Corinne, famille d’élevage épanouie

Après Marie VDM, Charlotte et Tom, Marie Pattes à modeler, Bernadette, Letteli et Océane, je termine cette première année de rencontres avec cette fois-ci Corinne, qui est famille d’élevage. On se connait depuis quelques années, d’abord via les réseaux sociaux, et depuis on s’est croisées à plusieurs reprises et notamment auprès de chiots… Après s’être embarquée dans l’aventure de famille d’accueil comme projet familial d’une année, elle nous partage aujourd’hui son aventure auprès des chiens guides d’aveugles de Paris qui l’a menée bien plus loin !

Retrouvez ci-dessous une retranscription raccourcie et illustrée de l’épisode :

Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Corinne, j’ai 56 ans, je travaille dans une société d’assurance à Paris. Je suis tombée dans les chiens guides d’aveugle en 2014 avec mon conjoint Jean-Marie, une aventure que nous vivons en famille avec nos garçons de 22 et 24 ans.

Justement, est-ce que tu peux nous raconter comment et quand les chiens guides d’aveugles sont rentrés dans ta vie ?

L’histoire est un peu particulière puisqu’en janvier 2014 j’ai changé d’entreprise, et j’ai eu l’occasion en parallèle d’aller nager en club chaque semaine. Puis un jour, j’ai été rejointe dans ma ligne d’eau par une femme qui nageait habituellement dans un couloir de nage plus rapide, et en discutant j’ai appris qu’elle avait mal au bras du fait du chiot qu’elle éduquait et qui tirait fort sur la laisse. Au fil des semaines on a continué à échanger et Agnès m’a expliqué qu’elle était famille d’accueil d’Irook, un élève chien guide de l’école de Paris. De mon côté à l’époque, la vie à la maison était un peu compliquée avec mes deux adolescents et on avait peu de discussion commune. J’ai trouvé que ce projet était justement intéressant comme projet de famille, avec un engagement sur un an. 

Je venais d’arriver dans mon entreprise et j’en ai parlé à la DRH qui a tout de suite accrochée. Une réunion de présentation avec l’école de Paris a même été organisée au sein de mon entreprise pour informer largement les salariés de la possibilité de devenir famille d’accueil, au final nous étions d’ailleurs deux familles d’accueil dans l’entreprise ! C’est seulement lors de cette réunion que j’ai été touchée par le témoignage d’une maîtresse chien guide  au-delà de l’importance du projet pour ma famille.

En juin 2014, nous avons eu July, une jeune labrador noire de 2 mois, et Jiris a été accueillie par ma collègue Pascale que je ne connaissais pas du tout avant, comme de nombreuses autres collègues que j’ai connu uniquement du fait de la présence de July ! Ce projet a vraiment apporté beaucoup à l’entreprise qui en retirait aussi une grande fierté.

July est rentrée en éducation en juin 2015, elle guide aujourd’hui son maître Eric, que j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs années après la création de leur binôme. Ce projet a vraiment permis de retrouver au sein de ma famille un centre d’intérêt commun et positif ! Par contre, cela n’a finalement pas été un projet d’un an, mais d’une vie plutôt… Bien que Jean-Marie n’aimait pas les chiens a priori, il a découvert la relation avec un chien et sous peine d’une dépression on a récidivé.

Laya, une jeune croisée labrador et golden sable, est donc arrivée fin 2015. Elle a suivi toute son année dans notre famille d’accueil avant d’être réformée pour cause de santé en l’absence d’émail sur ses dents, comme sur toute sa portée. Pendant cette année 2016, ma collègue Pascale a également accueilli sa deuxième élève Lima, et une autre collègue est devenue famille d’accueil : on a été jusqu’à 4 familles d’accueil dans l’entreprise en 2017 ! Concernant Laya, on n’a choisi de ne pas l’adopter et elle a rejoint sa famille pour la vie à Nancy.

De notre côté, on a poursuivi l’aventure avec l’arrivée fin 2016 de Malice, une petite labrador noire toute parfaite. La veille de sa stérilisation, l’école nous a informé que le vétérinaire ferait à la place une série d’examens pour qu’elle devienne maman de chien guide. Il y a d’ailleurs plusieurs niveaux de tests : physiques, psychologiques et génétiques. C’est au CESECAH que le test psychologique est fait, on peut d’ailleurs voir la fin qui reste surprenante ! Une fois la décision prise du côté de l’école, il a fallu échanger sur notre devenir en tant que famille d’élevage ou non, et on a réussi à s’organiser avec l’aide de Dominique une amie, puisqu’on s’engage sur plus d’un an, même pour une vie.

Pour Malice, cela n’a rien changé sur ses droits d’accès afin qu’elle continue à être bien socialisée, même si on n’a stoppé de fait les apprentissages liés au rôle de chien guide qu’elle n’aura jamais. En dehors de faire des petits, elle fait aussi quelques séjours à l’école pour s’occuper de chiots sevrés dont les portées importantes sont dédoublées. Elle peut ainsi éduquer ces chiots qui lui sont confiés comme elle le ferait avec les siens. Bien sûr, elle a eu aussi des chiots en novembre 2018 pour sa première portée de 7 dont deux chocolats, et elle vient de quitter sa deuxième portée de 6 chiots de novembre 2020. Elle fera a priori une troisième portée avant d’être mise à la retraite.

On s’est croisés d’abord virtuellement, puis pour une visite aux chiots de Malice, notamment il me semble ?

En effet, c’était un super souvenir de t’avoir amenée voir les chiots de Malice. Malheureusement nous n’avons pas eu l’occasion d’aller lui rendre visite pour cette deuxième portée avec la période sanitaire, on espère bien se rattraper sur la troisième portée !

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu as découvert via cette aventure ?

Alors oui, j’ai pris conscience de toute la difficulté du handicap visuel dans le déplacement dans la ville qui devient de plus en plus compliqué. J’ai en effet rencontré et échangé avec des malvoyants, et j’ai aujourd’hui un regard différent dans mes déplacements et mon quotidien.

Pour finir, quel est le ou les plus grands moments de honte que tu as eu avec tes élèves chiens guides ?

La première c’était avec July quand elle était petite, je devais me lever la nuit pour lui faire faire ses besoins en bas de l’immeuble. Une nuit, je me suis retrouvée en pyjama sans mes clés dans la rue, sans possibilité de joindre personne n’ayant pas mon téléphone… J’ai du passer une heure en pyjama en bas de l’immeuble jusqu’à ce que le gardien arrive à 6h30, sans que Jean-Marie ne se rende compte de mon absence prolongée !

La deuxième était une honte phénoménale avec July (ou Laya) toute petite au travail, puisque suite à une longue conversation au téléphone, je me suis empressée de la sortir pour ses besoins. Elle n’a pas réussi à se retenir et a finalement fait ses besoins à proximité de l’ascenseur. J’étais en train de nettoyer le sol quand un groupe de la comptabilité est arrivé tout bien habillé, la chienne a vite filé se cacher à sa place, et je n’ai pas eu d’autre réaction que de leur dire “c’est pas moi qui ai fait ça” ! Sans aucun sourire de leur part, j’ai eu un grand moment de solitude.

Et pour contrebalancer, ton ou tes plus grands moments de fierté avec eux ?

C’est sans hésitation quand j’ai vu July guider Eric. Quand tu vois le chien dont tu t’es occupé guider son maître, j’en ai encore les frissons, c’est magnifique… C’est formidable de pouvoir aider comme ça. Et par rapport aux petits de Malice, je pense que la fierté viendra quand je saurai sur les portées combien seront effectivement devenus chiens guides.

Merci à Corinne pour cet échange intéressant et toujours aussi passionnant, même si nous avions déjà eu l’occasion de discuter longuement, j’ai encore beaucoup appris sur les mamans de chien guide. On souhaite que les petits de Malice deviennent de bons chiens guides et au plaisir de se recroiser dès que possible !

4 réflexions sur “Corinne, famille d’élevage épanouie

  1. DONVAL

    Superbe interviewe. Nous ne remercierons jamais assez d’avoir accueillie et donner autant d’amour à notre July, c’est une chienne très bien dans ces pattes et nous apporte beaucoup, aussi bien pour son maitre dans le guidage et avec sa maitresse en fauteuil (elle s’est très bien adaptée et est toujours prête à aider). Nous sommes heureux d’avoir pu vous rencontrer et garder le contact. Un grand merci pour ce que vous faite.
    Aurélie, Eric, July et Paddy (copain chat)

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Audrey – A chaque chien accueilli, une nouvelle relation – Futur Chien Guide

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