Dans cet Ă©pisode, je suis fière de vous prĂ©senter mon 30ème invitĂ©, Jean-Pierre et son chien guide dĂ©jĂ  Ă  la retraite Ivoire de l’école des chiens guides de Paris. C’est en se laissant guider par procuration via le bras d’un ami guidĂ© par un chien que Jean-Pierre est bluffĂ© par la fluiditĂ© du dĂ©placement. Mais comment s’investir dans le mouvement chien guide ? Et quelle est cette histoire de gilet jaune, euh orange ? De sa première demande de chien guide Ă  la retraite du dernier chien guide, Jean-Pierre nous confie son aventure avec chacun et les diffĂ©rentes races qui l’ont accompagnĂ©es. Comme Bernadette de l’Ă©pisode 4, il est engagĂ© au sein de l’ANM Chiens Guides dont il nous explique la mission, il en a d’ailleurs assurĂ© la prĂ©sidence quelques annĂ©es. 

Retrouvez ci-dessous une retranscription synthétique avec pleins de photos :

Est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Je suis Jean-Pierre, je suis non-voyant et maître de chien guide, dans la vie professionnelle je suis accordeur de piano. J’ai eu 5 chiens guides, et je suis en attente d’un prochain chien.

Comment as-tu découvert les chiens guides d’aveugles et comment ton premier chien est rentré dans ta vie ?

J’ai toujours eu des soucis visuels jusqu’à l’âge de 12 ans, puis j’ai perdu le peu que j’avais. J’ai donc pu me diriger seul jusqu’à l’adolescence, lire en très gros, puis j’ai pris la canne. J’ai eu l’occasion de suivre un ami par le bras, qui Ă©tait lui-mĂŞme guidĂ© par un chien guide, et j’avoue que j’ai Ă©tĂ© bluffĂ© ! La marche Ă©tait fluide, on ne s’est pris aucun obstacle, j’ai vraiment Ă©tĂ© sĂ©duit et j’ai tout de suite fait ma demande de chien guide. Au-delĂ  de cette expĂ©rience, j’ai toujours aimĂ© les chiens, ça reprĂ©sentait beaucoup plus qu’un confort technique pour le dĂ©placement, c’était vraiment quelque chose en plus Ă  partager. 

A l’époque, j’habitais Ă  Aix-en-Provence et j’ai fait ma demande Ă  l’école la plus proche. J’avais un souhait particulier d’avoir un berger allemand, car c’était la race que je connaissais le mieux, et visuellement j’en avais encore une image assez intacte. J’ai dĂ©couvert comment se laisser guider par un chien, qu’est-ce qu’on peut lui demander de faire et surtout quelles sont ses limites ! Le premier chien qui me convenait a dĂ» finalement ĂŞtre rĂ©formĂ© pour raison de santĂ©, et  j’ai eu Calva, un labrador noir.

Pendant ces 8 ans auprès de Calva, j’ai continuĂ© Ă  ĂŞtre accordeur de piano en indĂ©pendant, chez les particuliers ou dans des grandes salles Ă  l’occasion de concert. Je suis notamment allĂ© Ă  l’Ambassade d’Angleterre oĂą le maĂ®tre d’hĂ´tel s’était très bien occupĂ© de Calva, ou encore quand la salle du piano avait un super tapis moelleux d’oĂą Calva ne voulait pas partir !  

C’est aussi en compagnie de Calva que j’ai eu la chance de connaĂ®tre l’ANMCGA via des amis, aujourd’hui ANM’Chiens Guides, l’Association Nationale des Maitres de Chiens Guides. L’association intervient notamment sur l’accessibilitĂ© en cas de refus ou en sensibilisation. J’y suis rentrĂ© en tant qu’adhĂ©rent, j’ai toujours Ă©tĂ© un passionnĂ© du son, j’ai proposĂ© d’aider sur la revue sonore qui paraissait sur cassette, et aujourd’hui sur CD et liens Ă  tĂ©lĂ©charger. Je suis aujourd’hui le rĂ©alisateur et m’occupe de la partie technique sur cette revue qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e dès le dĂ©part de l’association d’envergure nationale en 1979. Le seul organe de liaison entre les membres Ă©tait la revue sonore, qui permet encore aujourd’hui d’informer sur l’accessibilitĂ© selon l’actualitĂ©, mais aussi sur les aspects canins (le comportement, les aspects vĂ©tĂ©rinaires, des portraits de races, des tĂ©moignages, etc). On se connait d’ailleurs puisque tu enregistres depuis peu des articles pour cette revue rĂ©servĂ©e aux adhĂ©rents. Toute personne intĂ©ressĂ©e au mouvement chien guide et plus particulièrement aux actions de l’association peut adhĂ©rer Ă  l’ANM’Chiens Guides, maĂ®tre de chien guide ou non !

D’ailleurs parmi les autres actions de l’ANM’Chiens Guides, l’association envoie aux nouveaux maîtres de chiens guides un “pack remise” avec des informations sur la libre circulation, l’assurance du chien, etc. Et on propose à la demande un gilet détente, c’est une création de l’association sous forme de dossard orange où il est noté “chien guide en détente”, et qu’on met aux chiens pendant qu’ils sont en détente. C’est un signe distinctif qui permet aux personnes surveillant les espaces verts d’identifier que c’est un chien guide.

Quelques photos d’illustration avec mes chiens accueillis en relais Folio et Fonda et leur dossard orange de chien guide en dĂ©tente.

Calva a dû être mis à la retraite plus tôt que prévu du fait de soucis de santé, j’ai refait une demande de chien guide et Moïka, une nouvelle labrador m’a accompagnée pendant 7 ans. J’ai continué à être actif auprès de l’ANM’Chiens Guides, et le fait que l’association est par ses statuts dirigée par des maîtres de chiens guides m’a donné envie de m’impliquer plus. Je m’occupais de la revue et j’avais envie de participer aux réflexions et à l’évolution, et j’ai été choisi pour être le président de l’association pendant 3 années alors que j’étais guidé par Uliane, une hovawart noire et feu de l’école des chiens guides de Paris. Cette race de chien de berger qui gardait les domaines à l’origine présente un sacré caractère, mais une fois notre binôme bien lié, elle m’a aidé dans le contact avec les autres car elle était très belle. Ça nous touche et nous rend fier d’être remarqué pour notre chien, dans le bon sens du terme, on ne sent pas la compassion des gens, mais plus des retours sur la beauté de notre chien !

A gauche : Uliane avec son Ă©ducatrice ; Ă  droite : Gienah Ă  7 semaines et 2,5 mois

Puis j’ai eu une autre hovawart de couleur sable Gienah, très peu de temps car elle était si sensible que pour son bien, elle a été réformée, mais elle a eu la chance de retrouver sa famille d’accueil. Puis j’ai eu Ivoire, une bergère blanc suisse de l’école des chiens guides de Paris, qui est maintenant à la retraite et que je revois fréquemment.

Retrouvez l’épisode 15 sur la retraite du point de vue de Fabienne, maîtresse chien guide de Finlay, et du point de vue de Christel et David, sa famille de retraite dans l’épisode 16.

D’ailleurs, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as appris ou découvert avec les chiens guides ?

J’ai dĂ©couvert la capacitĂ© d’adaptation d’un chien, la richesse de la relation surtout. Au dĂ©part je trouvais qu’on demandait beaucoup aux chiens en termes de concentration, d’adaptation Ă  des environnements inhabituels pour lui… mais on constate que non seulement le chien fait bien ce qu’on lui demande, mais en plus et il est content de le faire ! Le chien donne, il est très gĂ©nĂ©reux et ça m’a Ă©mu, ça m’a profondĂ©ment touchĂ©. MĂŞme si j’en suis Ă  mon cinquième chien, je suis toujours Ă©tonnĂ© et Ă©merveillĂ© par le travail du chien.

Est-ce que tu as été bluffé par l’un d’entre eux ?

J’ai Ă©tĂ© bluffĂ© par tous, Ă  certains moments, mais ce qui me bluffe c’est quand tu fais un trajet retour diffĂ©rent de celui de l’aller, c’est-Ă -dire que le chien est capable de prendre des initiatives et de retrouver son point de dĂ©part avec un trajet diffĂ©rent de celui qu’il a empruntĂ© Ă  l’aller. Et puis son initiative en cas de danger, cette capacitĂ© Ă  nous dĂ©sobĂ©ir si l’accomplissement de l’ordre demandĂ© nous met en danger, ça m’a bluffĂ©.

As-tu fait une rencontre exceptionnelle grâce aux chiens guides ?

Il y en a eu beaucoup, notamment de maîtres qui ont eu une grande expérience, et surtout des barrières, des limites qui ont été levées grâce aux chiens guides d’aveugles. C’est très émouvant quand on te dit qu’il était impossible de faire une chose avec la canne blanche, et que c’est devenu possible grâce au chien guide qui te permet d’aller plus loin ! De mon côté, je ne sortais jamais sans raison, et je prends plaisir à aller me balader depuis que j’ai un chien guide. Avec la canne tu sors car il y a forcément une nécessité, j’ai découvert qu’aller prendre l’air avec un chien guide c’est agréable, et puis pour lui aussi il en profite.

Pour finir, quel est ton pire et ton meilleur moment avec les chiens guides ?

Mon meilleur moment c’est quand le chien est vraiment concentré sur moi, je ne parle même pas de travail car pour lui ce n’est que du plaisir, il nous donne tellement et est généreux.

Le moment le plus douloureux c’est quand ça s’arrĂŞte, quand le chien ne peut plus et qu’on doit prendre de lourdes dĂ©cisions car lui il ne sait pas qu’il doit s’arrĂŞter… Tu es conscient du fait qu’il a perdu des forces, qu’il ne peut plus continuer et que c’est Ă  toi de prendre la dĂ©cision. J’ai eu Ă  le faire avec Uliane, qui est finalement la chienne qui m’a le plus marquĂ©e dès le dĂ©part quand elle est venue Ă  moi, comme si elle m’avait choisie. J’y pense encore aujourd’hui mĂŞme si cela fait quelques annĂ©es, elle me restera gravĂ©e encore longtemps.

Merci beaucoup à Jean-Pierre pour son temps et sa réponse immédiatement positive à mon invitation ! Et à bientôt dans les bureaux de l’ANM !

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