, je ne suis pas comme ça et je ne me vois pas porter de l’affection Ă  quelqu’un qui, sur ses quatre pattes, va avancer et va me guider. Je n’imaginais mĂȘme pas qu’un chien pouvait comprendre en avant. Qu’il soit Ă©duquĂ© ou pas, je n’avais pas du tout cette conscience que le chien pouvait comprendre ce que dit l’humain et rĂ©pondre et apporter aussi de l’amour Ă  l’humain. Justement, c’est ça que le chien aussi m’a fait rĂ©aliser, c’est que comme tout ĂȘtre vivant, il peut apporter de l’amour Ă  son maĂźtre. C’est un amour inconditionnel d’ailleurs.

E.
Quand on en a parlĂ©, Je t’avais demandĂ© par rapport Ă  ta cĂ©citĂ©, parce qu’aujourd’hui, tu es dans le noir total. D’ailleurs, on a coupĂ© nos camĂ©ras, comme je le disais, avant de dĂ©clencher l’enregistrement, parce que des fois, je souris pendant une demi-heure, mĂȘme si ça s’entend dans mes paroles, j’imagine, et je le sais. Toi, de ton cĂŽtĂ©, tu es dans le noir total depuis la naissance ?

L.
Oui, j’ai toujours Ă©tĂ© en cĂ©citĂ© totale.

E.
C’est sĂ»rement une des parties de l’explication, tu me disais, sur l’approche un petit peu et l’apprĂ©hension que tu avais sur les animaux en gĂ©nĂ©ral et d’autant plus sur le chien.

L.
Parce que j’ai Je n’ai jamais eu de rĂ©elle reprĂ©sentation mentale de quelconque animal. Et aprĂšs, j’avoue que je n’ai pas forcĂ©ment cherchĂ© un apport aussi de mon cĂŽtĂ©, parce que ça ne m’intĂ©ressait pas. MĂȘme quand j’allais Ă  la ferme, j’étais assez distante avec les animaux. Il fallait que je me cache ou que je m’agrippe Ă  quelqu’un pour essayer de me calmer, mais je rendais fou les gens. C’était plus fort que moi.

E.
C’est quelque chose qui Ă©tait viscĂ©ral pour toi, tu as appris ? Oui. C’était comme ça et on peut comprendre en ayant un peu ce prĂ©alable Pourquoi tu as pleurĂ© pendant deux heures. En fait, on t’envoyait un petit peu, pas en enfer, mais presque de ton point de vue, c’était vraiment aller lĂąche-moi.

L.
Pour moi, c’était: On voulait ma mort, clairement.

E.
Carrément ?

L.
Oui, pour moi, c’était me mettre en contact avec un animal, sans personne qui puisse me rassurer, parce que les Ă©ducateurs, ce n’est pas mes parents, ils me connaissent Ă  peu prĂšs mĂȘme pas deux, trois heures. Pour moi, c’était comme si vraiment on ne m’aimait pas et qu’on voulait m’envoyer en enfer, c’est ça ?

E.
Et aprĂšs, j’imagine du coup, maintenant qu’on sait tout ça, la joie de tes parents Ă  17h00 en FaceTime, limite, tu as demandĂ© si c’était un chien peluche, non ?

L.
Oui, ils m’ont dit: Attends, mais LĂ©ana, tu es avec un chien ? Je leur ai dit: Oui, je suis avec un chien. Et puis aprĂšs, j’ai pleurĂ© aussi deux heures en retour, mais du coup, ce n’était pas pour les mĂȘmes choses. C’était parce que j’avais eu des expĂ©riences avec le chien, j’étais allĂ©e en ville, on a fait de la marche au pied et puis j’ai gagnĂ© en assurance. Ce n’était pas encore ça, parce qu’il y avait quand mĂȘme un gros travail Ă  faire derriĂšre en locomotion. Mais j’ai pleurĂ© deux heures au retour parce que justement, je ne voulais plus partir et mon chien me manquait. Et quand je suis rentrĂ©e Ă  la maison, j’ai pris du recul, je me suis dit Il y en a un animal te manque, ce n’est pas normal. Je me suis dit: Redescends, tu n’es pas censĂ© ĂȘtre gaga d’un animal, donc redescends, ton animal ne te manque pas, tu l’as vu qu’une fois. Donc, tu ne peux pas vraiment dire qu’il te manque. Mais c’était vraiment un parce que j’avais fait une superbe dĂ©couverte.

E.
Ce n’était qu’une seule fois, mais c’était presque 48 heures. C’est quand mĂȘme un stage trĂšs intensif dans le sens oĂč tu es baignĂ©e Ă  la fondation. Quand je l’ai visitĂ© la mi-octobre, vous avez l’hĂ©bergement sur place, tout est fait pour vous accueillir dans les diffĂ©rents lieux de vie. D’ailleurs, tu disais que tu as vĂ©cu avec ce chien. Il n’y a pas eu que le FaceTime, il n’était pas lĂ  que pour la figuration. D’ailleurs, comment s’appelle-t-il, ce chien ?

L.
La chienne que j’ai eue au tout premier stage dĂ©couverte, elle s’appelle Onyx. Elle a Ă©tĂ© remise Ă  Manon Bernard, une bĂ©nĂ©ficiaire de la fondation. Avec eux, je suis d’ailleurs trĂšs souvent en contact parce que j’avais ce besoin d’échanger avec elle en lui disant que vraiment, sa chienne, elle a Ă©tĂ© un amour et qu’elle m’a ouvert les yeux. Elle est trĂšs fiĂšre aussi de savoir ça.

E.
Notamment, vu que vous restez aussi la nuit sur place, l’accueil du chien, comme je le disais, ce n’est pas juste pour le FaceTime. LĂ , tu l’as gardĂ© Ă  tes cĂŽtĂ©s C’est aussi peut-ĂȘtre pour ça que les deux heures de retour Ă©taient encore plus compliquĂ©es. Ce n’était pas qu’un contact ponctuel qui t’a permis d’ouvrir les yeux, comme tu le dis.

L.
Parce que j’ai pu lui faire des cĂąlins, j’ai pu prendre soin d’elle, j’ai pu comprendre enfin comment elle pouvait me guider. Ça a Ă©tĂ© pour moi une superbe aventure, mĂȘme si ce n’était que 48 heures et qu’au retour, j’ai pleurĂ© toutes les larmes de mon corps en ne voulant pas quitter Onyx.

E.
C’est ce que m’ont dit les personnes de la Fondation. Quand on parle de toi, la phrase qui revient, c’est: Elle a pleurĂ© deux heures Ă  l’aller pour ne pas venir. Elle a plaisĂ© deux heures au retour parce qu’elle ne voulait plus partir. C’est ça. AprĂšs ce moment hyper intense, c’est aussi ça, c’est l’émotion. Une fois rentrĂ©e chez toi, est-ce qu’il y a eu un doute sur le
 Comme tu disais, on n’a pas le droit d’ĂȘtre gaga d’un chien. Alors, il ne faut pas discuter avec moi sinon, parce que lĂ , tu ne t’adresses pas Ă  la bonne personne sur ne pas ĂȘtre gaga. Toi, est-ce que quand tu es redescendue, que tu as pris du recul, quelles Ă©taient tes rĂ©flexions ?

L.
Ça a Ă©tĂ© trĂšs compliquĂ© pour moi parce que je ne voulais plus utiliser ma canne. Je ne voulais plus du tout avoir ce contact avec la canne. Moi, c’était le chien ou rien. Maintenant que j’avais dĂ©couvert ça, ce n’était que ça. Ça hantait mes nuits, mes rĂȘves. Au point de m’embrouiller avec les instructeurs de locaux parce que je ne voulais pas travailler, je ne m’en is pas. Je ne savais plus quoi faire. J’étais complĂštement dĂ©munie parce que je sentais que je ne progressais pas et que ça matchait plus. Avec ma canne, je n’arrivais pas Ă  prendre mes trajets parce qu’il faut savoir que je suis partie du stage aux dĂ©couvertes avec quand mĂȘme des choses assez blessantes de la part de la fondation, du genre: Tu n’auras pas de chien, tu n’es pas assez forte en locaux. LĂ , OK, certes, tu l’as apprĂ©hendĂ©, mais LĂ©ana, tu n’en auras pas le chien, ce n’est pas pour toi. Il ne faut pas que tu te mettes dans la tĂȘte que tu en auras un. Ça, vraiment, ça m’a beaucoup blessĂ©. Du coup, ça fait que quand j’ai voulu poursuivre le travail avec les instructeurs de locaux, ça a Ă©tĂ© trĂšs dur.

L.
J’en suis mĂȘme venue Ă  discuter avec mes parents de ça en leur disant que vraiment, je n’arrivais pas Ă  progresser. Du coup, mes parents m’ont dit: Appelle Chantal Robaut. Je lui ai dit: Dis-lui que vraiment, c’est dur pour toi, que tu ne te sens pas bien. Explique-lui ce que tu ressens, explique-lui quels sont les points sur lesquels tu n’arrives pas Ă  progresser. Je lui ai expliquĂ© tout ça et limite sur le bord des larmes, elle m’a dit: Ma belle ne t’inquiĂšte pas, ton suivi et ton projet avec nous n’est pas fini. Ça ne s’arrĂȘte pas lĂ . Elle m’a mĂȘme proposĂ© de retourner faire un deuxiĂšme stage dĂ©couverte en fĂ©vrier 2021.

E.
Oui, donc tu as eu quand mĂȘme une grande partie de doute de par le retour du premier stage de dĂ©couverte, de par le boulot qu’il va falloir faire de ton cĂŽtĂ© pour gagner en autonomie en locomotion. C’est ça. On le dit toujours, un chien guide, ce n’est pas automatique, ce n’est pas un GPS. Et donc, il faut avoir une certaine autonomie Ă  la canne, une comprĂ©hension de l’environnement pour pouvoir lui donner les bonnes instructions pour qu’il vous guide.

L.
Exact.

E.
Et donc, ça peut ĂȘtre, en effet, j’imagine, trĂšs frustrant. Notamment, un des trois mots que tu nous as dit, c’est le mot sensible. On comprend bien que tu ne voulais pas y aller, tu ne voulais plus en partir et que tu voulais foncer, peut-ĂȘtre baisser dans le projet. Encore une fois, ce n’est pas moi qui vais te dire le contraire. Et dans ces cas-lĂ , en En fait, parfois, il y a des petits freins qui sont nĂ©cessaires. Le fait de travailler la locomotion, je pense que finalement, c’était quand mĂȘme important et c’était vraiment ce dont tu avais besoin lĂ , tout de suite.

L.
Oui, c’est ça. Lorsque Madame Robo m’a rappelĂ© pour faire un stage. J’ai Ă©tĂ© tout enchantĂ©e et j’ai pu finir les quelques mois qui me restaient de locaux. Donc, j’ai fait mon deuxiĂšme stage dĂ©couverte. J’ai Ă©tĂ© en compagnie de Jasty, un super chien qui me manque Ă©normĂ©ment d’ailleurs. C’est un chien qui est originaire du QuĂ©bec. Elle a actuellement neuf ans et elle a connu beaucoup d’enfants. Ils voulaient me la donner aussi parce qu’elle avait connu pas mal de gens, pas mal de personnalitĂ©s, donc c’était peut-ĂȘtre mieux pour moi. Elle a Ă©tĂ© trĂšs douce et j’ai d’ailleurs pu toucher sa truffe et son museau. C’était quelque chose que je n’oublierai jamais. Elle a Ă©tĂ© trĂšs caline et trĂšs douce avec moi. Mes meilleurs moments, c’était avec elle parce que je me sentais dans ma bulle, dans mon Ă©lĂ©ment, avec majestĂ©, rien que moi pendant deux jours. C’était un vrai bonheur. Je suis repartie avec beaucoup de compliments de la part des Ă©ducateurs qui me disaient: LĂ©ana, on est super fiers de toi, tu as fait de superbes efforts. Il reste encore quelques petits Ă©lĂ©ments Ă  rĂ©gler, notamment la posture et notamment l’autonomie. Parce qu’il faut savoir qu’en dehors de tout ce qui Ă©tait l’apprentissage du chien, j’avais besoin aussi d’apprendre l’autonomie.

L.
Je n’allais pas encore au collĂšge toute seule. J’ai dĂ» apprendre ça et ensuite, ils m’ont dit: LĂ©ana, maintenant, tu passes en prĂ©-classe, on te laisse passer en prĂ©-classe, mais ton objectif, c’est qu’avant la prĂ©-classe, tu saches aller toute seule au lycĂ©e.

E.
Donc, tu avais un objectif bien précis ? Oui. Un challenge à relever. Oui. Et au final, aller toute seule au lycée, mais avec la canne. Oui. Et je ne sais pas combien de temps tu es du lycée.

L.
Il n’y a mĂȘme pas mĂȘme pas 500 mĂštres.

E.
Pour nous donner un peu une indication des progrĂšs Ă  faire Ă  l’époque. Sachant qu’aujourd’hui, je pense que ces 500 mĂštres, en bonne compagnie d’un toutou, tu les files trĂšs vite. Ce n’est mĂȘme plus une question. Ça fait partie de ton quotidien. C’est une particularitĂ© aussi de la fondation, et on en a beaucoup parlĂ© avec Christelle, qui est l’assistante de Chantal Robo dont tu parles beaucoup, c’est aussi l’adaptation et l’adaptabilitĂ© qu’a la fondation en fonction de vos Ă©tats dans la vie, j’ai envie de dire.

L.
Et nos personnalités. Voilà.

E.
C’est-Ă -dire qu’il y a la stage dĂ©couverte, il y a la prĂ©-classe et il y a la classe de remise. Mais au final, on peut redoubler, on peut refaire. Mais ce n’est pas un Ă©chec, c’est pour encore plus de confiance derriĂšre. Et cela, elle me l’a bien expliquĂ©, Christelle. Toi, dans ton cas, tu as Ă©tĂ© trĂšs bĂ©nĂ©fique au final. J’imagine que tu as un peu moins pleurĂ© dans les deux sens. Oui, j’ai pleurĂ© dans le deuxiĂšme sens cette fois.

L.
J’ai pleurĂ© au retour parce que je ne voulais pas qu’il te jastime. Mais Ă  l’aller, je suis partie quand mĂȘme encore un petit peu d’apprĂ©hension, j’avoue, mais je suis partie sereine et comme si j’avais quelque chose Ă  prouver, Ă  montrer que j’étais forte, que j’avais gagnĂ© en assurance, tout ça.

E.
AprĂšs cette deuxiĂšme classe de dĂ©couverte, tu nous avais dĂ©jĂ  dit, aprĂšs le premier, c’est toi qui a pris en main les choses du cĂŽtĂ© du dossier et plus tes parents. LĂ , avec la mission de devoir aller au lycĂ©e toute seule, j’imagine que tu Ă©tais plus motivĂ©e que jamais.

L.
J’étais plus motivĂ©e, mais surtout, le dĂ©clic a Ă©tĂ© mon changement d’instructrice en locomotion. J’ai rencontrĂ© une instructrice en locomotion qui m’a ouvert les yeux, qui m’a dit: LĂ©ana, tu es capable. Et qui m’a dit surtout ce que j’avais besoin d’entendre. LĂ©ana, tu es capable. LĂ©ana, tu es quelqu’un de courageuse. Tu te rends compte ce que tu as vĂ©cu. Tu as su dĂ©passer tes peurs. Elle m’a fait vraiment entendre des choses que j’avais besoin d’entendre. Donc, je remercie sĂ»rement Corinne Largeron, qui Ă©coutera sĂ»rement ce podcast. Je la remercie parce qu’elle m’a accompagnĂ©e dans ce projet et elle m’accompagne encore aujourd’hui. En fait, Lors du changement, la fondation lui avait fait pas mal de retours: Oui, LĂ©ana, elle ne sait pas faire ça, elle sait faire ça. Il y a beaucoup de choses qu’elle ne sait pas faire et tout. Il y a beaucoup de choses Ă  reprendre avec elle. Et lorsqu’elle m’a dit tout ça, elle m’a dit: Je prĂ©fĂšre mettre les choses au clair avec toi, voir rĂ©ellement ce que tu sais faire. Puis, on a avancĂ©, on a prĂ©parĂ© la prĂ©-classe qui allait arriver, qui a durĂ© une semaine. Il y a eu quand mĂȘme une bonne annĂ©e de creux.

L.
C’était, il me semble, en avril 2022.

E.
Là, gros coup de cƓur ou grosse surprise pour le chien que tu as eu au final ?

L.
DĂ©jĂ , je suis arrivĂ©e en prĂ©-classe et je ne savais pas faire mon trajet. Je savais Ă  moitiĂ© le faire, mais je n’avais pas encore toutes les cartes en main pour le rĂ©ussir toute seule avec ma canne. Je suis arrivĂ©e, j’ai eu Raphia, qui est une l’avernoise sable. Ça allait, mais elle Ă©tait un peu trop calme pour moi parce que la fondation avait toujours cette
 Les Ă©ducateurs avaient encore cette idĂ©e que LĂ©ana, il lui faut un chien calme, il lui faut un chien posĂ©. Sauf qu’en fait, moi, j’avais dĂ©jĂ  dans ma tĂȘte cette envie d’avoir un chien avec plus d’énergie et tout ça parce que ça y est, je m’étais habituĂ©e au chien calme, donc pour moi, plus rien ne me faisait peur. Donc Raphia, du coup, j’ai changĂ© en plein milieu de la classe pour avoir WIFI, qui a Ă©tĂ© mon plus gros coup de cƓur aussi Ă  la fondation. J’ai adorĂ© cette chienne et elle Ă©tait adorable. Elle Ă©tait Ă  la fois douce comme Ă©nergie, que c’est oĂč j’ai fait mes premiers moments de jeu dans la chambre avec ce que je pouvais lui donner pour tirer. C’était mes moments de bonheur. C’est lĂ  oĂč j’ai pu constater qu’un chien, ce n’est pas aussi que pour travailler, que ce n’est pas un robot et que ça sert Ă  plein de choses.

E.
Et la grande rencontre, elle a eu lieu quand ?

L.
La grande rencontre, elle a eu lieu en avril 2023. Avant cette rencontre, il y a eu une deuxiĂšme prĂ©-classe. Parce que j’avais enfin validĂ© mon trajet, j’allais enfin au lycĂ©e toute seule avec ma canne. Il a fallu qu’en fĂ©vrier 2023, je montre enfin aux Ă©ducateurs lors du fameux tour de table. C’est vraiment un rituel Ă  la fondation de faire ce petit tour de table avec les jeunes. Lors de ce tour de table, j’étais enfin fiĂšre Ă  mon tour de dire: Je vais au lycĂ©e toute seule avec ma canne, sans personne, parce qu’il y avait mon frĂšre avec moi avant qui m’accompagnait. LĂ , j’étais vraiment trĂšs fiĂšre de leur dire ça. J’ai eu un labrador, j’ai eu Roots, qui m’a accompagnĂ©e pendant une semaine. Elle avait tout ce qu’il me fallait chez un chien. Elle avait de l’énergie, de la douceur, de la tendresse. C’était pour moi le chien qui me fallait. D’ailleurs, il m’avait Ă©tĂ© reproposĂ© en classe de remise. C’était elle et moi pendant une semaine. C’est grĂące Ă  elle que j’ai pu montrer aux Ă©ducateurs la vraie LĂ©ana et celle qu’ils attendaient depuis longtemps. Une LĂ©ana confiante, souriante et qui croit en elle et qui est capable surtout.

E.
Donc, tout ça, tu l’auras Je suis allĂ©e le faire aussi lors du stage de remise. La classe de remise, ça se passe pendant trois semaines. C’est hyper intense. Quand je suis allĂ©e l’enregistrer le jour Ă  la fondation, c’était un petit peu la pression des premiers jours puisqu’ils venaient d’arriver la veille. J’imagine que tu vois tout Ă  fait de quoi je parle. Oui, tout Ă  fait. Ce moment un petit peu dĂ©cisif, encore plus que tout ce que tu avais vĂ©cu jusque-lĂ . Et au bout de trois, quatre jours de cette classe de remise, le chien qui va t’accompagner dans ton quotidien, dans ton lycĂ©e, dans ton appartement, vraiment partout, t’a Ă©tĂ© proposĂ©. Et du coup, c’était pas Roots ?

L.
Non, c’était pas Roots, mais j’ai testĂ© quatre chiens. Il y avait Seed, Speed, Roots et Swing, celle que j’ai maintenant. Sachant que Speed et Seed avaient Ă©tĂ© prĂ©parĂ©s spĂ©cialement pour moi. Ils avaient fait quelques petites visites Ă  Marseille, notamment dans les trottoirs laborieux de Marseille et surtout du quartier oĂč j’habite. J’étais surtout trĂšs rassurĂ©e parce que la fondation m’avait dit: On a emmenĂ© des chiens dans ton quartier, donc les chiens qu’on va te donner, ce n’est pas n’importe lesquels. Surtout qu’il faut savoir qu’à la fin de ma premiĂšre prĂ©-classe, ils visaient la remise pour moi en octobre 2023. LĂ , Ă  l’heure oĂč on se parle, j’aurais dĂ» ĂȘtre en classe de remise. Oui. Et on se serait peut-ĂȘtre vu, du coup.

E.
La fameuse classe de remise qui arrivait quand on l’a enregistrĂ© il y a 15 jours.

L.
Exactement. Je devais y ĂȘtre parce que justement, je n’étais pas encore prĂȘte, mais qui voulaient quand mĂȘme me remettre le chien, mais que du coup, ça aurait Ă©tĂ© mieux pour eux de faire cette remise en octobre. Ils m’avaient notamment proposĂ© une terminale en deux ans qui me permettrait de gĂ©rer ma fatigabilitĂ© et de aussi m’occuper du chien. La deuxiĂšme prĂ©-classe, ils ont avancĂ© ma remise. Ils se sont dit
 LĂ , elle nous a vraiment montrĂ© une LĂ©ana impressionnante. Mais bon, ils ont voulu quand mĂȘme prĂ©parer des chiens pour moi et pour ma venue Ă  la fondation. Sauf qu’entre moi et ces chiens, ça n’a pas forcĂ©ment marchĂ© parce qu’ils Ă©taient trop calmes. Il y avait pas mal de choses qui me plaisaient pas forcĂ©ment. Tandis qu’à la fin, mon top deux Ă©tait seed pour sa douceur et son assiduitĂ© au travail. Et Swing pour le fait qu’elle soit trĂšs fofolle, trĂšs joueuse et sans sĂ©rieux aussi. Et le fait qu’elle soit tĂ©tue aussi, parce que c’est un peu mon caractĂšre aussi.

E.
C’est Swing qui a qui Ă©tait le reux Ă©lu, on va dire.

L.
Oui, surtout que ce n’était mĂȘme pas un chien qui devait m’ĂȘtre proposĂ©. C’était une amie Ă  moi qui l’avait essayĂ©. Et puis, lorsqu’elle l’a dĂ©crit, ce chien, tout de suite, j’ai appelĂ© ma mĂšre et j’ai dit: Maman, je ne suis pas se fĂȘte des deux chiens que j’ai essayĂ©s ce matin. Mais par contre, ma pote, elle a essayĂ© un chien qui pourrait me correspondre et qui pourrait moins lui correspondre Ă  elle. Elle m’a dit: Interpelle une Ă©ducatrice avec qui tu te sens le plus Ă  l’aise. Et puis, va la voir et va lui dire que peut-ĂȘtre que cet aprĂšs-midi, tu peux essayer Swing. Et puis, ils ont Ă©coutĂ© mon cƓur et ils m’ont fait essayer Swing. Et puis, au final, ça a Ă©tĂ© elle, l’heureuse Ă©lue. Je pense qu’elle est tout aussi heureuse de m’avoir dans sa vie comme moi.

E.
Justement, si tu pouvais nous dĂ©crire Swing en trois mots. Tu l’as dĂ©jĂ  un peu fait en parlant de ce que tu voulais dans le chien qui t’accompagnerait. Mais maintenant que Swing est lĂ  depuis Ă  peu prĂšs six mois, qu’est-ce que tu dirais d’elle ?

L.
Elle est Ă©nergique, elle est cĂąline et elle est adorable. C’est un amour.

E.
Donc, elle t’a Ă©tĂ© finalement remise. Oui, en avril. Et depuis, j’imagine que vous allez au lycĂ©e en deux minutes, mĂȘme pas ? Oui, exact.

L.
Ça file. Les premiers mois, les Ă©ducateurs ne voulaient pas
 Normalement, quand on sort de la classe de remise, on est censĂ© faire un trajet, c’est-Ă -dire que les Ă©ducateurs viennent installer le chien. Moi, pour ma part, comme j’habite Ă  cĂŽtĂ©, ils sont venus installer le chien. Et puis, normalement, dans la semaine qui arrive, tu es censĂ© aller au lycĂ©e tout seul ou faire tes trajets quotidiens tout seul. Sauf que pour moi, ils ont dĂ©cidĂ© de me la mettre en avril pour que justement, le lien se crĂ©e entre moi et mon chien et puis qu’en septembre, mes trajets soient validĂ©s. Donc, je n’ai pas fait mes trajets tout de suite.

E.
En plusieurs Ă©tapes.

L.
Oui, je n’ai pas fait mes trajets tout de suite. DĂšs que le swing est arrivĂ©, c’était plutĂŽt un moyen Ă  moi de me relaxer, de savoir que j’avais quelqu’un avec moi et d’amplifier ce lien et cette complicitĂ©. C’était toujours mon frĂšre qui me guider encore jusqu’au lycĂ©e, du moins qui surveiller la chienne, jusqu’à septembre, le 31 aoĂ»t, oĂč l’éducatrice m’a dit: LĂ©ana, c’est bon, tes trajets sont validĂ©s. Le 1á”‰Êł septembre, je veux que tu ailles au lycĂ©e tout de que ça lui.

E.
Justement, dans ta vie de lycĂ©enne, c’est quelque chose qui est un peu particulier aussi. On en a dĂ©jĂ  discutĂ©, que ce soit avec Marine dans l’épisode 43, AnaĂŻs dans l’épisode 35 ou encore BĂ©rĂ©nice dans l’épisode 28, qui sont toutes les trois des bĂ©nĂ©ficiaires que tu connais peut-ĂȘtre de la Fondation FrĂ©dĂ©ric Galien. Je connais trĂšs bien, mais
 C’est un petit monde. C’est un peu particulier parce que ce chien arrive dans vos vies Ă  une pĂ©riode un peu encore de transition, j’ai envie de dire, et de construction surtout. Toi, tu nous disais que tu Ă©tais en nĂ©cessitĂ©, tu l’es toujours d’ailleurs, en nĂ©cessitĂ© totale depuis la naissance. Tu avais pris la canne trĂšs jeune ou plutĂŽt pour faire plaisir Ă  tes parents Ă  nouveau ?

L.
J’ai appris Ă  utiliser la canne Ă  cinq ans et demi, sauf que j’ai eu pas mal de problĂšmes de reconnaissance de Ă  quoi elle allait me servir. Je ne la prenais jamais parce que j’avais peur aussi. J’avais l’impression que ça me mettait une Ă©tiquette parce qu’il faut savoir que je porte des prothĂšses oculaires qui font que vraiment ma cĂ©citĂ© ne se voit pas, Ă  part quand on me connaĂźt bien et qu’on voit que j’ai des petits blindismes, ce qu’on appelle des petites choses qui font qu’on reconnaĂźt que je suis aveugle. Sinon, quand on me voit comme ça et qu’on voit mes magnifiques yeux, on se dit: Elle et moi. Je ne voulais pas paraĂźtre comme une aveugle. Je n’avais vraiment pas envie d’avoir cette image-lĂ . Je me cachais beaucoup. Cette image-lĂ  ne me plaisait pas. AprĂšs, dĂšs que j’ai compris que la canne, ça pouvait me permettre de sortir avec mes copines, lĂ , c’est


E.
Elle a pris un autre rĂŽle, un autre sens.

L.
Oui, elle a pris un autre sens. Et puis surtout, quand le projet du chien a dĂ©marrĂ© pour moi, la canne, elle est tout de suite arrivĂ©e. Et d’ailleurs, elle n’est jamais sortie de ma vie, mĂȘme si lĂ , actuellement, elle est dans un placard. Je serais trĂšs heureuse de la sortir. D’ailleurs, je la ressors encore pour quelques trajets oĂč j’en ai besoin avec ma chienne lorsqu’elle se promĂšne toujours la canne pour longer le bord et savoir Ă  ce que je ne tombe pas ou que je n’aille pas sur la route.

E.
Et d’un point de vue de lycĂ©enne, c’est assez rĂ©cent au final, puisque tu ne faisais pas les trajets, mais j’imagine que Swing t’accompagnait dĂ©jĂ  au lycĂ©e sans pour autant te guider.

L.
Oui, c’est ça. Elle me guidait dans tout l’établissement. Ça, j’étais autonome sur l’établissement parce que j’étais Ă  une pĂ©riode oĂč c’était trĂšs compliquĂ© avec mon AESH.

E.
Donc-ton auxiliaire de-Enseignement AES. Ton auxiliaire qui t’aide. De vie scolaire, oui.

L.
Ça a Ă©tĂ© trĂšs compliquĂ© pour moi. L’arrivĂ©e du chien, ça a Ă©tĂ© compliquĂ© pour elle et moi. Le relationnel, on l’avait perdu, tout ça. Je me retrouvais un peu seule et je n’avais personne pour m’épauler alors que moi, j’attendais d’elle justement ça, une Ă©paule. Donc c’était dur pour moi. Il fallait que, comme j’avais dit Ă  la fondation qu’il y avait ça aussi, ce problĂšme avec elle, de cette apprĂ©hension du chien qu’elle avait. Les Ă©ducateurs voulaient absolument que je sois autonome dans l’établissement pour que je n’ai pas Ă  me rĂ©fĂ©rer Ă  elle si j’ai besoin.

E.
Et du point de vue des copines ? Les copines, elles avaient bien aimĂ© la canne. Qu’est-ce qu’elles ont pensĂ© du chien ?

L.
Oui, elles aimaient la canne, ça ne les dĂ©rangeait pas forcĂ©ment. Mais du coup, le chien, oui, pour cette fin d’annĂ©e, pas beaucoup de gens m’approchaient, c’était plus les profs que les copines. Les copines, elles Ă©taient plutĂŽt distantes parce que je n’en avais pas vraiment des vrais amis qui Ă©taient lĂ  pour moi et qui voulaient m’aider. Donc c’était trĂšs dur et aussi parce qu’on n’a pas pu prendre le temps de les sensibiliser, tout simplement.

E.
Et depuis ta rentrĂ©e, j’imagine que tu as changĂ© de classe vu que tu es rentrĂ©e en terminale. Oui. Comment ça s’est passĂ©e cette rentrĂ©e ?

L.
J’ai changĂ© de classe et j’ai changĂ© aussi d’AESH. Donc ça a permis aussi Ă  mon chien de se sentir plus sereine parce qu’elle n’était pas trĂšs bien. Elle se sentait, elle aussi, un petit peu repoussĂ©e. Et donc lĂ , ma nouvelle AVS avec moi a adorent les animaux. Donc la relation s’est faite trĂšs vite. Elle lui a fait un cadeau de bienvenue. La premiĂšre fois, elle lui a fait des bonnes crottes, le jour oĂč mon AVS est arrivĂ©.

E.
Ma chienne s’est sentie en pleine confiance.

L.
C’est bien. Elle est quand mĂȘme assez pudique, donc elle lui a fait un super cadeau de bienvenue. C’était cool. Du coup, maintenant, la fondation a eu le temps de les sensibiliser. Elle a eu le temps de les mes copines et tout. Et donc maintenant, chaque seconde, j’ai LĂ©ana, c’est moi. Est-ce que tu veux de l’aide ? Est-ce que Swing, elle a envie de faire ses besoins ? Est-ce qu’on peut lui amener une gamelle d’eau ? Ma pauvre, elle n’est pas trĂšs en forme. Tiens, je vais porter une petite friandise. C’est la joujou. Des fois, j’ai mĂȘme l’impression que quand je marche, on me dit plus: Il est beau ton chien que toi, tu es belle.

E.
Ça, oui. Je ne peux que te comprendre. Quand j’ai les futurs chiens guides Ă  mes cĂŽtĂ©s, c’est un peu pareil. Les gens parlent d’abord au chien et puis aprĂšs, se rendent compte qu’il y a quelqu’un au bout de la laisse, dans l’autre sens.

L.
Oui, c’est ça.

E.
Ça s’est plutĂŽt fait de maniĂšre sereine parce que la sensibilisation a Ă©tĂ© mise en place cette fois-ci et que tout le monde est


L.
J’ai l’impression que ça a fait tilt Ă  leur petit cerveau d’élĂšve de terminale. Je pense que ça leur a fait quelque chose d’entendre une Ă©ducatrice qui a parlĂ©, qui a expliquĂ© clairement ce que c’était que le handicap et ce que reprĂ©sentait pour moi le chien dans ma vie.

E.
Et en parlant du handicap, aujourd’hui, on est sur mon podcast qui s’appelle futur chien guide, mais toi aussi, tu as un podcast ? Oui. Qui, justement, est lĂ  pour parler de la dĂ©ficience visuelle. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

L.
Moi, j’ai lancĂ© mon podcast qui se nomme le Blindcast. C’est un podcast qui donne la parole aux personnes aveugles et malvoyantes, et pour cette saison, notamment, ainsi qu’à leur chien guide. Donc, j’ai interviewĂ© pas mal de jeunes filles. Je n’ai fait que des filles pour l’instant. J’ai eu, je crois, un jeune homme qui a juste fait un petit tĂ©moignage pour raconter ses meilleurs moments Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne, parce que ce podcast est tournĂ© pour l’instant sur les jeunes qui ont eu des chiens Ă  la Fondation FrĂ©dĂ©ric Gaillanne. Notamment AnaĂŻs et Mozart ont Ă©tĂ© interviewĂ©s dans ce podcast. Donc, c’est un podcast qui n’est pas du tout professionnel, il est plutĂŽt cool, c’est un Ă©change convidial. Quand je dis aux jeunes de venir me parler, c’est vraiment pour discuter. Ce n’est pas quelque chose qui est vraiment trĂšs prĂ©parĂ©. J’ai mes petites questions, mais je leur dis qu’on est lĂ  pendant ces 20 minutes pour discuter et pour que eux aussi se sentent Ă  l’aise. Mais lĂ , pour 2024, je prĂ©pare d’autres styles de podcasts parce que mon podcast n’est pas ciblĂ© que sur les chiens guides. J’aimerais interviewer des jeunes qui font du sport, notamment du sessy-foot.

L.
Je prĂ©pare des Ă©pisodes avec des sportifs, avec des gens qui font de la musique parce que moi-mĂȘme j’en fais. Je prĂ©vois de faire pas mal de choses autour de la dĂ©ficience visuelle et je prĂ©vois aussi de faire des podcasts en solo pour expliquer certaines choses, notamment l’accessibilitĂ© du numĂ©rique, qu’est-ce que la cĂ©citĂ©, qu’est-ce que reprĂ©sente pour moi la cĂ©citĂ© ? Pas mal de choses comme ça.

E.
Écoute, tu as beaucoup de projets. Tu nous parlais du chant aussi. Je sais que tu chantes beaucoup et que c’est quelque chose qui a Ă©tĂ© remarquĂ© aussi au sein de la fondation, parce qu’au sein du lieu de vie, vous avez un piano qui est arrivĂ©, enfin.

L.
Il est arrivĂ© qu’à ma classe de remise. C’est ça. Avant, on y allait. Avant, il n’était pas ce piano. D’ailleurs, j’ai mĂȘme Ă©crit une magnifique chanson pour Swing. Donc la fondation, on a eu les larmes aux yeux.

E.
Je crois que tu leur as dĂ©diĂ© ça au niveau de Pendant, en tout cas, les portes ouvertes et donc la remise officielle. C’est ça. Elles m’en ont parlĂ©. J’ai hĂąte d’écouter tout ça. J’avoue que je me suis rĂ©servĂ©e encore la surprise.

L.
Je te l’enverrai, oui.

E.
Yes, avec plaisir. Et puis on verra si on peut en laisser quelques minutes, si tu me l’autorises dans le podcast.

L.
Mais oui, avec plaisir, bien sûr.

E.
Donc, on retient le blind cast. On retient aussi ton Instagram parce que tu es super prĂ©sente sur l’asio. C’est quand mĂȘme hyper intĂ©ressant de voir justement tes passions, comment tu es connectĂ©e avec Swing, qui a d’ailleurs un petit surnom.

L.
Oui, Swing, je l’appelle Sousou. C’est son surnom que j’ai trouvĂ© parce que parmi les chiens, avant la fondation, avant notre classe, on avait les portraits. À partir des portraits, c’était pratiquement que des chiens en S. Parmi mes coups de cƓur, il y avait Swing. Je me suis dit: Si j’ai Swing ou si j’ai Seed ou Speed, ce sera Sousou. Quoi qu’il arrive, ce sera Sousou. Du coup, Swing, ça lui allait trĂšs bien. AprĂšs, il y a les dĂ©rivĂ©s Sousounette, voilĂ , je me fais Prinçounette, plein de petits surnoms comme ça. D’ailleurs, toute la famille l’appelle comme ça. Je l’appelle plus Sousou que Swing. Elle rĂ©agit beaucoup plus Ă  Soussou. Par exemple, quand on croise des inconnus dans la rue et qui lui disent: Bonjour Swing. Elle rĂ©agit moins que Coucou Sousou. C’est Ă  Coucou Sousou parce qu’elle se sent en confiance. C’est dĂ©jĂ : Il me connaĂźt, moi non. Mais du coup, voilĂ .

E.
C’est Sousou_-y_yo.

L.
Oui, tu veux dire Sousou, yo, en espagnol, Sousou et moi.

E.
Je comprends mieux. Et donc, Swing, on l’a pas dit, mais un magnifique Saint-Pierre Ă©galement.

L.
Oui, c’est mon Saint-Pierre d’amour.

E.
Et je me demandais, on arrive un peu vers la fin. Je me demandais s’il y avait quelques Quelque chose que tu avais, maintenant qu’on a dĂ©roulĂ© un peu tout le fil, je pense que tu pourras rĂ©pondre largement, que tu as appris ou que tu as dĂ©couvert dans cette aventure auprĂšs des chiens guides d’aveugles. Ouserais-je dire que tu n’imaginais mĂȘme pas en montant dans la voiture de maniĂšre pensĂ©e par tes parents ?

L.
C’est ça. J’ai dĂ©couvert une face des animaux que je ne connaissais pas. J’ai dĂ©couvert qu’un chien pouvait apporter de l’affection, pouvait prouver son amour avec des gestes ou des actions complĂštement banales, poser sa tĂȘte sur son ĂȘtre, vouloir me mordre ou me lĂ©cher la main ou des bĂȘtises comme ça. Et j’ai dĂ©couvert aussi tout le travail et tout le temps qu’ont pris les Ă©ducateurs de la fondation Ă  Ă©duquer ces magnifiques chiens. D’ailleurs, C’est notamment au JPO, aux journĂ©es portes ouvertes, que j’ai pu assister Ă  une superbe confĂ©rence oĂč j’ai dĂ©couvert vraiment toute l’éducation qui est Ă  la base quĂ©bĂ©coise. Parce que le Saint-Pierre, ça appartient Ă  la famille de monsieur Saint-Pierre. Il l’a prĂ©nommĂ© de son nom. C’est ça, qui est lui-mĂȘme un QuĂ©bĂ©cois. La mĂ©thode quĂ©bĂ©coise m’a beaucoup, beaucoup fascinĂ©. Et justement, je me projette un peu en disant: Mais quand je devrais faire la transition avec un chien d’une Ă©cole française, comment ça va ĂȘtre ? Est-ce que ce n’est pas pareil ? Et selon ma situation, peut-ĂȘtre que j’irais Ă  Myra QuĂ©bec, qui sait ? Je ne sais pas.

E.
La projection va loin. C’est ça. Vous avez de belles annĂ©es Ă  profiter ensemble, dĂ©jĂ . Exact. Et puis, le bon que tu as fait dans la vie dĂ©jĂ  en quelques annĂ©es est Ă©norme et je ne doute pas que celui que tu feras d’ici Ă  avoir ton prochain chien guide sera aussi grand, voire plus encore, parce qu’il te reste encore beaucoup de choses Ă  dĂ©couvrir au final.

L.
Oui, beaucoup.

E.
Et donc, tu disais que ce beau Saint-Pierre que tu as lĂ , tu as un peu rĂ©conciliĂ© au final avec les chiens. Est-ce qu’aujourd’hui, tu as toujours aussi peur des animaux ? Est-ce que tu les trouves toujours aussi bĂȘtes et dĂ©gueulasses comme tu me l’as dit hier soir ?

L.
Non, pas aussi bĂȘte et dĂ©gueulasse, mais j’en ai toujours un peu peur. Par exemple, si un chien aboie, ça va plus me surprendre qu’à ma chienne. Ça va plus me faire peur. Quand je croise un chien que je ne connais pas, ça risque vraiment de me faire peur.

E.
Je me demandais s’il y avait un moment oĂč tu avais Ă©tĂ© bluffĂ©e par Swing et qui reste un souvenir trĂšs marquant pour toi, malgrĂ© l’histoire courte que vous avez pour l’instant vĂ©cue ensemble.

L.
Elle est peut-ĂȘtre courte, mais il faut savoir qu’on a passĂ© quand mĂȘme 15 jours en plein dĂ©sert d’IsraĂ«l cet Ă©tĂ©. C’était une expĂ©rience inĂ©dite. Ce qui m’a bluffĂ©e, c’est vraiment son adaptation. Son adaptation Ă  toutes circonstances. Quatre heures d’avion complĂštement serrĂ©es parce que les compagnies aĂ©riennes ne nous donnent pas forcĂ©ment des places oĂč on peut ĂȘtre bien avec le chien. On est restĂ© quand mĂȘme dans un endroit oĂč il faisait chaud. Elle, elle avait ses petites bottes. Elle n’aimait pas trop les porter. Et madame, pour faire ses besoins, s’est roulĂ©e dans la terre pour enlever ses bottes. Et parce que Madame ne pouvait pas faire ses besoins sans ses bottes. Sinon, plein de moments, les moments oĂč elle ne mangeait pas Ă  ses heures, Ă  ses heures prĂ©cises. Elle a dĂ» attendre six bonnes heures avant de faire ses besoins. Elle a attendu trois jours sous une tente Ă  rien pouvoir faire parce qu’on Ă©tait dans un camping en plein dĂ©sert. Une fois, la clim ne marchait pas, donc elle a dĂ» attendre une bonne demi-journĂ©e dans l’attente Ă  mourir de chaud, Ă  mourir de soif. Ça m’a bluffĂ© le fait qu’elle soit patiente et qu’elle ait pu me guider dans le dĂ©sert en pleine chaleur, qu’elle ait visitĂ© tout avec nous.

L.
C’était un moment magnifique et c’est surtout ça que j’attendais chez un chien aussi, c’est qu’il ait une facilitĂ© d’adaptation parce que je suis quelqu’un qui bouge beaucoup, qui aime beaucoup sortir et surtout nous, dans notre famille, on adore voyager, on a fait des super beaux voyages, donc on ne voulait pas que le chien nous comble notre vie de famille et nous empĂȘche de continuer Ă  vivre comme on le souhaite.

E.
Je crois qu’elle te l’a prouvĂ© dĂšs les premiĂšres vacances. Oui. Vous ĂȘtes prĂȘtes Ă  aller au bout du monde ensemble ?

L.
Oui, vraiment.

E.
Justement, ça fait la transition. Est-ce qu’il y a un lieu exceptionnel oĂč tu as Ă©tĂ© qu’il y a Ă  l’Échanquide que tu n’aurais pas forcĂ©ment visitĂ© en l’absence de swing ?

L.
Je pense que je ne serais jamais allĂ©e Ă  un concert avec ma chienne. Ce n’est pas recommandĂ©, je sais, mais sauf que ce jour-lĂ , je ne voulais pas reprendre ma canne. Parce que je me suis dit, pour le mĂ©tro, tout ça, c’est aussi un exercice pour elle. Et puis, ça pourra aussi m’aider Ă  rentrer plus sereinement. C’était un concert en plein air, c’était un concert qui Ă©tait gratuit, c’était sur le Vieux Port, donc il n’y avait pas vraiment les basses dans la tĂȘte, ils pouvaient la gĂȘner. C’était cool. Et puis, elle m’a aidĂ©e. Elle a son petit dĂ©hanchĂ©, Sousou. Quand elle marche, la particularitĂ© de Sousou, c’est qu’elle se dandine. Elle est trĂšs remarquable et elle adore aussi se dĂ©marquer des gens. Mais Il y a un lieu surtout qui m’a beaucoup Ă©mue quand j’y suis allĂ©e, c’est tout banal, mais c’est mon institut. Parce que dĂšs que j’avais commencĂ© ce projet avec la fondation, l’Institut Arc-en-ciel Ă  Marseille m’avait totalement de ne pas aller Ă  la fondation, qu’ils ne voulaient pas que j’y aille parce que c’était comme s’ils avaient un peu peur de perdre un petit peu tout le boulot en locaux qu’on avait commencĂ©.

L.
Sauf qu’en fait, c’était tout le contraire, parce que ça l’enrichit encore plus. Et donc, voir que grĂące Ă  moi, maintenant, il y a des futurs bĂ©nĂ©ficiaires de l’Arc-en-ciel qui vont avoir leur chien, c’est quelque chose de beau. Et avec mes parents, on est vraiment trĂšs, trĂšs, trĂšs, trĂšs, trĂšs fiers d’avoir fait cette dĂ©marche. Maintenant, la Fondation et l’IES Arc-en-ciel Ils sont liĂ©s. Ils sont partenaires, ils sont liĂ©s pour la vie. Y ĂȘtre allĂ© et avoir prĂ©sentĂ© mon chien aux Ă©ducateurs qui s’occupent de moi depuis que je suis toute petite, ça m’a beaucoup Ă©mue. Et puis, Swing s’y est faite aussi Ă  ce magnifique lieu.

E.
Je voulais te poser une derniĂšre question que je pose Ă  tous mes invitĂ©s. C’est: est-ce que tu peux me confier ton pire et ton meilleur moment avec les chiens guides, du coup, avec Swing ?

L.
Le pire moment, c’est quand j’ai ramassĂ© les crottes bien puantes de wifi. C’est C’était horrible. Quand on a fait l’atelier ramassage de crottes, on le fait d’abord avec des fausses crottes, donc c’est des cerceaux ou des mini
 Pour les crottes bien molles, on le fait avec un sac de riz et de l’eau dedans. On doit ramasser avec un sac en plastique. Vraiment, le pire moment, je crois que c’est quand elle l’avait fait en campagne, lĂ , sur le bord de route et tout, alors que les Ă©ducateurs m’ont dit: Va lui faire les besoins avant qu’on aille en campagne faire le petit tour, tu sais, entre le chenil et le portail de l’hĂ©bergement. Tout le tour de la fondation, ils m’ont dit: Va lui faire lui faire faire ses besoins d’abord. Donc, j’y vais, elle ne veut pas, puis en pleine campagne, elle s’arrĂȘte, elle me fait des crottes. Oh lĂ  lĂ , c’était horrible. Ça puait et tout. Je me suis mĂȘme dit: Non, mais je crois qu’en fait, le chien, je n’en veux pas.

E.
Ça va, Swing, finalement, ce n’est pas si terrible.

L.
Swing, non, elle fait du caca magique.

E.
Pour finir, ton meilleur moment.

L.
Mon meilleur moment, c’est avec ma chienne. C’est quand j’ai eu la de jouer, de tirer, de me balader, de courir avec elle parce que j’ai eu les accùs dans un champ rien que pour moi. Ce sont des moments qui me touchent beaucoup quand je vais avec elle dans le champ et que je suis seule, que je peux la faire courir, qu’elle peut sautiller partout. C’est mes meilleurs moments avec Swing.

E.
Un petit peu d’exclusivitĂ© et de relation vraiment que vous deux, seules au monde.

L.
Ou alors de moments de bien-ĂȘtre entre filles, si je puis dire. Nos moments de gratouilles, de brossages ou des moments oĂč je lui chante des chansons, parce que je suis devenue gaga maintenant.

E.
Donc, on peut conclure cet Ă©pisode en disant: On a le droit d’ĂȘtre gaga de son chien.

L.
Oui. Je lui chante des chansons, je lui raconte ma vie. Limite, elle peut me dire qu’elle s’en fout, mais elle me le dit pas. Je lui ai mĂȘme fait une playlist rien qu’à elle. Je suis folle. VoilĂ , c’est tout. Il y a pas d’autres mots.

E.
Sur ces mots, vu qu’il n’y en a pas d’autres, je propose qu’on se dise Ă  bientĂŽt. Je te remercie beaucoup, LĂ©ana, pour ce rĂ©cit. De rien. Je me tenais quand mĂȘme de l’entendre. On avait dĂ©jĂ  prĂ©vu d’enregistrer, tout le monde m’avait parlĂ© de toi. Donc, on retiendra cette phrase: Oui, tu sais, LĂ©ana qui a pleurĂ© deux heures pour ne pas venir Ă  l’aller et qui a pleurĂ© deux heures au retour pour ne pas partir.

L.
C’est horrible de la rĂ©entendre, mais vraiment, ça me frustre.

E.
Mais ça fait partie de toi et ça montre toute l’évolution qu’on peut avoir dans notre vie. Écoute, merci beaucoup. Je pense que vous entendez derriĂšre moi un petit bĂ©bĂ© qui pleure. Je vais aller le voir. De toute façon, il est en trop de bonnes mains, mais il est tard le soir et ça va ĂȘtre l’heure de se coucher pour lui. Merci beaucoup LĂ©ana et je te dis Ă  trĂšs bientĂŽt.

L.
À trùs bientît.

E.
Et voilĂ , c’est la fin de cet Ă©pisode. Si vous avez apprĂ©ciĂ© cet Ă©pisode avec LĂ©ana sur les dĂ©buts de son parcours avec Swing, je vous invite Ă  Ă©couter l’épisode 43 oĂč Marine dĂ©veloppe comment Odor, issu de cette mĂȘme Ă©cole, lui a permis de prendre son autonomie en tant qu’étudiante et d’envisager enfin de prendre son indĂ©pendance avec son copain. Quant Ă  moi, je vous dis Ă  bientĂŽt pour le prochain Ă©pisode sur l’univers mĂ©connu des Schengen d’Aveugle. Et je vous laisse en compagnie de la douce voix de LĂ©ana et de sa chanson pour Swing. Belle Ă©coute Ă  vous.

L.
Une Saint-Pierre mieux que toi, je n’en ai jamais trouvĂ©. Swing, depuis que tu es lĂ , je me sens en sĂ©curitĂ©. Et tu sais que pour t’avoir, moi, j’ai beaucoup travaillĂ©. J’ai fait beaucoup d’efforts, Ă  deux, on est plus forte. Regarde comme tu es belle, tu es devenue mienne. Sauf que tu es ma merveille, tu es une star Ă  Marseille. Si tu savais Comme je t’aime, tu es la meilleure, tu es ma reine. Et si tu as de la peine, tu trouveras dans mes bras des milliers de je t’aime. Si tu savais comme je Je t’aime, t’es la meilleure, t’es ma reine. Et si tu as de la peine, tu trouveras dans mes bras des milliers de je t’aime. Quand on joue quand on court ou quand tu es zoarnĂ©, tu restes auprĂšs de moi, tu deviens mon bouclier. Si je sens que ta peur, je serai lĂ  pour te caliner. Je te lĂącherai jamais, on se lĂąchera jamais. Regarde la libertĂ© que tu m’as accordĂ©e. Avec cette indĂ©pendance, j’oublie ma diffĂ©rence. Si tu savais comme je t’aime, t’es la meilleure, t’es ma Et si tu as de la peine, tu trouveras dans mes bras des milliers de je t’aime. Si tu savais comme je t’aime, tu es la meilleure, t’es ma reines. Et si tu as de la peine, tu trouveras dans mes bras des milliers de je t’aime. Mon petit cƓur, donne Ă  ton petit cƓur des milliers de je t’aime. Mon petit cƓur, donne Ă  ton petit cƓur des milliers de je t’aime. Si tu savais comme je t’aime, tu es la meilleure, tu es ma reine. Et si tu Des milliers d’eux, je t’aime. Si tu savais comme je t’aime, t’es la meilleure, t’es ma reine. Et si tu as de la peine, tu trouveras dans mes bras, des milliers d’eux, je t’aime. Et si tu as de la peine, tu trouveras dans mes bras, des milliers d’eux, je t’aime.

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